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J'ai toutes les tracasseries du monde, outre beaucoup d'ouvrage sur les
bras; enfin, j'ai entrepris une Åuvre chevaleresque dans un premier
mouvement, et vous savez qu'il faut se garder de cela. Je m'en repens
parfois. Le fond de la question, c'est qu'à force de voir des pièces
justificatives sur l'affaire de Libri, j'ai eu la démonstration la plus
complète de son innocence, et je suis à faire une grande tartine dans
la _Revue_, au sujet de son procès et de toutes les petites infamies
qui s'y rattachent. Plaignez-moi; il n'y a que des coups à gagner Ã
ce métier-là ; mais quelquefois on se sent si révolté par l'injustice,
qu'on devient bête.
Quand donc ferons-nous un tour au Musée? Je suis bien fâché d'apprendre
cette triste mort d'une personne que vous aimez. Mais c'est une raison
de plus pour se voir et essayer si une intimité comme la nôtre est un
remède contre le chagrin. Vous avez bien raison de trouver la vie une
sotte chose, mais il ne faut pas la rendre pire qu'elle n'est. Après
tout, il y a de bons moments, et le souvenir de ces bons moments est
plus agréable que le souvenir des mauvais n'est triste. J'ai plus de
plaisir à me rappeler nos causeries que de chagrin à penser à nos
querelles. Il faut faire ample provision de ces bons souvenirs...