CXXI

Paris, 3 septembre 1846.

Je m'étais figuré, tant j'étais de mon village, que vous préféreriez

une ou deux promenades avec moi à huit jours de _white bait_; mais,

puisque vous n'êtes pas de cet avis, votre volonté soit faite! Je n'ai

pas même le courage de ne pas vous écrire, ce que je m'étais promis, et

ce que je devrais faire si j'étais moins bête. Mon voyage de Cologne

est un peu désorganisé depuis deux jours. Un de mes compagnons de route

me manque de parole, un autre ne pourra peut-être pas. En sorte que

je cours grand risque de me trouver seul sur le Rhin bleu. Ce sera un

petit malheur. Mais je ne sais plus si je repasserai par ici. Ainsi,

nous courons grand risque, je veux dire que je cours grand risque de

ne nous revoir qu'en novembre. À vous la responsabilité. Je sais que

vous la porterez légèrement. Je ne me mettrai pas en route avant le 12

septembre. D'ici là, j'espère que vous voudrez bien me donner de vos

nouvelles et vos commissions. Probablement encore, je serai à Paris

vers le commencement d'octobre; mais, si j'ai le moindre courage,

j'irai à Strasbourg, à Lyon, et de Lyon à Marseille. Je crains de

n'avoir pas ce courage, surtout si vous parlez de retour. Pendant

votre absence, en recueillant mes souvenirs, j'ai fait de vous deux

dessins en pied. Je les trouve assez ressemblants; cependant, ils ont

besoin d'être retouchés. Nous verrons s'ils vous plaisent. Je m'ennuie

extraordinairement et je voudrais voir tomber des torrents de pluie

pour me consoler. Mais le temps est toujours au très-sec. Il n'y a

que les feuilles qui tombent. Il n'en restera plus la queue d'une en

octobre.

Vous apprendrez avec plaisir que vous avez à l'Opéra italien les mêmes

enrouements que la saison passée, plus une autre Brambilla. Il n'en

reste plus que cinq inconnues, et une mademoiselle Albini qui n'avait

pas de voix en 1839, mais qui en a peut-être trouvé depuis quelque part.

Adieu, je ne dis pas sans rancune. Ce qui m'a particulièrement piqué,

c'est que vous n'avez répondu que par le silence le plus dédaigneux Ã

ma proposition d'aller vous voir à ***; mais n'y pensons plus.

Lettres à une inconnue, Tome Premier Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 140 / 198 题