Paris, vendredi matin, 3 novembre 1813.
Est-il possible que vous ne puissiez me dire tout ce que vous écrivez?
Quelle est donc cette timidité bizarre qui vous empêche d'être franche
et qui vous fait chercher les mensonges les plus extraordinaires,
plutôt que de laisser échapper un mot de vérité qui me ferait tant
de plaisir? Parmi les bons sentiments dont vous me parlez, il y en
a un que je ne comprends pas, dites-vous; et vous ne cherchez pas
à me le faire comprendre, je ne le devine même pas. Quant aux deux
autres, je vous avoue que je ne suis guère plus habile. Croyez-vous au
diable? Suivant moi, toute la question est là . S'il vous fait peur,
arrangez-vous pour qu'il ne vous emporte pas. Si le diable est hors de
cause en cette affaire, comme je le suppose, reste à se demander si
l'on fait du mal ou du tort à quelqu'un. Je vous dis mon catéchisme.
C'est, je crois, le meilleur, mais je ne vous le garantis pas. Je n'ai
jamais cherché à faire des conversions, mais, jusqu'à présent, on n'a
pu faire la mienne. Vous vous adressez, d'ailleurs, des reproches plus
sévères que je ne vous en adresse. Quelquefois, je cède à la tristesse
et à l'impatience. Rarement je vous accuse, sinon parfois de ce manque
de franchise qui me met dans une défiance presque continuelle avec
vous, obligé que je suis de chercher toujours votre idée sous un
déguisement. Si j'avais été bien convaincu de ce que vous m'avez dit
l'autre jour, j'en serais très-malheureux, car je ne pourrais souffrir
de vous faire de la peine. Voyez pourtant qu'à force de dire tantôt
blanc, tantôt noir, vous me faites douter de tout. Je ne sais plus
ce que vous pensez, ce que vous sentez. Parlons donc une fois à cÅur
ouvert.