Paris, dimanche 16 janvier 1843.
Je vous remercie d'avoir pensé à me rassurer, mais je crains cette
chaleur aux joues dont vous parlez si légèrement. Je regrette bien, je
vous assure, d'avoir insisté tant pour vous procurer cette affreuse
averse. Il m'arrive rarement de sacrifier les autres à moi-même,
et, quand cela m'arrive, j'en ai tous les remords possibles. Enfin,
vous n'êtes pas malade et vous n'êtes pas fâchée; c'est là le plus
important. Il est bien qu'un petit malheur survienne de temps en
temps pour en détourner de plus grands. Voilà la part du diable faite.
Il me semble que nous étions tristes et sombres tous les deux; assez
contents pourtant au fond du cÅur. Il y a des gaietés intimes qu'on ne
peut répandre au dehors. Je désire que vous ayez senti un peu de ce
que j'ai senti moi-même. Je le croirai jusqu'à ce que vous me disiez
le contraire. Vous me dites deux fois: «Au revoir!» C'est pour de
bon, n'est-ce pas? Mais où et comment? J'ai été si malheureux dans
ma dernière invention, que je suis tout à fait découragé. Je ne m'en
lierai plus qu'Ã vos inspirations.
Je suis très-enrhumé ce soir, mais la pluie n'y est pour rien, je
pense. J'ai passé toute la matinée à voir des talismans et des bagues
chaldéennes, persanes, etc., dans une galerie sans feu, chez un
antiquaire qui mourait de peur que je ne les lui volasse. Pour le
tourmenter, je suis resté au froid plus longtemps que mon inclination
ne m'y portait.
Bonsoir et au revoir bientôt. C'est à vous à commander maintenant.
Ne fût-ce que pour m'assurer que cette pluie ne vous a pas enrhumée,
découragée ni irritée, je voudrais bien vous voir.