PDA, SMARTPHONES ET TABLETTES

[Résumé]

Nous lisons d'abord sur notre ordinateur - portable ou non - avant de

lire sur des agendas électroniques (Psion et eBookMan) puis sur des PDA

(Palm Pilot, Pocket PC et bien d'autres). Suivent ensuite les premiers

smartphones de Nokia et Sony Ericsson. Parallèlement apparaissent des

tablettes de lecture dédiées. Les premières sont le Rocket eBook, le

SoftBook Reader et le Gemstar eBook, qui ne durent pas. Après une

période morose, des tablettes plus légères gagnent en puissance et en

qualité d'écran, par exemple le Cybook (nouvelle version) et le Sony

Reader, auxquels s'ajoute le Kindle d'Amazon en novembre 2007, puis

l'iPad d'Apple en avril 2010. Le papier électronique serait pour

«bientôt».

= Le projet @folio

Les livres numériques sont d’abord lisibles uniquement sur l’écran de

notre ordinateur, que celui-ci soit un ordinateur de bureau ou un

ordinateur portable sinon ultra-portable. Outre le stockage d’un

millier de livres sinon plus – en fonction de la taille du disque dur -

, l'ordinateur permet l’utilisation d’outils bureautiques standard,

l’accès au web, l’écoute de fichiers musicaux et le visionnement de

vidéos ou de films. Certains usagers sont également tentés par le

webpad, un ordinateur-écran sans disque dur disposant d’une connexion

sans fil à l’internet, apparu en 2001, ou alors la tablette PC, une

tablette informatique pourvue d’un écran tactile, apparue fin 2002.

Conçu dès octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer à

Strasbourg (Alsace, France), le projet @folio (qui se prononce «a-

folio») se définit comme un baladeur de textes ou encore comme un

support de lecture nomade permettant de lire des textes glanés sur

l’internet. De petite taille, il cherche à mimer, sous forme

électronique, le dispositif technique du livre, afin d’offrir une

mémoire de fac-similés reliés en hypertexte pour faciliter le

feuilletage.

Pierre explique en janvier 2001: «@folio est un baladeur de textes,

simple, léger, autonome, que le lecteur remplit selon ses désirs à

partir du web, pour aller lire n’importe où. Il peut aussi y imprimer

des documents personnels ou professionnels provenant d’un CD-ROM. Les

textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c’est beaucoup plus

rapide qu’une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens

hypertextes sont maintenus au niveau d’une reliure tactile. (...)

Le projet est né à l’atelier Design de l’École d’architecture de

Strasbourg où j’étais étudiant. Il est développé à l’École nationale

supérieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de

l’ANVAR-Alsace. Aujourd’hui, je participe avec d’autres à sa

formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation,

environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept

en un objet grand public pertinent.»

Pierre est aussi l'auteur du logiciel Mot@mot. «La plus grande partie

du patrimoine écrit existant est fixé dans des livres, sur du papier»,

explique-t-il à la même date. «Pour rendre ces oeuvres accessibles sur

la toile, la numérisation en mode image est un moyen très efficace. Le

projet Gallica en est la preuve. Mais il reste le problème de

l'adaptation des fac-similés d'origine à nos écrans de lecture

aujourd'hui: réduits brutalement à la taille d'un écran, les fac-

similés deviennent illisibles. Sauf à manipuler les barres d'ascenseur,

ce qui nécessite un ordinateur et ne permet pas une lecture

confortable. La solution proposée par Mot@mot consiste à découper le

livre, mot à mot, du début à la fin (enfin, les pages scannées du

livre...). Ces mots restent donc des images, il n'y a pas de

reconnaissance de caractères, donc pas d'erreur possible. On obtient

une chaîne d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en page aussi

facilement qu'une chaîne de caractères. Il devient alors possible de

l'adapter à un écran de taille modeste, sans rien perdre de la

lisibilité du texte. La typographie d'origine est conservée, les

illustrations aussi.» Pour développer le projet @folio et le logiciel

Mot@mot, Pierre fait valider un brevet international en avril 2001,

puis crée la start-up française iCodex en juillet 2002.

