XIX

DANS LEQUEL ZÉPHYRIN XIRDAL ÉPROUVE POUR LE BOLIDE UNE AVERSION

CROISSANTE, ET CE QUI S'ENSUIT.

Si Zéphyrin Xirdal avait été seul, serait-il parvenu sans anicroche à

destination? C'est possible, car tout arrive. On eût cependant fait

montre de prudence en pariant pour la négative.

Quoi qu'il en soit, l'occasion avait manqué d'engager des paris à ce

sujet, puisque sa bonne étoile l'avait mis sous la sauvegarde d'un

Mentor, dont l'esprit pratique neutralisait la fantaisie outrancière de

cet original. Zéphyrin Xirdal ignora donc les difficultés d'un voyage,

à tout prendre assez compliqué, mais que M. Robert Lecœur avait réussi

à rendre plus simple qu'une promenade dans les environs.

Au Havre, où l'express les avait amenés en quelques heures, les deux

voyageurs furent accueillis avec empressement à bord d'un superbe

steamer, qui largua aussitôt ses amarres et gagna la haute mer sans

attendre d'autres passagers.

_L'Atlantic_, en effet, n'était pas un paquebot, mais bien un yacht

de cinq à six cents tonneaux affrété par M. Robert Lecœur et à leur

disposition exclusive. En raison de l'importance des intérêts engagés,

le banquier avait jugé utile de posséder un moyen de communiquer à son

gré avec l'univers civilisé. Les énormes bénéfices déjà encaissés par

lui dans sa spéculation sur les mines d'or lui permettant, d'autre

part, les plus princières audaces, il s'était assuré la jouissance de

ce navire, choisi entre cent autres en Angleterre.

_L'Atlantic_, fantaisie d'un lord multimillionnaire, avait été

construit en vue des plus grandes vitesses. De formes fines et

allongées, il pouvait, sous l'impulsion des quatre mille chevaux de ses

machines, atteindre et même dépasser vingt nœuds. Le choix de M. Lecœur

avait été dicté par cette particularité, qui, le cas échéant, serait

d'un précieux avantage.

Zéphyrin Xirdal ne manifesta aucune surprise d'avoir ainsi un navire à

ses ordres. Peut-être, il est vrai, ne s'aperçut-il pas de ce détail.

En tout cas, il franchit la coupée et s'installa dans sa cabine sans

formuler la plus petite observation.

La distance entre le Havre et Upernivik est d'environ huit cents

lieues marines, que _l'Atlantic_, en marchant à pleine puissance,

eût été capable de franchir en six jours. Mais M. Lecœur, n'étant

nullement pressé, consacra une douzaine de jours à cette traversée, et

l'on arriva seulement dans la soirée du 18 juillet devant la station

d'Upernivik.

Pendant ces douze jours, c'est à peine si Zéphyrin Xirdal desserra

les dents. Au cours des repas qui les réunissaient nécessairement, M.

Lecœur s'efforça à vingt reprises de mettre la conversation sur le but

de leur voyage; il ne put jamais obtenir de réponse. Il avait beau lui

parler du météore, son filleul paraissait ne plus s'en souvenir, et

aucune lueur d'intelligence ne s'allumait dans son regard atone.

Xirdal, pour l'instant, regardait «en dedans» et poursuivait la

solution d'autres problèmes. Lesquels? Il n'en a pas fait confidence.

Mais ils devaient, en quelque manière, avoir la mer pour objet, car,

soit à l'avant, soit à l'arrière du bâtiment, Xirdal passait ses

journées à regarder les flots. Peut-être n'est-il pas trop audacieux de

supposer qu'il poursuivait mentalement ses recherches sur le phénomène

de la tension superficielle, dont il avait précédemment touché un mot

à une série de passants, en croyant parler à son ami Marcel Leroux.

Peut-être même les déductions qu'il fit alors ne furent-elles pas

étrangères à quelques-unes de ces merveilleuses inventions dont il

devait plus tard étonner le monde.

