[Résumé]
Le premier livre numérique date de juillet 1971. Il s'agit de l'eText
#1 du Projet Gutenberg, un projet visionnaire lancé par Michael Hart
pour créer des versions électroniques d'oeuvres littéraires et les
diffuser gratuitement dans le monde entier. Au 16e siècle, Gutenberg
avait permis à chacun d'avoir des livres imprimés pour un prix
relativement modique. Au 21e siècle, le Projet Gutenberg permettrait à
chacun d'avoir une bibliothèque numérique gratuite. Ce projet trouve un
second souffle et un rayonnement international avec l'apparition du web
en 1990, puis la création de Distributed Proofreaders en 2000 pour
partager la relecture des livres entre des milliers de volontaires. En
2010, le Projet Gutenberg compte 33.000 livres numériques, des dizaines
de milliers de téléchargements par jour, des sites web aux États-Unis,
en Australie, en Europe et au Canada, et 38 sites miroirs répartis sur
toute la planète.
= Un pari depuis 1971
# Gestation
Quels furent les tous débuts du projet? Alors étudiant à l’Université
de l'Illinois (États-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques
millions de dollars de «temps machine» dans le laboratoire informatique
(Materials Research Lab) de son université.
Le 4 juillet 1971, jour de la fête nationale, il saisit The United
States Declaration of Independence (La Déclaration de l’indépendance
des États-Unis, signée le 4 juillet 1776) sur le clavier de son
ordinateur. En caractères majuscules, puisque les caractères minuscules
n’existent pas encore. Le texte électronique représente 5 Ko (kilo-
octets). Mais l’envoi d’un fichier de 5 Ko à la centaine de personnes
que représente le réseau de l’époque aurait fait imploser celui-ci, la
bande passante étant infime. Michael diffuse donc un message indiquant
où le texte est stocké - sans lien hypertexte toutefois, puisque le web
ne voit le jour que vingt ans après - suite à quoi le fichier est
téléchargé par six personnes.
Dans la foulée, Michael décide de consacrer ce crédit-temps de quelques
millions de dollars à la recherche des oeuvres littéraires disponibles
en bibliothèque et à la numérisation de celles-ci. Il décide aussi de
stocker les textes électroniques de la manière la plus simple possible,
au format ASCII (American Standard Code for Information Interchange),
pour que ces textes puissent être lus sans problème quels que soient la
machine, la plateforme et le logiciel utilisés. Au lieu d’être un
ensemble de pages reliées, le livre devient un texte électronique que
l’on peut dérouler en continu, avec des lettres capitales pour les
termes en italique, en gras et soulignés de la version imprimée.
Peu après, Michael définit la mission du Projet Gutenberg: mettre à la
disposition de tous, par voie électronique, le plus grand nombre
possible d’oeuvres littéraires. «Nous considérons le texte électronique
comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le papier»,
explique-t-il plus tard, en août 1998. «Le seul point commun est que
nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier
peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y sont
habitués, particulièrement dans les établissements d'enseignement.»
Après avoir saisi The United States Declaration of Independence en
1971, Michael poursuit ses efforts en 1972 en saisissant The United
States Bill of Rights (La Déclaration des droits américaine). Cette
Déclaration comprend les dix premiers amendements ajoutés en 1789 à la
Constitution des États-Unis (qui date elle-même de 1787), et
définissant les droits individuels des citoyens et les pouvoirs
respectifs du gouvernement fédéral et des États. En 1973, un volontaire
saisit The United States Constitution (La Constitution des États-Unis)
dans son entier.
D’année en année, la capacité de la disquette augmente régulièrement -
le disque dur n’existe pas encore - si bien qu'il est possible
d’envisager des fichiers de plus en plus volumineux. Des volontaires
entreprennent la numérisation de la Bible, composée elle-même de
plusieurs livres qui peuvent être traités séparément et occuper chacun
un fichier différent.
Michael Hart débute la saisie des oeuvres complètes de Shakespeare,
avec l'aide de volontaires, une pièce de théâtre après l’autre, avec un
fichier pour chaque pièce. Cette version n'est d’ailleurs jamais mise
en ligne, du fait d’une loi plus contraignante sur le copyright entrée
en vigueur dans l’intervalle, et qui vise non pas le texte de
Shakespeare, tombé depuis longtemps dans le domaine public, mais les
commentaires et notes de l'édition correspondante. D’autres éditions
annotées appartenant au domaine public sont mises en ligne quelques
années plus tard.
