Paris, samedi soir, 23 juin 1843.
Je commençais à être fort en peine de vous. Je craignais que l'humidité
ne vous eût fait mal et je me reprochais de vous avoir raconté si
longuement cette sotte histoire. Puisque vous ne vous êtes pas
enrhumée et que vous n'avez pas eu de colères rentrées, je puis Ã
mon tour me rappeler avec bonheur tous les moments que nous avons
passés ensemble. Je trouve comme vous que, ce jour-là , nous avons
été plus parfaitement--si parfaitement peut comporter du plus ou du
moins--heureux que jamais. Ã quoi cela tient-il? Nous n'avons rien dit
ni fait d'extraordinaire, si ce n'est de ne pas nous quereller. Et
remarquez, s'il vous plaît, que c'est de vous que les disputes viennent
toujours. Je vous ai cédé sur une infinité de points, et je n'ai pas
été de mauvaise humeur pour cela. Je voudrais bien que le bon souvenir
que vous gardez de cette journée vous profitât pour l'avenir. Pourquoi
ne me dites-vous pas tout de suite ce que vous expliquez dans votre
lettre tellement quellement, mais avec une certaine franchise qui me
plaît? . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
Je suis flatté que mon conte vous ait amusée; mon amour-propre d'auteur
s'est offensé pourtant que vous vous soyez contentée de l'analyse,
assez décousue que je vous en ai faite. J'espérais que vous auriez
demandé à le lire ou à l'entendre. Mais, puisque vous ne voulez pas, il
faut en prendre son parti. Néanmoins, s'il faisait beau mardi, qui nous
empêcherait de nous asseoir tous les deux sur nos sièges rustiques,
et moi de vous faire la lecture? Il y en a pour une heure. Le mieux,
c'est de nous promener tout bonnement. Le voulez-vous? Le programme
sera de ne pas se disputer. Ãcrivez-moi vos intentions suprêmes. J'ai
reçu madame de M*** et ses filles, florissantes toutes les trois. Rien
de fixé pour mon départ. Il est fort prochain suivant toute apparence,
mais pourtant ce n'est pas à un adieu définitif qu'il faut vous
attendre.