Le lendemain de l'arrivée à Upernivik, M. Lecœur, qui commençait à

désespérer, voulut essayer de réveiller l'attention de son filleul,

en lui mettant sous les yeux sa machine dépouillée de son enveloppe

protectrice. Il avait calculé juste, et le moyen fut radical. En

apercevant sa machine, Zéphyrin Xirdal se secoua comme au sortir d'un

rêve et promena autour de lui un regard où se lisaient la fermeté et la

lucidité des grands jours.

«Où sommes-nous? demanda-t-il.

--A Upernivik, répondit M. Lecœur.

--Et mon terrain?

--Nous y allons de ce pas.»

Ce n'était pas tout à fait exact. Auparavant, il fallut passer chez

M. Biarn Haldorsen, chef de l'Inspectorat du Nord, dont on trouva

facilement la demeure reconnaissable au drapeau qui la surmontait. Les

formules de politesse échangées, on entama les affaires sérieuses par

le canal d'un interprète, dont M. Lecœur s'était prudemment assuré le

concours.

Une première difficulté se présenta tout de suite. Non pas que M.

Biarn Haldorsen eût la velléité de contester les titres de propriété

qui lui étaient soumis; mais leur interprétation n'était pas évidente.

Aux termes de ces titres très réguliers et revêtus de toutes les

signatures et de tous les sceaux officiels désirables, le gouvernement

groënlandais, représenté par son agent diplomatique à Copenhague,

cédait à M. Zéphyrin Xirdal une surface de neuf kilomètres carrés

délimitée par quatre côtés égaux de trois kilomètres chacun, orientés

selon les points cardinaux et se coupant à angles droits à semblable

distance d'un point central situé par 72° 53' 30" de latitude nord et

55° 35' 18" de longitude ouest, le tout au prix de cinq cents kroners

le kilomètre carré, soit un peu plus de six mille francs au total.

M. Biarn Haldorsen ne demandait qu'à s'incliner, mais encore fallait-il

connaître l'emplacement du point central. Certes, il n'était pas sans

avoir entendu parler de latitude et de longitude, et il n'ignorait

pas que de telles choses existassent. Par exemple, à cela se bornait

le savoir de M. Biarn Haldorsen. Que la latitude fût un animal ou un

végétal, la longitude un minéral ou un objet d'ameublement, cela lui

paraissait également plausible et il se gardait de toute préférence.

Zéphyrin Xirdal compléta en quelques mots les connaissances

cosmographiques du chef de l'Inspectorat du Nord et rectifia ce

qu'elles avaient d'erroné. Il offrit ensuite de procéder lui-même,

à l'aide des instruments de _l'Atlantic_, aux observations et aux

calculs nécessaires. Le capitaine d'un navire danois actuellement en

rade pourrait d'ailleurs en contrôler les résultats, afin de rassurer

pleinement Son Excellence M. Biarn Haldorsen.

Il fut ainsi décidé.

En deux jours, Zéphyrin Xirdal eut terminé son travail, dont le

capitaine danois ne put que confirmer la méticuleuse exactitude, et

c'est alors que se présenta la seconde difficulté.

Le point de la surface terrestre ayant comme coordonnée 72° 51' 30"

de latitude nord et 55° 35' 18" de longitude ouest, était situé en

pleine mer, à deux cent cinquante mètres environ dans le nord de l'île

d'Upernivik!

M. Lecœur, atterré par cette découverte, s'emporta en véhémentes

récriminations. Qu'allait-on faire? Ainsi donc, on serait venu jusque

dans ces contrées perdues pour voir bêtement le bolide se payer une

pleine eau! Avait-on idée d'une pareille légèreté! Comment Zéphyrin

Xirdal--un savant!--avait-il pu commettre une erreur aussi grossière?

L'explication de cette erreur était des plus simples. Que le mot

«Upernivik» désignât, non seulement une agglomération, mais aussi

une île, Zéphyrin Xirdal ne le savait pas, voilà tout. Après avoir

déterminé, au point de vue mathématique, le lieu de chute du bolide, il

s'en était fié à une méchante carte extraite d'un petit atlas scolaire,

carte qu'il tira de l'une de ses nombreuses poches et qu'il mit sous

les yeux du banquier irrité. Cette carte indiquait bien que le point

du globe situé par 73° 51' 30" de latitude nord et par 55° 35' 18" de

longitude ouest était proche de la bourgade d'Upernivik, mais elle

négligeait d'indiquer que cette bourgade, audacieusement figurée assez

avant dans les terres, était au contraire située sur l'île du même nom,

en bordure immédiate de la mer. Zéphyrin Xirdal, sans chercher plus

loin, avait cru sur parole cette carte un peu trop approximative.