Cinq ans plus tard, en août 2007, Pierre Schweitzer poursuit patiemment

sa croisade pour promouvoir son projet. «Il ne s’agit pas de

transformer le support papier des livres existants, c’est absurde,

écrit-il. Il s’agit plutôt d’offrir un support de lecture efficace aux

textes qui n’en ont pas, ceux qui sont accessibles sur le web. Avec

@folio, je reste persuadé qu’un support de lecture transportable qui

serait à la fois simple et léger, annotable et effaçable, à bas coût,

respectueux de la page et de nos traditions typographiques, pourrait

apporter un supplément de confort appréciable à tous les usagers du

texte numérique. Une ardoise dont on pourrait feuilleter l’hypertexte à

main nue, en lieu et place de l’imprimante...»

En quoi la technologie utilisée est-elle différente de celle des autres

tablettes? «La technologie d'@folio est inspirée du fax et du classeur

à onglets. La mémoire flash est imprimée comme Gutenberg imprimait ses

livres. Ce mode fac-similé ne nécessite aucun format propriétaire, il

est directement lisible à l'oeil nu. Le fac-similé est un mode de

représentation de l'information robuste, pérenne, adaptable à tout type

de contenu (de la musique imprimée aux formules de mathématique ou de

chimie) sans aucune adaptation nécessaire. C'est un mode de

représentation totalement ouvert et accessible à tous: il supporte

l'écriture manuscrite, la calligraphie, les écritures non

alphabétiques, et le dessin à main levée, toutes choses qui sont très

difficiles à faire à l'aide d'un seul outil sur un ordinateur ou un

"ebook" classique. Cette conception technique nouvelle et très

simplifiée permet de recueillir une grande variété de contenus et

surtout, elle permet un prix de vente très raisonnable (100 euros pour

le modèle de base) dans différentes combinaisons de formats (tailles

d'écran) et de mémoire (nombre de pages) adaptées aux différentes

pratiques de lecture.»

Outre cette technologie novatrice, quel serait l'avantage de la lecture

sur @folio? «La simplicité d'usage, l'autonomie, le poids, le prix.

Quoi d'autre? La finesse n'est pas négligeable pour pouvoir être glissé

presque n'importe où. Et l'accès immédiat aux documents - pas de temps

d'attente comme quand on "allume" son ordinateur portable: @folio ne

s'allume jamais et ne s'éteint pas, la dernière page lue reste affichée

et une simple pression sur le bord de l'écran permet de remonter

instantanément au sommaire du document ou aux onglets de classement.»

À la même date, en août 2007, la grande revue en ligne anglophone

TeleRead fait l'éloge du projet @folio en intitulant l'article Pierre

Schweitzer's Dream (Le rêve de Pierre Schweitzer). Plusieurs

spécialistes anglophones, et non des moindres (David Rothman, Mike

Cook, Ellen Hage), rendent hommage à la persévérance de Pierre en

espérant voir son projet commercialisé un jour.

= PDA (assistants personnels)

# La gamme Psion

Lancé dès 1984 par la société britannique Psion, le Psion Organiser est

le premier modèle d'agenda électronique. Au fil des ans, la gamme des

appareils s’étend et la société se développe à l’international.

En 2000, les divers modèles (Série 7, Série 5mx, Revo, Revo Plus) sont

concurrencés par le Palm Pilot et le Pocket PC. Les ventes baissent et

la société décide de diversifier ses activités. Suite au rachat de

Teklogix par Psion, Psion Teklogix est créé en septembre 2000 pour

développer des solutions mobiles sans fil à destination des

entreprises. Psion Software est créé en 2001 pour développer les

logiciels de la nouvelle génération d’appareils mobiles utilisant la

plateforme Symbian OS, par exemple ceux du smartphone Nokia 9210,

modèle précurseur commercialisé la même année.

Enseignante-chercheuse à l’École pratique des hautes études (EPHE,

Paris-Sorbonne), Marie-Joseph Pierre utilise un Psion depuis plusieurs

années pour lire et étudier dans le train lors de ses fréquents

déplacements entre Argentan (Normandie), sa ville de résidence, et

Paris. Elle achète son premier Psion en 1997, un Série 3, remplacé

ensuite par un Série 5, remplacé lui-même par un Psion 5mx en juin

2001.

En février 2002, elle raconte: «J’ai chargé tout un tas de trucs

littéraires – dont mes propres travaux et dont la Bible entière – sur

mon Psion 5mx (16 + 16 Mo), que je consulte surtout dans le train ou

pour mes cours, quand je ne peux pas emporter toute une bibliothèque.

