Paris, 10 juin 1846.
En ouvrant le paquet de livres, j'ai eu la bêtise de croire que je
trouverais un mot de vous, et que le beau soleil vous aurait inspirée.
Pas une ligne! Je me suis mis à relire votre lettre de ce matin, que
j'ai trouvée un peu bien sèche à la seconde lecture. Ce n'est pas
d'aujourd'hui que je remarque l'espèce de bascule très-impartiale de
votre correspondance et, en général, de toute votre conduite à mon
égard. Vous n'êtes jamais plus près de me faire quelque méchanceté que
lorsque vous venez d'être bonne et gracieuse pour moi. Vous m'aviez
promis de me donner un jour bientôt. Mais, si j'attendais l'exécution
de vos promesses, la patience que le ciel m'a départie ne suffirait
pas. L'autre jour, vous étiez aussi insouciante en me disant adieu
qu'en me disant bonjour. Ce n'était pas cela l'avant-dernière fois.
C'est un phénomène très-curieux que l'eau qui a bouilli se gèle plus
facilement que l'eau froide. Vous illustrez cette chimie-là . En me
quittant, vous aviez votre air de bouderie; aussi je m'attends que
vous serez charmante mercredi. Il faudra revoir nos jolies promenades
sablées pour nous. Vous me ferez grand plaisir en acceptant. Mais c'est
ce qui ne vous touche que médiocrement. Si vous avez quelque curiosité,
elle sera récompensée par un monument d'_auld lang syne_ que je vous
montrerai. Et puis je vous donnerai quelque chose. Du moins, j'ai eu
envie de vous donner quelque chose, mais vous avez été si mal pour moi,
d'abord en m'écrivant votre lettre de ce matin, puis en n'écrivant rien
avec les livres, que je ne sais trop si je vous offrirai ce présent
projeté. Pourtant, si vous le demandez, il est probable que je céderai.
Je suis devenu, comme vous savez, grand observateur du temps. Le vent
est magnifique au nord-est. Cela nous promet quelques beaux jours. Je
voudrais que vous fissiez autant que moi attention au soleil et à la
pluie.