Parallèlement, l’internet, qui était encore embryonnaire en 1971,
débute véritablement en 1974, suite à la création du protocole TCP/IP
(Transmission Control Protocol / Internet Protocol) par Vinton Cerf et
Robert Kahn. En 1983, le réseau est en plein essor.
# De 10 à 1.000 ebooks
En août 1989, le Projet Gutenberg met en ligne son dixième texte, The
King James Bible, une bible publiée pour la première fois en 1611 et
dont la version la plus connue date de 1769. L'ensemble des fichiers de
l'Ancien Testament et du Nouveau Testament représente 5 Mo (méga-
octets).
En 1990, les internautes sont au nombre de 250.000, et le standard en
vigueur est la disquette de 360 Ko. En janvier 1991, Michael Hart
saisit Alice’s Adventures in Wonderland (Alice au pays des merveilles)
de Lewis Carroll (paru en 1865). En juillet de la même année, il saisit
Peter Pan de James M. Barrie (paru en 1904). Ces deux classiques de la
littérature enfantine tiennent chacun sur une disquette standard.
Arrive ensuite le web, opérationnel en 1991. Le premier navigateur,
Mosaic, apparaît en novembre 1993. Lorsque l’utilisation du web se
généralise, il devient plus facile de faire circuler les textes
électroniques et de recruter des volontaires.
Le Projet Gutenberg rode sa méthode de travail, avec la numérisation
d’un texte par mois en 1991, deux textes par mois en 1992, quatre
textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994.
En janvier 1994, le Projet Gutenberg fête son centième livre avec la
mise en ligne de The Complete Works of William Shakespeare (Les oeuvres
complètes de William Shakespeare). Shakespeare écrivit l'essentiel de
son oeuvre entre 1590 et 1613.
La production continue ensuite d’augmenter, avec une moyenne de 16
textes par mois en 1995 et 32 textes par mois en 1996.
Comme on le voit, entre 1991 et 1996, la production double chaque
année. Tout en continuant de numériser des livres, Michael coordonne
désormais le travail de dizaines de volontaires.
À l'époque, le Projet Gutenberg s’articule en trois grands secteurs:
(a) Light Literature (littérature de divertissement), qui inclut par
exemple Alice’s Adventures in Wonderland, Peter Pan ou Aesop’s Fables
(Les Fables d’Ésope); (b) Heavy Literature (littérature «sérieuse»),
qui inclut par exemple La Bible, les oeuvres de Shakespeare ou Moby
Dick; (c) Reference Literature (littérature de référence), composée
d’encyclopédies et de dictionnaires, par exemple le Roget’s Thesaurus.
Cette présentation en trois secteurs est abandonnée par la suite pour
laisser place à un classement par rubriques plus détaillé.
Le Projet Gutenberg se veut universel, aussi bien pour les oeuvres
choisies que pour le public visé, le but étant de mettre la littérature
à la disposition de tous, en dépassant largement le public habituel des
étudiants et des enseignants. Le secteur consacré à la littérature de
divertissement est destiné à amener devant l’écran un public très
divers, par exemple des enfants et leurs grands-parents recherchant le
texte électronique de Peter Pan après avoir vu le film Hook, ou
recherchant la version électronique d’Alice au pays des merveilles
après avoir regardé l'adaptation filmée à la télévision, ou recherchant
l’origine d’une citation littéraire après avoir vu un épisode de Star
Trek. Pratiquement tous les épisodes de Star Trek citent des livres
ayant leur correspondant numérique dans le Projet Gutenberg.
L’objectif est donc que le public, qu’il soit familier ou non avec le
livre imprimé, puisse facilement retrouver des textes entendus dans des
conversations, des films, des musiques, ou alors lus dans d’autres
livres, journaux et magazines. Les fichiers électroniques prennent peu
de place grâce à l’utilisation du format ASCII. On peut facilement les
télécharger par le biais de la ligne téléphonique. La recherche
textuelle est tout aussi simple. Il suffit d’utiliser la fonction
«rechercher» présente dans n’importe quel logiciel.
En 1997, la production est toujours de 32 titres par mois. En juin
1997, le Projet Gutenberg met en ligne The Merry Adventures of Robin
Hood (Les aventures de Robin des Bois) de Howard Pyle (paru en 1883).