J’ai mis les éléments de programme qui permettent de lire page par page

comme sur un véritable ebook. Ce qui est pratique, c’est de pouvoir

charger une énorme masse documentaire sur un support minuscule. Mais ce

n’est pas le même usage qu’un livre, surtout un livre de poche qu’on

peut feuilleter, tordre, sentir..., et qui s’ouvre automatiquement à la

page qu’on a aimée. C’est beaucoup moins agréable à utiliser, d’autant

que sur PDA, la page est petite: on n’a pas de vue d’ensemble. Mais

avec une qualité appréciable: on peut travailler sur le texte

enregistré, en rechercher le vocabulaire, réutiliser des citations,

faire tout ce que permet le traitement informatique du document, et

cela m’a pas mal servi pour mon travail, ou pour mes activités

associatives. Je fais par exemple partie d’une petite société poétique

locale, et nous faisons prochainement un récital poétique. J’ai voulu

rechercher des textes de Victor Hugo, que j’ai maintenant pu lire et

même charger à partir du site de la Bibliothèque nationale de France:

c’est vraiment extra.»

# L'eBookMan de Franklin

Basée dans le New Jersey (États-Unis), la société Franklin

commercialise dès 1986 le premier dictionnaire consultable sur une

machine de poche. Quinze ans plus tard, Franklin distribue 200 ouvrages

de référence sur des machines de poche: dictionnaires unilingues et

bilingues, encyclopédies, Bibles, manuels d’enseignement, ouvrages

médicaux et livres de loisirs.

En octobre 2000, Franklin lance l’eBookMan, un assistant personnel

multimédia qui - entre autres fonctionnalités (agenda, dictaphone,

etc.) - permet la lecture de livres numériques sur le Franklin Reader,

le logiciel de lecture «maison». À la même date, l’eBookMan reçoit

l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de

Francfort.

Trois modèles (EBM-900, EBM-901 et EBM-911) sont disponibles début

2001. Leurs prix respectifs sont de 130, 180 et 230 dollars US. Le prix

est fonction de la taille de la mémoire vive (8 ou 16 Mo) et de la

qualité de l’écran à cristaux liquides (écran LCD), rétro-éclairé ou

non selon les modèles. Nettement plus grand que celui de ses

concurrents, l’écran n’existe toutefois qu’en noir et blanc,

contrairement à la gamme Pocket PC ou à certains modèles Palm avec

écran couleur. L’eBookMan permet aussi l’écoute de livres audio-

numériques et de fichiers musicaux au format MP3.

En octobre 2001, Franklin décide de ne pas intégrer le Microsoft Reader

à l’eBookMan, mais de lui préférer le Mobipocket Reader, logiciel de

lecture jugé plus performant, et primé à la même date par l’eBook

Technology Award de la Foire de Francfort. Parallèlement, le Franklin

Reader est progressivement disponible pour les gammes d'appareils

mobiles Psion, Palm, Pocket PC et Nokia. Franklin développe aussi une

librairie numérique sur son site en passant des partenariats avec

plusieurs sociétés, notamment avec Audible.com pour avoir accès à sa

collection de 4.500 livres audio-numériques.

# La gamme Palm Pilot

Lorsque le livre numérique commence à se généraliser en 2000, tous les

fabricants de PDA décident d’intégrer un logiciel de lecture dans leur

machine, en plus des fonctionnalités standard (agenda, dictaphone,

lecteur de MP3, etc.). En parallèle, ils négocient les droits de

diffusion numérique de centaines de titres, soit directement soit par

le biais de librairies numériques. Si certains professionnels du livre

s’inquiètent de la petitesse de l’écran, les adeptes de la lecture sur

PDA assurent que la taille de l’écran n’est pas un problème. Les grands

favoris du marché sont les gammes Palm Pilot et Pocket PC.

La société Palm lance en mars 1996 le Palm Pilot, premier PDA du

marché, et vend 23 millions de machines entre 1996 et 2002. Le système

d’exploitation du Palm Pilot est le Palm OS et son logiciel de lecture

le Palm Reader. En mars 2001, la gamme Palm Pilot propose plusieurs

modèles permettant de lire des livres aussi bien sur le Palm Reader que

sur le Mobipocket Reader, le logiciel de lecture de Mobipocket.

# La gamme Pocket PC

Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, et son

propre logiciel de lecture, le Microsoft Reader. Le système

d’exploitation utilisé est Windows CE, remplacé en octobre 2001 par

Pocket PC 2002, qui permet entre autres de lire des livres numériques

sous droits. Ces livres sont protégés par un système de gestion des

droits numériques, le Microsoft DAS Server (DAS: Digital Asset Server).