Puisse ceci servir de leçon! Puissent les lecteurs de ce récit

s'adonner à l'étude de la géographie, et ne pas oublier qu'Upernivik

est une île! Cela pourra leur être utile, le jour où ils auront

à recueillir un bolide de cinq mille sept cent quatre-vingt-huit

milliards!

Par contre, cela n'arrangera pas les choses en ce qui concerne celui de

Whaston.

Si du moins le terrain avait pu être tracé plus au Sud, cette

tricherie aurait été encore favorable, dans le cas d'une déviation du

météore. Mais, Zéphyrin Xirdal ayant commis l'imprudence de compléter

l'éducation de Son Excellence M. Biarn Haldorsen et d'accepter un

contrôle devenu bien gênant, ce modeste truquage n'était même plus

possible. Il fallait, coûte que coûte, accepter la situation telle

quelle et prendre livraison du terrain acheté partie en surface

aquatique et partie en surface terrestre.

La limite sud de cette seconde fraction, la plus intéressante des deux,

se trouva, en dernière analyse, portée à douze cent cinquante et un

mètres du rivage septentrional d'Upernivik, et sa longueur de trois

kilomètres excédant la largeur de l'île en cet endroit, il en résulta

que les limites est et ouest auraient dû être tracées en plein Océan.

Zéphyrin Xirdal reçut donc effectivement un peu plus de deux cent

soixante-douze hectares, au lieu de neuf kilomètres carrés achetés et

payés, ce qui rendait infiniment moins avantageuse cette opération

immobilière. C'était une mauvaise affaire.

Au point de vue spécial de la chute du bolide, elle devenait même

exécrable. Le point visé avec trop d'adresse par Zéphyrin Xirdal

était en mer! Certes, il avait admis la possibilité d'une déviation,

puisqu'il s'était «donné de l'air» sur quinze cents mètres dans tous

les sens autour de ce point. Mais de quel côté se produirait-elle?

Voilà ce qu'il ignorait. S'il pouvait évidemment se faire que le

météore tombât dans la portion restreinte qui demeurait en sa

possession, le contraire n'aurait rien de surprenant. De là, grande

perplexité de M. Lecœur.

«Que vas-tu faire maintenant? demanda-t-il à son filleul.

Celui-ci leva les bras au ciel en signe d'ignorance.

--Il faut agir pourtant, reprit son parrain d'un ton courroucé. Il faut

que tu nous sortes de cette impasse.

Zéphyrin Xirdal réfléchit un instant.

--La première chose à faire, dit-il enfin, c'est de clore le terrain

et d'y construire une baraque suffisante pour nous loger. J'aviserai

ensuite.»

M. Lecœur se mit à l'œuvre. En huit jours, les marins de _l'Atlantic_,

aidés de quelques Groënlandais attirés par la haute paye offerte,

eurent élevé une clôture en fils de fer dont les deux extrémités

allaient plonger dans la mer, et construit une cabane en planches qui

fut sommairement meublée des objets les plus indispensables.

Le 26 juillet, trois semaines avant le jour où devait s'effectuer la

chute du bolide, Zéphyrin Xirdal se mit au travail. Après avoir pris

quelques observations du météore dans les hautes zones de l'atmosphère,

il s'envola dans les hautes zones des mathématiques. Ses nouveaux

calculs ne purent que prouver la perfection de ses calculs antérieurs.

Aucune erreur n'avait été commise. Aucune déviation ne s'était

produite. Le bolide tomberait exactement à l'endroit prévu, soit par

72° 51' 30" de latitude nord et 55° 35' 18" de longitude ouest.

«Dans la mer, par conséquent, conclut M. Lecœur, en dissimulant mal sa

fureur.