En août 1997, il met en ligne son millième texte électronique, La
Divina Commedia (La Divine Comédie) de Dante Alighieri (parue en 1321),
dans sa langue d’origine, en italien.
En août 1998, Michael Hart écrit: «Mon projet est de mettre 10.000
textes électroniques sur l’internet. [NDLR: Ce sera chose faite en
octobre 2003.] Si je pouvais avoir des subventions importantes,
j’aimerais aller jusqu’à un million et étendre aussi le nombre de nos
usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population mondiale, ce qui
représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes
électroniques, au lieu d’un milliard seulement.»
# De 1.000 à 10.000 ebooks
Entre 1998 et 2000, la moyenne est constante, avec 36 textes par mois.
En mai 1999, les collections comptent 2.000 livres. Le 2.000e titre est
Don Quijote (Don Quichotte) de Cervantès (paru en 1605), dans sa langue
d’origine, en espagnol.
Disponible en décembre 2000, le 3.000e titre est le troisième volume de
À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust (paru en 1919),
dans sa langue d'origine, en français. La moyenne passe à 104 livres
par mois en 2001.
Mis en ligne en octobre 2001, le 4.000e titre est The French Immortals
Series (Collection de textes d'Immortels français), dans sa traduction
anglaise. Publié à Paris en 1905 par la Maison Mazarin, ce livre
rassemble plusieurs fictions d’écrivains couronnés par l’Académie
française, comme Émile Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de
Bernard, Alphonse Daudet, etc.
Disponible en avril 2002, le 5.000e titre est The Notebooks of Leonardo
da Vinci (Les Carnets de Léonard de Vinci), des carnets datant du début
du 16e siècle et qui se trouvent toujours dans le Top 100 des livres
téléchargés en 2010.
En 1988, Michael Hart avait choisi de numériser Alice’s Adventures in
Wonderland et Peter Pan parce que, dans l’un et l’autre cas, leur
version numérisée tenait sur une disquette de 360 Ko, le standard de
l’époque. Quinze ans plus tard, en 2002, on dispose de disquettes de
1,44 Mo et on peut aisément compresser les fichiers en les zippant. Un
fichier standard peut désormais comporter trois millions de caractères,
plus qu’il n’en faut pour un livre de taille moyenne, puisqu'un roman
de 300 pages numérisé au format ASCII représente un méga-octet. Un
livre volumineux tient sur deux fichiers ASCII, téléchargeables tels
quels ou en version zippée. Cinquante heures environ sont nécessaires
pour sélectionner un livre de taille moyenne, vérifier qu’il est bien
du domaine public, le scanner, le corriger, le formater et le mettre en
page.
Quelques numéros de livres sont réservés pour l’avenir, par exemple le
numéro 1984 (eText #1984) pour le roman éponyme de George Orwell,
publié en 1949, et qui est donc loin d’être tombé dans le domaine
public.
En 2002, les collections s’accroissent de 203 titres par mois. Au
printemps 2002, elles représentent le quart des oeuvres du domaine
public en accès libre sur le web, recensées de manière pratiquement
exhaustive par l’Internet Public Library (IPL), un beau résultat dû au
patient travail de milliers de volontaires actifs dans de nombreux
pays.
1.000 livres en août 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en
décembre 2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril
2002, 10.000 livres en octobre 2003. Le 10.000e livre est The Magna
Carta, qui fut le premier texte constitutionnel anglais, signé en 1215.
Entre avril 2002 et octobre 2003, les collections doublent, passant de
5.000 à 10.000 livres en dix-huit mois. La moyenne mensuelle est de 348
livres numérisés en 2003.
Dix mille livres. Un chiffre impressionnant quand on pense à ce que
cela représente de pages scannées, relues et corrigées. Cette
croissance rapide est due à l’activité de Distributed Proofreaders
(DP), un site conçu en 2000 par Charles Franks pour permettre la
correction partagée des livres entre de nombreux volontaires. Les
volontaires choisissent un livre en cours de traitement pour relire et
corriger une page donnée. Chacun travaille à son propre rythme. A titre
indicatif, il est conseillé de relire une page par jour. C’est peu de
temps sur une journée, et c’est beaucoup pour le projet.
