Paris, 9 février 1843.
J'étais inquiet de ne pas recevoir un mot de vous, non que je
craignisse _un second mouvement_, mais je vous croyais souffrante et je
me reprochais cette longue promenade et notre retour par le vent et la
pluie. Heureusement, c'est la poste qui a fait son dimanche et m'a fait
attendre votre lettre. Bien que je souffrisse beaucoup de ce retard,
je ne vous ai pas accusée un seul moment. Je suis bien aise de vous le
dire, pour que vous sachiez que je me corrige de mes défauts en même
temps que vous des vôtres. Au revoir donc et à bientôt. Je n'ai plus
mal à l'Åil. Le vôtre, je pense, est toujours aussi brillant. Comme on
se fait des monstres de tout! N'aurions-nous pas eu tort de ne pas nous
être revus?
Je suis bien triste et tourmenté. Un de mes amis intimes, que je
voulais aller voir à Londres, vient d'être atteint de paralysie. Je ne
sais encore s'il vivra, ou, ce qui serait pire que la mort, s'il ne
demeurera pas longtemps dans cet affreux état d'insensibilité où cette
maladie réduit les esprits les plus distingués. Je me demande si je ne
devrais pas aller le voir tout de suite.
Ãcrivez-moi, je vous prie, et dites-moi quelque chose de tendre qui me
fasse oublier ces tristes pensées.