Décembre 1842.
Vous saurez que j'ai été très-malade depuis que nous ne nous sommes
vus. J'ai eu tous les chats du monde dans la gorge, tous les feux de
l'enfer dans la poitrine et j'ai passé quelques jours dans mon lit Ã
méditer sur les choses de ce monde. J'ai trouvé que j'étais sur la
pente d'une montagne dont j'avais à peine, avec beaucoup de fatigue et
peu d'amusement, dépassé le sommet, que cette pente était bien roide
et bien ennuyeuse à dégringoler, et qu'il serait assez avantageux de
rencontrer un trou avant d'arriver au bas. Le seul motif de consolation
que j'aie découvert le long de cette pente, c'est un peu de soleil bien
loin, quelques mois passés en Italie, en Espagne ou en Grèce à oublier
le monde entier, le présent et surtout l'avenir. Tout cela n'était
pas gai; mais l'on m'a apporté quatre volumes du docteur Strauss, la
_Vie de Jésus._ On appelle cela de l'_exégèse_ en Allemagne; c'est un
mot tout grec qu'ils ont trouvé pour dire discussion sur la pointe
d'une aiguille; mais c'est fort amusant. J'ai remarqué que plus une
chose est dépourvue d'une conclusion utile, plus elle est amusante. Ne
pensez-vous pas un peu de la sorte, _señora caprichosa?_...