En août 2003, un CD-ROM Best of Gutenberg est disponible avec une
sélection de 600 livres. En décembre 2003, date à laquelle le Projet
Gutenberg franchit la barre des 10.000 livres, la quasi-totalité des
livres (9.400 livres) est gravée sur un DVD. CD-ROM et DVD sont envoyés
gratuitement à qui en fait la demande. Libre ensuite à chacun de faire
autant de copies que possible et de les distribuer autour de soi.
# De 10.000 à 20.000 ebooks
En décembre 2003, les collections approchent les 11.000 livres.
Plusieurs formats sont désormais présents, par exemple les formats
HTML, XML et RTF, le format principal - et obligatoire – restant
l’ASCII. Le tout représente 46.000 fichiers, soit une capacité totale
de 110 Go (giga-octets).
Le 13 février 2004, date de la conférence de Michael Hart au siège de
l’UNESCO à Paris, les collections comprennent très exactement 11.340
livres dans 25 langues. En mai 2004, les 12.500 livres disponibles
représentent 100.000 fichiers dans vingt formats différents, soit une
capacité totale de 135 Go, destinée à doubler chaque année avec l’ajout
d'environ 300 livres par mois (338 livres en 2004).
Parallèlement, le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), qui avait
été lancé en 1997 pour rassembler des collections de livres numériques
déjà existantes et provenant de sources extérieures, est officiellement
affilié au Projet Gutenberg en 2003.
Par ailleurs, le Projet Gutenberg Europe est lancé à l’instigation du
Projet Rastko, basé à Belgrade, en Serbie. Distributed Proofreaders
Europe débute ses activités en janvier 2004, avec cent livres
disponibles en avril 2005. Les livres sont en plusieurs langues pour
refléter la diversité linguistique prévalant en Europe, avec cent
langues prévues sur le long terme.
En janvier 2005, le Projet Gutenberg fête ses 15.000 livres, avec la
mise en ligne de The Life of Reason (La vie de raison) de George
Santayana (paru en 1906).
En juin 2005, le nombre de livres s’élève à 16.000. Si 25 langues
seulement étaient présentes en février 2004, 42 langues sont
représentées en juin 2005, dont le sanscrit et les langues mayas. En
décembre 2006, on compte 50 langues. A la date du 16 décembre 2006, les
langues comprenant plus de cinquante titres sont l’anglais (17.377
titres), le français (966 titres), l’allemand (412 titres), le finnois
(344 titres), le hollandais (244 titres), l’espagnol (140 titres),
l’italien (102 titres), le chinois (69 titres), le portugais (68
titres) et le tagalog (51 titres).
Lancé en août 2001, le Project Gutenberg Australia fête ses 500 livres
en juillet 2005.
En décembre 2006, le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000
livres. Le 20.000e titre est un livre audio, Twenty Thousand Leagues
Under the Sea, version anglaise de Vingt mille lieues sous les mers de
Jules Verne (publié en 1869). La moyenne est de 345 nouveaux livres par
mois en 2006.
S'il a fallu 32 ans, de juillet 1971 à octobre 2003, pour numériser les
10.000 premiers livres, il n’aura fallu que trois ans et deux mois,
d’octobre 2003 à décembre 2006, pour numériser les 10.000 livres
suivants.
À la même date, le Project Gutenberg Australia approche les 1.500
livres (c'est chose faite en avril 2007) et le Projet Gutenberg Europe
compte 400 livres.
La section Project Gutenberg PrePrints est lancée en janvier 2006 pour
accueillir de nouveaux documents suffisamment intéressants pour être
mis en ligne, mais ne pouvant être intégrés aux collections existantes
sans traitement ultérieur par des volontaires, pour diverses raisons:
collections incomplètes, qualité insuffisante, conversion souhaitée
dans un autre format, etc. Cette section comprend 379 titres en
décembre 2006, et plus de 2.000 titres deux ans après.
# De 20.000 à 30.000 ebooks
Project Gutenberg News, le blog officiel du Projet Gutenberg, débute en
novembre 2006 à l’instigation de Mike Cook. Ce blog complète les
lettres d’information (hebdomadaire et mensuelle) existant depuis
nombre d'années. Le blog offre par exemple les statistiques de
production hebdomadaires, mensuelles et annuelles depuis 2001.