En 2002, la gamme Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels: le

Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader.

# D'autres modèles

Le marché des PDA poursuit sa croissance. D’après un numéro du Seybold

Report daté d'avril 2001, on dénombre 17 millions de PDA dans le monde

pour seulement 100.000 tablettes de lecture. 13,2 millions de PDA sont

vendus en 2001, et 12,1 millions en 2002. En 2002, la gamme Palm Pilot

est toujours le leader du marché (avec 36,8% des machines vendues),

suivi par la gamme Pocket PC de Microsoft et les modèles de Hewlett-

Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio. Les systèmes

d'exploitation utilisés sont essentiellement le Palm OS (pour 55% des

machines) et le Pocket PC (pour 25,7% des machines).

En 2004, on note une plus grande diversité des modèles et une baisse

des prix chez tous les fabricants. Les trois principaux fabricants sont

Palm, Sony et Hewlett-Packard. Suivent Handspring, Toshiba, Casio et

d'autres. Mais le PDA est de plus en plus concurrencé par le

smartphone, qui est un téléphone portable doublé d'un PDA, et les

ventes commencent à baisser. En février 2005, Sony décide de se retirer

complètement du marché des PDA.

= Smartphones

Le premier smartphone est le Nokia 9210, modèle précurseur lancé en

2001 par la société finlandaise Nokia, grand fabricant mondial de

téléphones portables. Apparaissent ensuite le Nokia Series 60, le Sony

Ericsson P800, puis les modèles de Motorola et de Siemens. Ces

différents modèles permettent de lire des livres numériques sur le

Mobipocket Reader.

Appelé aussi téléphone multimédia, téléphone multifonctions ou encore

téléphone intelligent, le smartphone dispose d’un écran couleur, du son

polyphonique et de la fonction appareil photo, qui viennent s'ajouter

aux fonctions habituelles de l’assistant personnel: agenda, dictaphone,

lecteur de livres numériques, lecteur de musique, etc.

Les smartphones représentent 3,7% des ventes de téléphones portables en

2004 et 9% des ventes en 2006, à savoir 90 millions de smartphones pour

un milliard de téléphones portables.

Si les livres numériques ont une longue vie devant eux, les appareils

de lecture risquent de muer régulièrement. Selon Denis Zwirn, président

de la librairie numérique Numilog, interviewé en février 2003,

«l’équipement des individus et des entreprises en matériel pouvant être

utilisé pour la lecture numérique dans une situation de mobilité va

continuer de progresser très fortement dans les dix prochaines années

sous la forme de machines de plus en plus performantes (en terme

d’affichage, de mémoire, de fonctionnalités, de légèreté...) et de

moins en moins chères. Cela prend dès aujourd’hui la forme de PDA

(Pocket PC et Palm Pilot), de tablettes PC et de smartphones, ou de

smart displays (écrans tactiles sans fil). Trois tendances devraient

être observées: la convergence des usages (téléphone/PDA), la

diversification des types et tailles d’appareils (de la montre-PDA-

téléphone à la tablette PC waterproof), la démocratisation de l’accès

aux machines mobiles (des PDA pour enfants à 15 euros). Si les éditeurs

et les libraires numériques savent en saisir l’opportunité, cette

évolution représente un environnement technologique et culturel au sein

duquel les livres numériques, sous des formes variées, peuvent devenir

un mode naturel d’accès à la lecture pour toute une génération.»

À la même date, on se demande si les tablettes dédiées pourront

vraiment réussir à s’imposer face aux smartphones multifonctions. On

se demande aussi s'il existe une clientèle spécifique pour les deux

types de machines, la lecture sur téléphone portable et smartphone

étant destinée au grand public, et la lecture sur tablette étant

réservée aux gros consommateurs de documents que sont les lycéens, les

étudiants, les professeurs, les chercheurs ou les juristes. Le débat

n'est pas prêt d'être clos en 2010, même si on ne parle plus de publics

différents pour l'une et l'autre machine.

= Tablettes de lecture

# Premiers pas

Dès 1999, on voit apparaître des tablettes dédiées de la taille d'un

(gros) livre, souvent appelées ebooks, livres électroniques, tablettes

de lecture ou même liseuses. Ces premiers appareils suscitent un

engouement certain, même si peu de gens vont jusqu'à les acheter, vu

leur prix prohibitif (plusieurs centaines de dollars) et un choix de

livres restreint, le catalogue de livres numériques étant encore

ridicule par rapport à la production imprimée.

