Paris, dimanche soir. Décembre.
Votre lettre ne m'a pas surpris un moment, je m'y attendais. Je vous
connais assez maintenant pour être sûr que, lorsque vous avez eu
quelque bonne pensée, vous vous en repentez, et vous tâchez de la faire
oublier bien vite. Vous vous entendez fort bien, d'ailleurs, Ã dorer
les pilules les plus amères, c'est une justice que je vous dois. Comme
je ne suis pas le plus fort, je n'ai rien à dire pour combattre votre
héroïque résolution de ne pas retourner au Musée. Je sais fort bien que
vous n'en ferez qu'à votre tête; seulement, j'espère que, d'ici à un
mois, vous pourrez avoir quelque pensée plus charitable en ma faveur;
peut-être avez-vous raison. Il y a un proverbe espagnol qui dit: _Entre
santa y santo, pared de cal y canto._ Vous me comparez au diable. Je
me suis aperçu que, mardi soir, je ne pensais pas assez à mes bouquins
et trop à vos gants et à vos brodequins. Mais, malgré tout ce que vous
me dites avec votre diabolique coquetterie, je ne crois pas que vous
ayez peur de retrouver au Musée nos folies d'autrefois. Franchement,
voici ce que je pense de vous, et comment je m'explique votre refus:
vous aimez à avoir un but vague à votre coquetterie, et ce but, c'est
moi. Vous ne le voudriez pas trop près, d'abord: parce que, si vous
manquiez à le toucher, votre vanité en souffrirait trop, et puis parce
que, en le voyant de trop près, vous trouveriez qu'il ne vaut pas la
peine qu'on le vise; ai-je deviné? J'avais envie, l'autre jour, de
vous demander quand je vous reverrais, et peut-être m'auriez-vous dit
un jour si je vous en avais bien pressée; et puis j'ai pensé qu'après
m'avoir dit oui, vous m'écririez non; que cela me ferait de la peine et
me mettrait en colère.
Je vous parle toujours avec la plus niaise franchise, mais l'exemple ne
vous touche point.