La production hebdomadaire est de 24 livres en 2001, 47 livres en 2002,
79 livres en 2003, 78 livres en 2004, 58 livres en 2005, 80 livres en
2006, 78 livres en 2007 et 69 livres en 2009. (Le décompte pour 2008
inclut les PrePrints et n'est donc pas pris en compte ici.)
La production mensuelle est de 104 livres en 2001, 203 livres en 2002,
348 livres en 2003, 338 livres en 2004, 252 livres en 2005, 345 livres
en 2006, 338 livres en 2007 et 298 livres en 2009.
La production annuelle est de 1.244 livres en 2001, 2.432 livres en
2002, 4.176 livres en 2003, 4.058 livres en 2004, 3.019 livres en 2005,
4.141 livres en 2006, 4.049 livres en 2007 et 2.190 livres en 2009.
Le Projet Gutenberg Canada (PGC) voit le jour le 1er juillet 2007, le
jour de la fête nationale, à l'instigation de Michael Shepard et David
Jones. Il est suivi de Distributed Proofreaders Canada (DPC), avec une
production qui débute en décembre 2007. Les cent premiers livres sont
disponibles en mars 2008, avec des livres en anglais, en français et en
italien.
Le Projet Gutenberg franchit la barre des 25.000 livres en avril 2008.
Le 25.000e livre est English Book Collectors (Collectionneurs de livres
anglais) de William Younger Fletcher (publié en 1902). Le Projet
Gutenberg Europe atteint les 500 livres en octobre 2008.
Le Projet Gutenberg comptabilise 30.000 livres en octobre 2009. Le
30.000e livre est The Bird Book (Le livre des oiseaux), de Chester
Albert Reed (publié en 1915).
Principale source des livres du Projet Gutenberg, Distributed
Proofreaders (DP) fête ses dix ans en octobre 2010, avec plus de 18.000
livres numérisés, relus et corrigés par les soins de plusieurs milliers
de volontaires.
= Du passé vers l'avenir
Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc réussi. Mais les
résultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement à des
chiffres. Les résultats se mesurent aussi à l’influence du projet, qui
est considérable. Premier site d’information sur l’internet et première
bibliothèque numérique, le Projet Gutenberg a inspiré bien d’autres
bibliothèques numériques au fil des ans, à commencer par le Projekt
Runeberg pour la littérature scandinave ou le Projekt Gutenberg-DE pour
la littérature allemande.
Le Projekt Runeberg est la première bibliothèque numérique suédoise de
livres du domaine public. Elle est créée en décembre 1992 par Lysator,
un club informatique d’étudiants, en collaboration avec la bibliothèque
de l'Université de Linköping (Suède), pour produire et organiser des
versions électroniques gratuites de la littérature nordique classique.
200 oeuvres sont disponibles en 1998, avec une liste de 6.000 auteurs
nordiques en tant qu'outil de développement des collections.
Projekt Gutenberg-DE est la première bibliothèque numérique allemande
de livres du domaine public. Plusieurs dizaines de textes peuvent être
lus en ligne en 1998, avec une page web pour les textes courts et
plusieurs pages – une par chapitre – pour les oeuvres plus longues. Une
liste alphabétique d'auteurs et de titres est également disponible,
ainsi qu'une courte biographie et bibliographie pour chaque auteur.
La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: «Less is
more.» Michael Hart insiste régulièrement sur la nécessité d’un cadre
aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et
la porte grande ouverte aux idées nouvelles. Le but est d’assurer la
pérennité du projet indépendamment des crédits, des coupures de crédits
et des priorités culturelles, financières et politiques du moment. Pas
de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et respect à
l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé
pendant de nombreuses années, si ce n’est pour plusieurs générations,
d’où l’intérêt d’un format numérique qui soit toujours valable dans
quelques siècles. Le suivi régulier du projet est assuré grâce à une
lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des forums de
discussion, des wikis et des blogs.
Les dons servent à financer des ordinateurs et des scanners, et à
envoyer des CD-ROM et DVD gratuits à tous ceux qui en font la demande.
Suite au CD-ROM Best of Gutenberg disponible en août 2003 avec une
sélection de 600 titres et à un premier DVD disponible en décembre 2003
avec 9.400 titres, un deuxième DVD est disponible en juillet 2006 avec
17.000 titres. A partir de 2005, CD-ROM et DVD sont disponibles sous
forme d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant être
téléchargées pour graver des CD-ROM et DVD sur place à titre personnel.
En 2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie
postale sous forme de CD-ROM et DVD.
Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable
inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens
étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de
fichier électronique, celui-ci aurait donc quarante ans et serait né
avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternité beaucoup plus
réconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format
propriétaire ayant émaillé le début des années 2000. Il n’y a aucune
raison pour que la dénomination «ebook» ne désigne que l’ebook
commercial et soit réservée aux Amazon, Barnes & Noble, 00h00, Gemstar,
Google Books et autres. L’ebook non commercial est un ebook à part
entière - et non un parent pauvre - tout comme l’édition électronique
non commerciale est une forme d’édition à part entière, et tout aussi
valable que l’édition commerciale. En 2003, les etexts du Projet
Gutenberg deviennent des ebooks, pour coller à la terminologie
ambiante.
En juillet 1971, l’envoi d’un fichier de 5 Ko à cent personnes aurait
fait sauter l’embryon de réseau disponible à l’époque. En novembre
2002, le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du Human
Genome Project - à savoir le séquençage du génome humain -, chaque
fichier se chiffrant en dizaines sinon en centaines de méga-octets.
Ceci peu de temps après la parution initiale du Human Genome Project en
février 2001, puisqu’il appartient d’emblée au domaine public.
En 2004, la capacité de stockage des disques durs est telle qu’il
serait possible de faire tenir l’intégralité de la Library of Congress
au format texte sur un support de stockage coûtant 140 dollars US. Et
quelques années seulement nous sépareraient d’une clé USB (Universal
Serial Bus) permettant de stocker l’intégralité du patrimoine écrit de
l’humanité.
La demande est énorme. En témoigne le nombre de téléchargements, qui se
comptent désormais en dizaines de milliers par jour.
A la date du 31 juillet 2005, on compte 37.532 fichiers téléchargés
dans la journée, 243.808 fichiers téléchargés dans la semaine et
1.154.765 fichiers téléchargés dans le mois.
A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers téléchargés dans la
journée, 697.818 fichiers téléchargés dans la semaine et 2.995.436
fichiers téléchargés dans le mois. Courant mai, ce nombre atteint les 3
millions.
À la date du 15 mars 2010, on compte 103.422 fichiers téléchargés dans
la journée, 751.037 fichiers téléchargés dans la semaine et 3.033.824
fichiers téléchargés dans le mois.
Ceci uniquement pour le principal site de téléchargement, ibiblio.org
(basé à l’Université de Caroline du Nord, aux États-Unis), qui héberge
aussi le site du Projet Gutenberg. Le deuxième site de téléchargement
est l’Internet Archive, qui est le site de sauvegarde et qui met à la
disposition du Projet Gutenberg une capacité de stockage illimitée.
Un «Top 100» recense les cent titres et les cent auteurs les plus
téléchargés dans la journée, dans la semaine et dans le mois.
Le Projet Gutenberg dispose de 38 sites miroirs répartis dans de
nombreux pays, et il en cherche d’autres. La circulation des fichiers
se fait aussi en mode P2P (Peer-to-Peer), qui permet d’échanger des
fichiers directement d’un utilisateur à l’autre.
Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider à combler la fracture
numérique. Ils sont aisément téléchargeables sur PDA. Un ordinateur ou
un PDA d’occasion ne coûte que quelques dollars ou quelques dizaines de
dollars, en fonction du modèle. Certains PDA fonctionnent à l’énergie
solaire, permettant la lecture dans les régions pauvres ou reculées.
Plus tard, il sera peut-être possible d'envisager une traduction
simultanée dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de
traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilité de l’ordre
de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de
traduction automatique serait relayé par des traducteurs (non pas des
machines, mais des êtres humains), sur un modèle comparable à la
technologie OCR actuellement relayée par des correcteurs (non pas des
logiciels, mais des êtres humains) pour offrir un contenu de grande
qualité.
Quelque 40 ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se
définit toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son
projet, qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-
industrielle. Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et
visionnaire. Après avoir été traité de toqué pendant de nombreuses
années, il force maintenant le respect.
Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir
changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment
utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la
culture pour tous à moindres frais. Cette mission se résume en quelques
mots: «encourager la création et la distribution d’ebooks», par autant
de personnes que possible, et par tous les moyens de diffusion
possibles, tout en prenant les virages nécessaires pour intégrer de
nouvelles idées, de nouvelles méthodes et de nouveaux supports.