Et d'abord, à propos même du titre que nous venons d'écrire, qu'on nous
permette d'avoir une courte explication avec nos lecteurs. Il y a déjà
vingt ans que nous causons ensemble, et les quelques lignes qui vont
suivre, au lieu de relâcher notre vieille amitié, vont, je l'espère, la
resserrer encore.
Depuis les derniers mots que nous nous sommes dits, une révolution a
passé entre nous: cette révolution, je l'avais annoncée dès 1832, j'en
avais exposé les causes, je l'avais suivie dans sa progression, je
l'avais décrite jusque dans son accomplissement: il y a plus--j'avais
dit, il y a seize ans, ce que je ferais il y a huit mois.
Qu'on me permette de transcrire ici les dernières lignes de l'épilogue
prophétique qui termine mon livre de _Gaule et France_.
«Voilà le gouffre où va s'engloutir le gouvernement actuel. Le phare que
nous allumons sur sa route n'éclairera que son naufrage; car, voulût-il
virer de bord, il ne le pourrait plus maintenant, le courant qui
l'entraîne est trop rapide et le vent qui le pousse est trop large.
Seulement, à l'heure de perdition, nos souvenirs d'homme l'emportant sur
notre stoïcisme de citoyen, une voix se fera entendre qui criera: _Meure
la royauté, mais Dieu sauve le roi!_