LXXIII

Paris, juillet 1843.

Voilà une lettre de vous bien aimable et presque tendre. Je voudrais

être en disposition moins mélancolique pour en jouir entièrement. Tout

ce que je puis faire de mieux, c'est de vous remercier de tout ce

qu'il y a de bon dans cette lettre et de ne pas vous parler des idées

plus ou moins tristes qui me viennent à son sujet. Le malheur, c'est

que je ne rêve pas aussi complètement que vous. Mais laissons cela et

parlons d'autre chose. Je partirai dans dix jours. J'ai été hier à la

campagne faire une visite et j'en suis revenu très-las et très-triste.

Las, parce que je me suis ennuyé, et triste, parce que je songeais

que c'était un beau jour perdu. Ne vous faites-vous jamais un pareil

reproche? J'espère que non. Quelquefois, je crois que vous sentez tout

ce que je sens, puis viennent des drawbacks, et alors je doute de tout.

Adieu; si je continuais à vous écrire, je dirais des choses que vous ne

comprendriez pas comme je les dirais. . . . . .

. . . . . . . . . . . .

Lettres à une inconnue, Tome Premier Précédée d'une étude sur P. Mérimée par H. Taine · 第 90 / 198 题