LXXV

Paris, jeudi soir, 2 août 1843.

Je suis moins poétique que vous. La χθὡν εὑρÏ

οδεἱη, c'est-à-dire la

large terre, malgré le mackintosh, était encore plus froide que vous,

et j'en suis enrhumé, mais sans rancune. J'en aurais à lire tout ce

que vous me dites et que vous croyez agréable. Combien de _mais_

toujours! que vous êtes ingénieuse à ôter aux autres et à vous-même

l'enchantement qu'ils peuvent avoir! Je dis enchantement, et j'ai tort

sans doute; car je ne crois pas que les marmottes en aient. Vous étiez

un de ces jolis animaux-là avant que Brahma envoyât votre âme dans

un corps de femme. À la vérité, vous vous réveillez quelquefois, et,

comme vous dites fort bien, c'est pour quereller. Soyez donc bonne et

gracieuse comme vous savez l'être. Malgré ma mauvaise humeur, j'aime

mieux vous voir avec vos grands airs indifférents que de ne pas vous

voir du tout. Je vous disais bien que toute cette botanique ne valait

rien; mais vous voulez toujours faire à votre tête. J'ai découvert des

choses encore plus curieuses que des courses champêtres sur des indices

moins évidents. Croyez-moi, jetez au feu toutes ces fleurs fanées, et

venez en chercher de nouvelles.

Adieu.

Lettres à une inconnue, Tome Premier Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 92 / 198 题