Metz, 12 septembre 1846.
Il est fort heureux que vous ayez bien voulu penser à m'écrire avant
mon départ, car j'allais en Allemagne sans nouvelles de vous. J'ai reçu
votre lettre au moment de me mettre en route. D'après les promesses
que vous me faites et dont j'attends avec trop de confiance peut-être
l'entier accomplissement, je serai de retour vers le commencement
d'octobre, peut-être le 1er. J'espère qu'il restera encore quelques
feuilles. Nous verrons si vous serez _as good as your word._ Je vais
demain à Trêves et de là soit à Mayence, soit à Cologne, selon que
le temps sera ou non invitant. De toute façon, vous feriez bien de
m'écrire très-vite à Aix-la-Chapelle, et puis assez vite après Ã
Bruxelles. Je n'ai pas besoin de vous dire de m'écrire des choses
aimables et qui me tentent au retour. Quand je suis lancé, une
fois en route, j'ai toutes les peines du monde à m'arrêter, et il
faudra les promesses les plus séduisantes pour m'empêcher de pousser
jusqu'en Laponie. Je crois vous avoir parlé de deux portraits. J'en ai
maintenant au moins trois, et, Ã chaque tentative infructueuse, j'ai
recommencé sans détruire le premier essai et sans mieux réussir; enfin,
vous verrez si ma mémoire m'a bien ou mal servi. Vous me demandez
quelle robe? En vérité, je ne m'en suis guère préoccupé; mais ce
n'est pas là que gît la ressemblance. Je désespère de saisir jamais
l'expression indéfinissable de votre physionomie. Je viens d'arriver
ici après une nuit passée en malle-poste sans dormir, et j'ai la tête
excessivement _giddy._ Il me semble que mes bougies tournent sur ma
table. On m'annonce pour demain une navigation entremêlée d'échouages,
car la Moselle n'a que fort peu d'eau, mais ce n'est pas cela qui
m'empêchera de dormir. Je vous écrirai probablement de quelque auberge
allemande et très-assurément de Lille, où je m'arrêterai. De là , sans
doute, je pourrai vous annoncer le jour de mon arrivée. J'apprends
avec beaucoup de plaisir que vous vous ennuyez à ***; je vous l'avais
prédit. Quand on habite Paris, on ne peut plus retourner en province.
On dit et on fait quantité d'énormités qui passeraient à Paris et qui
sont grosses comme des maisons à ***. Cela vous est peut-être aussi
arrivé, du caractère dont je vous connais. Je vous pardonnerai tout si,
le 1er ou 2 octobre, vous m'annoncez votre retour.