[Résumé]
En 2005, le livre devient un objet convoité par les géants de
l’internet que sont Google, Yahoo! et Microsoft, d’une part par souci
méritoire de mettre le patrimoine mondial à la disposition de tous,
d’autre part à cause de l’enjeu représenté par les recettes
publicitaires générées par les liens commerciaux accolés aux résultats
des recherches. Lancée en octobre 2005 à l’instigation de l’Internet
Archive, l’Open Content Alliance (OCA) souhaite pour sa part créer une
bibliothèque planétaire publique qui soit respectueuse du droit
d'auteur et dont les collections puissent être accessibles sur
n'importe quel moteur de recherche.
= Google Books
# Google Print
Google décide de mettre son expertise au service du livre et lance la
version bêta de Google Print en mai 2005. Ce lancement est précédé de
deux étapes.
En octobre 2004, Google lance la première partie de son programme
Google Print, établi en partenariat avec les éditeurs pour pouvoir
consulter à l’écran des extraits de livres, puis commander les livres
auprès d’une librairie en ligne.
En décembre 2004, Google lance la deuxième partie de son programme
Google Print, cette fois à destination des bibliothèques. Il s’agit
d’un projet de bibliothèque consistant à numériser les livres
appartenant à plusieurs grandes bibliothèques partenaires, à commencer
par la bibliothèque de l’Université du Michigan (dans sa totalité, à
savoir 7 millions d’ouvrages), les bibliothèques des Universités de
Harvard, de Stanford et d’Oxford, et celle de la ville de New York. Le
coût estimé au départ se situe entre 150 et 200 millions de dollars US,
avec la numérisation de 10 millions de livres sur six ans et un
chantier d'une durée totale de dix ans.
En août 2005, soit trois mois après son lancement, Google Print est
suspendu pour une durée indéterminée suite à un conflit grandissant
avec les associations d'auteurs et d'éditeurs de livres sous droits,
celles-ci reprochant à Google de numériser les livres sans l'accord
préalable des ayants droit.
# Google Livres
Le programme reprend en août 2006 sous le nom de Google Books (Google
Livres). Google Books permet de rechercher les livres par date, titre
ou éditeur. La numérisation des fonds de grandes bibliothèques se
poursuit, tout comme le développement de partenariats avec les éditeurs
qui le souhaitent.
Les livres libres de droit sont consultables à l’écran en texte
intégral, leur contenu est copiable et l’impression est possible page à
page. Ils sont également téléchargeables sous forme de fichiers PDF et
imprimables dans leur entier. Les liens publicitaires associés aux
pages de livres sont situés en haut et à droite de l’écran.
Le conflit avec les associations d'auteurs et d'éditeurs se poursuit
lui aussi, puisque Google continue de numériser des livres sous droits
sans l’autorisation préalable des ayants droit, en invoquant le droit
de citation pour présenter des extraits sur le web. L’Authors Guild et
l’Association of American Publishers (AAP) invoquent pour leur part le
non respect de la législation relative au copyright pour attaquer
Google en justice.
Fin 2006, d'après le buzz médiatique, Google scannerait 3.000 livres
par jour - ce qui représenterait un million de livres par an -, le coût
estimé serait de 30 dollars par livre et Google Books comprendrait déjà
3 millions de livres. Tous chiffres à prendre avec précaution, la
société ne communiquant pas de statistiques à ce sujet.
À l’exception de la New York Public Library, les collections en cours
de numérisation appartiennent toutes à des bibliothèques universitaires
américaines (Harvard, Stanford, Michigan, Oxford, Californie, Virginie,
Wisconsin-Madison), auxquelles s'ajoutent la bibliothèque de
l'Universidad Complutense de Madrid (Espagne) puis, début 2007, les
bibliothèques des Universités de Princeton et du Texas (Austin), ainsi
que la Biblioteca de Catalunya (Catalogne, Espagne) et la Bayerische
Staatbibliothek (Bavière, Allemagne). En mai 2007, Google annonce la
participation de la première bibliothèque francophone, la Bibliothèque
cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne (Suisse), pour la
numérisation de 100.000 titres en français, en allemand et en italien
publiés entre le 17e et le 19e siècle. Suit ensuite un partenariat avec
la Bibliothèque municipale de Lyon (France), signé en juillet 2008 pour
numériser 500.000 livres.
