Nous nous sommes séparés l'autre jour également mécontents l'un de
l'autre. Nous avions tort tous les deux, car c'est la force des choses
qu'il fallait seulement accuser. Le mieux eût été de ne pas nous revoir
de longtemps. Il est évident que nous ne pouvons plus maintenant nous
trouver ensemble sans nous quereller horriblement. Tous les deux, nous
voulons l'impossible: vous, que je sois une statue; moi, que vous
n'en soyez pas une. Chaque nouvelle preuve de cette impossibilité,
dont au fond nous n'avons jamais douté, est cruelle pour l'un et pour
l'autre. Pour ma part, je regrette toute la peine que j'ai pu vous
donner. Je cède trop souvent à des mouvements de colère absurde. Autant
vaudrait-il se fâcher de ce que la glace est froide.
J'espère que vous me pardonnerez maintenant; il ne me reste nulle
colère, seulement une grande tristesse. Elle serait moindre si nous ne
nous étions pas quittés de la sorte. Adieu, puisque nous ne pouvons
être amis qu'à distance. Vieux l'un et l'autre, nous nous retrouverons
peut-être avec plaisir. En attendant, dans le malheur ou dans le
bonheur, souvenez-vous de moi. Je vous ai demandé cela il y a je ne
sais combien d'années. Nous ne pensions guère alors à nous quereller.
Adieu encore, pendant que j'ai du courage.