Paris, 27 février 1843.
Nos lettres se sont croisées et j'ai été tranquillisé plus tôt que je
n'espérais. Je vous en remercie. Votre lettre m'a fait grand plaisir
par ce qu'elle me dit, quoique en style fort énigmatique. Ce verbe que
vous redoutez si fort a toujours un son bien doux, même quand il est
accompagné de tous ces adverbes dont vous savez si bien l'entortiller.
Moquez-vous de ma tristesse et de la mine que je faisais sur les
ruines de Carthage. Marius, assis comme nous, rêvait peut-être qu'il
rentrerait dans Rome, et moi, je ne voyais guère d'espérance dans mon
avenir. Vous m'effrayez, chère amie, en me disant que vous n'osez plus
écrire et que vous aurez plus de courage pour parler. Lorsque nous
sommes ensemble, c'est le contraire que vous dites. N'en résultera-t-il
pas que vous ne me parlerez plus et que vous ne m'écrirez plus? Vous
étiez fâchée contre moi, m'avez-vous dit. Ãtait-ce bien juste de votre
part et l'avais-je mérité? N'avais-je pas votre promesse et aussi un
peu votre exemple? En êtes-vous restée aveugle? Avez-vous conservé un
souvenir désagréable? Ãtes-vous encore fâchée? Voilà ce que je voudrais
savoir et ce que vous ne me direz sans doute pas.
Je commence à vous savoir par cÅur, et je crois que c'est ce qui
m'attriste souvent. Il y a en vous un mélange d'oppositions et de
contradictions si étrange, qu'il y a pour faire enrager un saint. . .
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J'ai appris hier une bien triste nouvelle. Le pauvre Sharpe est mort
mercredi dernier. J'ai reçu la nouvelle de sa mort au moment où je
le croyais non-seulement hors de tout danger, mais sur le point de
reprendre ses occupations ordinaires. Je ne m'accoutume pas à l'idée
de ne plus le voir. Ilme semble que, si j'allais à Londres, je le
retrouverais. . . . . . .