Paris, 14 septembre 1844.
Tout était prêt et nous allions partir aujourd'hui, quand est venue
une bourrasque qui a jeté nos projets au vent. Il y a conflit entre la
guerre et l'intérieur. La guerre ne veut point de nous. Nous restons,
ou, pour mieux dire, je ne vais pas en Afrique. Je vais passer une
quinzaine de jours en courses et je reviendrai à Paris. à part la
vexation qui accompagne tout projet avorté, et le regret très-vif
d'avoir employé deux mois à apprendre un tas de choses inutiles,
j'ai pris mon parti avec la plus grande impassibilité. Peut-être
devinerez-vous pourquoi.
J'ai trouvé dans votre dernière lettre quelques phrases malsonnantes
pour lesquelles je pourrais bien vous faire la guerre, si je ne
trouvais, comme vous, qu'il est inutile et, qui plus est, dangereux
et triste de se disputer à distance.--Je ne me représente pas trop
comment vous passez les vingt-quatre heures de la journée. Je trouve
bien l'emploi de seize, mais il y en a dix sur lesquelles je voudrais
des détails. Lisez-vous toujours Hérodote? Mais quel dommage que vous
n'essayiez pas un peu de l'original avec la traduction de Lanher,
que vous avez, je pense! vous n'aurez guère d'autre difficulté que
l'excès des ή ioniens. Si vous avez à votre disposition l'_Anabase_
de Xénophon, vous pourrez y prendre plaisir, surtout si vous avez une
carte d'Asie sous les yeux. Je ne me rappelle guère les dialogues
marins. Lisez plutôt _Jupiter confondu_, ou bien _Jupiter tragique_, ou
bien _le Festin_ ou _les Lapithes_, Ã moins que vous ne m'en gardiez
l'étrenne.
Je suis sûr que vous êtes florissante, toute robes et fleurs, et j'ose
vous conseiller des lectures grecques! Adieu; écrivez-moi vite et ne
vous moquez pas de moi. Je partirai lundi pour aller je ne sais où,
mais pas trop loin, selon tous mes calculs.