--Dans la mer, évidemment, dit avec sérénité Xirdal, qui, en

vrai mathématicien, n'éprouvait d'autre sentiment qu'une grande

satisfaction, en constatant la précision supérieure de ses calculs.

Mais presque aussitôt l'autre face de la question lui apparut.

--Diable!.. fit-il en changeant de ton et en regardant son parrain d'un

air indécis.

Celui-ci se contraignit au calme.

--Voyons, Zéphyrin, reprit-il en adoptant le ton bonhomme qui convient

avec les enfants, nous n'allons pas rester les bras croisés, je

présume. Une gaffe a été commise; il faut la réparer. Puisque tu as été

capable d'aller chercher le bolide en plein ciel, c'est un jeu pour toi

de lui faire subir une déviation de quelques centaines de mètres.

--Vous croyez ça, vous! répondit Zéphyrin Xirdal en secouant la tête.

Quand j'agissais sur le météore, il était à quatre cents kilomètres.

A cette distance, l'attraction terrestre s'exerçait dans une mesure

telle que la quantité d'énergie que je projetais sur une de ses faces

était capable de provoquer une rupture d'équilibre appréciable. Il n'en

est plus ainsi, à présent. Le bolide est plus près, et l'attraction

terrestre le sollicite avec tant de force qu'un peu plus un peu moins

n'y changera pas grand'chose. D'autre part, si la vitesse absolue du

bolide a diminué, sa vitesse angulaire a beaucoup augmenté. Il passe

maintenant comme l'éclair dans la position la plus favorable et l'on

n'a guère le temps d'agir sur lui.

--Alors, tu ne peux rien? insista M. Lecœur en se mordant les lèvres

pour ne pas éclater.

--Je n'ai pas dit ça, rectifia Zéphyrin Xirdal. Mais la chose est

difficile. On peut essayer, cependant, bien entendu.»

Il l'essaya, en effet, et avec tant d'obstination que, le 17 août,

il considéra comme certain le succès de sa tentative. Le bolide

définitivement dévié tomberait en plein sur la terre ferme, à une

cinquantaine de mètres du rivage, distance suffisante pour écarter tout

danger.

Malheureusement, pendant les jours qui suivirent, cette violente

tempête qui secoua si fort les navires en rade d'Upernivik balaya

toute la surface de la terre, et Xirdal redouta à bon droit que la

trajectoire du bolide ne fût modifiée par un aussi furieux déplacement

de l'air.

Cette tempête, on le sait, se calma dans la nuit du 18 au 19, mais

les habitants de la cabane ne profitèrent pas de ce répit que leur

laissaient les éléments déchaînés. L'attente de l'événement ne leur

permit pas de prendre une minute de repos. Après avoir assisté au

coucher du soleil, un peu après dix heures et demie du soir, ils virent

l'astre du jour se lever moins de trois heures plus tard, dans un ciel

presque entièrement dégagé de nuages.

La chute se produisit juste à l'heure annoncée par Zéphyrin Xirdal.

A six heures cinquante-sept minutes trente-cinq secondes, une lueur

fulgurante déchira l'espace dans la région du Nord, aveuglant à demi M.

Lecœur et son filleul, qui, depuis une heure, surveillaient l'horizon

du pas de leur porte. Presque en même temps, on entendit un bruit

sourd, et la terre trembla sous un choc formidable. Le météore était

tombé.

Quand Zéphyrin Xirdal et M. Lecœur eurent retrouvé l'usage de la vue,

ce qu'ils aperçurent tout d'abord, ce fut le bloc d'or à cinq cents

mètres de distance.

«Il brûle, balbutia M. Lecœur en proie à une forte émotion.

--Oui,» répondit Zéphyrin Xirdal, incapable d'articuler autre chose que

ce bref monosyllabe.

Peu à peu, cependant, ils retrouvèrent le calme et se rendirent un

compte plus exact de ce qu'ils voyaient.

Le bolide était bien, en effet, à l'état incandescent. Sa température

devait dépasser mille degrés et être voisine du point de fusion.

Sa composition de nature poreuse se révélait nettement, et c'est

justement que l'observatoire de Greenwich l'avait comparé à une éponge.