Les premières tablettes de lecture sont conçues et développées dans la

Silicon Valley, en Californie. Elles disposent d'un écran à cristaux

liquides (écran LCD) rétro-éclairé ou non, noir et blanc ou en couleur.

Elles fonctionnent sur batterie et disposent d’un modem intégré et d’un

port USB, pour connexion à l’internet et téléchargement des livres à

partir de librairies numériques.

Le modèle le plus connu, le Rocket eBook, est développé en 1998 et

commercialisé en 1999 par la société NuvoMedia, financée par la chaîne

de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. Un

deuxième modèle, le SoftBook Reader, est développé par la société

SoftBook Press, financée par les deux grandes maisons d’édition Random

House et Simon & Schuster. Plusieurs autres modèles ont une durée de

vie assez courte, par exemple l’EveryBook, appareil à double écran créé

par la société du même nom, ou encore le Millennium eBook, créé par la

société Librius.com. A cette époque, qui n’est pas si lointaine, toutes

ces tablettes électroniques pèsent entre 700 grammes et 2 kilos et

peuvent stocker une dizaine de livres.

# Le Gemstar eBook

Présenté en octobre 2000 à New York et commercialisé le mois suivant

aux États-Unis, le Gemstar eBook se décline en deux modèles, qui sont

les successeurs du Rocket eBook (conçu par NuvoMedia) et du SoftBook

Reader (conçu par SoftBook Press), suite au rachat de NuvoMedia et de

SoftBook Press en janvier 2000 par Gemstar-TV Guide International,

grande société spécialisée dans les produits et services numériques

pour les médias.

Ces deux modèles – le REB 1100 (écran noir et blanc, successeur du

Rocket eBook) et le REB 1200 (écran couleur, successeur du SoftBook

Reader) - sont construits et vendus sous le label RCA, appartenant à

Thomson Multimedia. Le système d’exploitation, le navigateur et le

logiciel de lecture sont spécifiques à l'appareil, tout comme le format

de lecture, basé sur le format OeB (Open eBook). Les deux modèles sont

vendus respectivement 300 et 699 dollars US par la chaîne de magasins

SkyMall.

Les ventes sont très inférieures aux pronostics. En avril 2002, un

article du New York Times annonce l’arrêt de la fabrication de ces

appareils par RCA. En automne 2002, leurs successeurs - le GEB 1150 et

le GEB 2150 - sont produits sous le label Gemstar et vendus par SkyMall

à un prix beaucoup plus compétitif, avec ou sans abonnement annuel ou

bisannuel à la librairie numérique Gemstar eBook. Le GEB 1150 coûte 199

dollars sans abonnement, et 99 dollars avec abonnement annuel (facturé

20 dollars par mois). Le GEB 2150 coûte 349 dollars sans abonnement, et

199 dollars avec abonnement bisannuel (également facturé 20 dollars par

mois).

Mais les ventes restent peu concluantes – faute d'un marché mûr pour ce

genre d'appareil - et Gemstar décide de mettre fin à ses activités

eBook. La société cesse la vente de ses tablettes de lecture en juin

2003 et la vente de ses livres numériques le mois suivant.

# Le Cybook

Première tablette de lecture européenne, le Cybook (21 x 16 cm, 1 kilo)

est conçu et développé par la société française Cytale, et

commercialisé en janvier 2001. Sa mémoire - 32 Mo de mémoire SDRAM et

16 Mo de mémoire flash - permet de stocker 15.000 pages de texte, soit

30 livres de 500 pages.

«J’ai croisé il y a deux ans le chemin balbutiant d’un projet

extraordinaire, le livre électronique», écrit en décembre 2000 Olivier

Pujol, PDG de Cytale. «Depuis ce jour, je suis devenu le promoteur

impénitent de ce nouveau mode d’accès à l’écrit, à la lecture, et au

bonheur de lire. La lecture numérique se développe enfin, grâce à cet

objet merveilleux: bibliothèque, librairie nomade, livre "adaptable",

et aussi moyen d’accès à tous les sites littéraires (ou non), et à

toutes les nouvelles formes de la littérature, car c’est également une

fenêtre sur le web.»

Mais les ventes sont très inférieures aux pronostics – le marché

n'étant pas mûr pour ce genre d'appareil - et forcent la société à se

déclarer en cessation de paiement. Cytale est mis en liquidation

judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activités à la même date.