En octobre 2008, après trois ans de conflit, Google tente de mettre fin
aux poursuites émanant des associations d'auteurs et d'éditeurs. La
société propose un accord qui serait basé sur un partage des revenus
générés par Google Books ainsi qu'un large accès aux ouvrages épuisés,
tout comme le paiement de 125 millions de dollars US à l'Authors Guild
et à l'Association of American Publishers (AAP) pour clôturer
définitivement ce conflit.
Suite à cet accord, Google pourrait proposer de plus larges extraits de
livres, jusqu'à 20% d'un même ouvrage, avec un lien commercial pour
acheter une copie - numérique ou non - de l'oeuvre. Les ayants droit
auraient la possibilité de participer ou non au projet Google Books, et
donc de retirer leurs livres des collections. Par ailleurs, les
bibliothèques universitaires et publiques des États-Unis pourraient
accéder à un portail gratuit géré par Google et donnant accès aux
textes de millions de livres épuisés. Un abonnement permettrait aux
universités et aux écoles de consulter les collections des
bibliothèques les plus renommées.
En novembre 2008, Google Books comprend 7 millions d'ouvrages
numérisés, en partenariat avec 24 bibliothèques et 2.000 éditeurs
partenaires. Les 24 bibliothèques partenaires se situent principalement
aux États-Unis (16), mais aussi en Allemagne (1), en Belgique (1), en
Espagne (2), en France (1), au Japon (1), au Royaume-Uni (1) et en
Suisse (1).
En février 2009, Google Books lance un portail spécifique pour
téléphone mobile et smartphone, par exemple sur l'iPhone 3G d'Apple ou
sur le G1 de T-Mobile. Le catalogue comprend 1,5 million de livres du
domaine public, auxquels s'ajoutent 500.000 autres titres
téléchargeables hors des États-Unis, du fait d'une législation du
copyright moins restrictive dans certains pays.
= L'Open Content Alliance
En réaction au projet Google Books, l’Internet Archive pense qu'une
bibliothèque à vocation mondiale ne doit pas être liée à des enjeux
commerciaux. Courant 2005, elle lance l’Open Content Alliance (OCA),
dans l'optique de fédérer un grand nombre de partenaires pour créer une
bibliothèque planétaire publique respectueuse du copyright et sur un
modèle ouvert.
Qu’est-ce exactement que l’Internet Archive? Fondée en avril 1996 par
Brewster Kahle à San Francisco (Californie), l’Internet Archive a pour
but de constituer, stocker, préserver et gérer une «bibliothèque» de
l’internet, en archivant la totalité du web tous les deux mois, afin
d’offrir un outil de travail aux universitaires, chercheurs et
historiens, et de préserver un historique de l’internet pour les
générations futures.
En octobre 2001, l’Internet Archive met ses archives en accès libre sur
le web grâce à la Wayback Machine, qui permet à tout un chacun de
consulter l’historique d’un site web, à savoir le contenu et la
présentation d’un site web à différentes dates, théoriquement tous les
deux mois à partir de 1996.
L’Internet Archive débute aussi la constitution de collections
numériques telles que le Million Book Project (10.520 livres en avril
2005), des archives de films de la période 1903-1973, des archives de
concerts live récents, des archives de logiciels, etc. Toutes ces
collections sont en consultation libre sur le web.
En janvier 2005, l’Internet Archive s’associe à Yahoo! pour mettre sur
pied l’Open Content Alliance (OCA), une initiative visant à créer un
répertoire libre et multilingue de livres numérisés et de documents
multimédia pour consultation sur n’importe quel moteur de recherche.
L’OCA est officiellement lancée en octobre 2005 et débute véritablement
durant l'été 2006. Le but de l’initiative est de s’inspirer de Google
Books tout en évitant ses travers, à savoir la numérisation des livres
sous droits sans l’accord préalable des éditeurs, tout comme la
consultation et le téléchargement impossibles sur un autre moteur de
recherche.
L’OCA regroupe de nombreux partenaires: des bibliothèques et des
universités bien sûr, mais aussi des organisations gouvernementales,
des associations à but non lucratif, des organismes culturels et des
sociétés informatiques (Adobe, Hewlett Packard, Microsoft, Yahoo!,
Xerox, etc.).