La commercialisation du Cybook est reprise quelques mois plus tard par

la société Bookeen, créée en 2003 à l’initiative de Michael Dahan et

Laurent Picard, deux ingénieurs de Cytale. En juillet 2007, Bookeen

dévoile une nouvelle version de sa tablette, baptisée Cybook Gen3, avec

un écran utilisant pour la première fois la technologie E Ink.

# Les modèles de Sony

En avril 2004, Sony lance au Japon le Librié 1000-EP, produit en

partenariat avec les sociétés Philips et E Ink. Cette tablette est la

première à utiliser la technologie d’affichage développée par la

société E Ink et dénommée encre électronique.

L’appareil pèse 300 grammes (avec piles et protection d’écran) pour une

taille de 12,6 x 19 x 1,3 centimètres. Sa mémoire est de 10 Mo – avec

possibilité d’extension - et sa capacité de stockage de 500 livres. Son

écran de 6 pouces a une définition de 170 DPI et une résolution de 800

x 600 pixels. Un port USB permet le téléchargement des livres à partir

de son ordinateur. L’appareil comprend aussi un clavier, une fonction

d'enregistrement et une synthèse vocale. Il fonctionne avec quatre

piles alcalines, qui permettraient la consultation de 10.000 pages. Son

prix est de 375 dollars US.

Le Librié cède ensuite la place au Sony Reader, lancé en septembre 2006

aux États-Unis au prix de 350 dollars, avec six modèles sortis depuis

avec succès.

# Le Kindle

Amazon.com lance en novembre 2007 sa propre tablette de lecture, le

Kindle, avec un format livresque (19 x 13 x 1,8 cm), un poids de 289

grammes, un écran noir et blanc (6 pouces, 800 x 600 pixels), un

clavier, une mémoire de 256 Mo (extensible par carte SD), un port USB

et une connexion sans fil (WiFi). Vendu 400 dollars US (273 euros), le

Kindle peut contenir jusqu'à 200 livres parmi les 80.000 livres

numériques disponibles sur le site d'Amazon. 538.000 tablettes sont

vendues en 2008.

En février 2009, Amazon lance une nouvelle version du Kindle, le Kindle

2, au prix de 359 dollars (prix qui baisse sensiblement dans les mois

qui suivent), avec un catalogue de 230.000 titres. En mai de la même

année, Amazon lance le Kindle DX avec un écran plus grand, notamment

pour la lecture de journaux et magazines, pour un prix de 489 dollars.

# L'iPad

En avril 2010, la société Apple lance l'iPad, sa tablette numérique

multifonctions, au prix de 499 dollars US, avec un iBookstore de 60.000

livres numériques qui devrait s'étoffer rapidement. Après l'iPod (lancé

en octobre 2001) puis l'iPhone (lancé en juin 2007), deux objets cultes

auprès de toute une génération, Apple devient lui aussi un acteur de

poids pour le livre numérique.

La compétition risque d’être rude sur un marché très prometteur. Reste

à voir quels modèles seront retenus par l'usager parce que solides,

légers, économiques et procurant un véritable «confort de lecture»,

sans oublier l'aspect esthétique et les possibilités de lecture en 3 D.

Petit ou grand écran? Smartphone ou tablette?

Selon Jean-Paul, webmestre du site hypermédia cotres.net, interviewé en

janvier 2007, «on progresse. Les PDA et autres baladeurs multimédia ont

formé le public à manipuler des écrans tactiles de dimension

individuelle (par opposition aux bornes publiques de circulation et

autres tirettes-à-sous). L’hypermédia est maintenant une évidence. Il

ne reste plus qu’à laisser se bousculer les ingénieurs et les

marketteurs pour voir sortir un objet rentable, léger, attirant, peu

fragile, occupant au mieux l’espace qui sépare les deux mains d’un

terrien assis dans le bus ou sur sa lunette WC: la surface d’une

feuille A4 en format italien, soit ± 800 x 600 pixels. Bien sûr, ce que

montrera cette surface ne sera pas en 2 D mais en 3 D. Comme les GPS

prochaine génération, ou les écrans de visée sur le cockpit d’un A-

Win.»

On nous parle maintenant de papier électronique pour «bientôt», avec

les sociétés E Ink et Plastic Logic en tête de file pour nous proposer

des supports de lecture souples et ultra-fins.

Le livre, de l'imprimé au numérique · 第 23 / 26 题