Les premiers partenaires pour la numérisation des livres sont les
bibliothèques des Universités de Californie et de Toronto, l’European
Archive, les Archives nationales du Royaume-Uni, O’Reilly Media et les
Prelinger Archives. Seuls les livres appartenant au domaine public sont
numérisés, pour éviter les problèmes de copyright auxquels se heurte
Google, et les collections numérisées sont progressivement intégrées à
la section Text Archive de l’Internet Archive.
En décembre 2006, l’OCA franchit la barre des 100.000 livres numérisés,
avec un rythme de 12.000 nouveaux livres par mois.
À la même date, l’Internet Archive reçoit une subvention d'un million
de dollars US de la part de la Sloan Foundation pour numériser les
collections du Metropolitan Museum of Art (l’ensemble des livres et
plusieurs milliers d’images) ainsi que certaines collections de la
Boston Public Library (les 3.800 livres de la bibliothèque personnelle
de John Adams, deuxième président des États-Unis), du Getty Research
Institute (une collection de livres d'art), de la John Hopkins
University (une collection de documents liés au mouvement anti-
esclavagiste) et de l’Université de Californie à Berkeley (une
collection de documents relatifs à la ruée vers l’or).
En mai 2007, l’OCA franchit la barre des 200.000 livres numérisés. La
barre du million de livres numérisés est atteinte en décembre 2008, et
celle des deux millions de livres numérisés en mars 2010.
= Autres initiatives
# Microsoft Live Search Books
Si Microsoft est l'un des partenaires de l'Open Content Alliance, la
société se lance aussi dans l’aventure à titre personnel. En décembre
2006 est mise en ligne aux États-Unis la version bêta de Live Search
Books, qui permet une recherche par mots-clés dans les livres du
domaine public. Ces livres sont numérisés par Microsoft suite à des
accords passés avec de grandes bibliothèques, les premières étant la
British Library et les bibliothèques des Universités de Californie et
de Toronto, suivies en janvier 2007 par celles de la New York Public
Library et de l’Université Cornell. Microsoft compte également ajouter
des livres sous droits, mais uniquement avec l’accord préalable des
éditeurs.
Tout comme Google Books, Live Search Books permet de consulter des
extraits comportant les mots-clés, qui sont eux-même surlignés. Mais
les collections sont moins riches, le moteur de recherche est plus
rudimentaire, et il n'est pas possible de télécharger les livres au
format PDF dans leur entier.
En mai 2007, Microsoft annonce des accords avec plusieurs grands
éditeurs, dont Cambridge University Press et McGraw Hill.
Microsoft met finalement un terme à ce projet en mai 2008, pour
concentrer ses efforts sur d'autres activités. Les 750.000 livres déjà
numérisés sont versés dans les collections de l'Open Content Alliance.
# Europeana
En Europe, certains s’inquiètent de l'«hégémonie américaine» que
représente Google Books.
Il existe déjà sur le web une Bibliothèque européenne, qui est en fait
un portail commun aux 43 bibliothèques nationales, lancé en janvier
2004 par la CENL (Conference of European National Librarians) et
hébergé sur le site de la Bibliothèque nationale des Pays-Bas.
En septembre 2005, la Commission européenne lance une vaste
consultation sur un projet de bibliothèque numérique européenne, avec
réponse requise en janvier 2006 et lancement officiel du projet en mars
2006.
«Le plan de la Commission européenne visant à promouvoir l’accès
numérique au patrimoine de l’Europe prend forme rapidement, lit-on dans
le communiqué de presse. Dans les cinq prochaines années, au moins six
millions de livres, documents et autres oeuvres culturelles seront mis
à la disposition de toute personne disposant d’une connexion à
l’internet, par l’intermédiaire de la "bibliothèque numérique
européenne". Afin de stimuler les initiatives de numérisation
européennes, la Commission va co-financer la création d’un réseau
paneuropéen de centres de numérisation. La Commission abordera
également, dans une série de documents stratégiques, la question du
cadre approprié à adopter pour assurer la protection des droits de
propriété intellectuelle dans le cadre des bibliothèques numériques.»
Europeana et ses deux millions de documents sont disponibles en
novembre 2008, avec un serveur qui déclare rapidement forfait suite à
la très forte demande des premières heures, puis une période
expérimentale avec consultation partielle des collections. Europeana
propose 6 millions de documents en mars 2010, puis 10 millions de
documents en septembre 2010 avec une nouvelle interface.