Traversant la surface, dont le refroidissement dû au rayonnement

assombrissait la teinte, une infinité de canaux permettaient au regard

de pénétrer dans l'intérieur, où le métal était porté au rouge vif.

Divisés, croisés, recourbés en mille méandres, ces canaux formaient

un nombre immense d'alvéoles, d'où l'air surchauffé s'échappait en

sifflant.

Bien que le bolide eût été fortement aplati dans sa chute

vertigineuse, sa forme sphérique se discernait encore. La partie

supérieure demeurait assez régulièrement arrondie, tandis que la base

disloquée, écrasée, épousait intimement les irrégularités du sol.

«Mais... il va glisser dans la mer! s'écria M. Lecœur au bout de

quelques instants.

Son filleul garda le silence.

--Tu avais annoncé qu'il tomberait à cinquante mètres du bord!

Il en est à dix, car il faut tenir compte de son demi-diamètre.

--Dix ne sont pas cinquante.

--Il aura été dévié par la tempête.»

Les deux interlocuteurs n'échangèrent pas d'autres paroles et

contemplèrent la sphère d'or en silence.

En vérité, M. Lecœur n'avait pas tort d'éprouver une certaine

inquiétude. Le bolide était tombé à dix mètres de l'extrême arête

de la falaise, sur le sol déclive qui réunissait cette arête au

reste de l'île. Son rayon étant de cinquante-cinq mètres, ainsi

que l'Observatoire de Greenwich avait eu raison de l'affirmer, il

se trouvait en surplomb de quarante-cinq mètres au-dessus du vide.

L'énorme masse de métal, déjà amollie par la chaleur, et ainsi projetée

en porte-à-faux, avait pour ainsi dire coulé le long de la falaise

verticale et pendait lamentablement jusqu'à peu de distance de la

surface de la mer. Mais l'autre partie, littéralement imprimée dans le

roc, retenait l'ensemble au-dessus de l'océan.

Assurément, puisqu'il ne tombait pas, c'est qu'il était en équilibre.

Toutefois cet équilibre paraissait bien instable et on comprenait que

la moindre impulsion aurait suffi à précipiter dans l'abîme le fabuleux

trésor. Une fois lancé sur la pente, rien au monde ne serait capable

de l'arrêter, et il glisserait alors invinciblement dans la mer qui se

refermerait sur lui.

Raison de plus de se hâter, pensa soudain M. Lecœur, en reprenant

conscience de lui-même. C'était folie de gâcher ainsi son temps dans

une sotte contemplation, au grand dommage de ses intérêts.

Passant, sans perdre une minute de plus, derrière la maisonnette, il

hissa le drapeau français au sommet d'un mât assez élevé pour être

aperçu des vaisseaux mouillés devant Upernivik. On sait déjà que ce

signal devait être vu et compris. _L'Atlantic_ avait aussitôt pris

la mer, en route pour le poste télégraphique le plus proche, d'où

s'élancerait, à l'adresse de la Banque Robert Lecœur, rue Drouot, à

Paris, une dépêche rédigée en langage clair: «Bolide tombé. Vendez.»

A Paris, on s'empresserait d'exécuter cet ordre, et cela vaudrait

encore un immense bénéfice à M. Lecœur, qui jouait à coup sûr. Quand la

chute serait connue, nul doute que les mines ne subissent un dernier

effondrement. M. Lecœur se rachèterait alors dans d'excellentes

conditions. Allons! l'affaire avait du bon, quoi qu'il pût arriver,

et M. Lecœur ne pouvait manquer d'encaisser un nombre respectable de

millions.

Zéphyrin Xirdal insensible à ces intérêts vulgaires, était resté

plongé dans sa contemplation, quand un grand bruit de voix vint frapper

son oreille. En se retournant, il aperçut la foule des touristes,

qui, M. de Schnack à leur tête, s'étaient enhardis à pénétrer sur

son domaine. Voilà qui était intolérable, par exemple! Xirdal, qui

avait acquis un terrain pour être maître chez lui, fut outré d'un tel

sans-gêne.

D'un pas rapide, il se porta au-devant des indiscrets envahisseurs.

Le délégué du Groënland lui épargna la moitié du chemin.

«Comment se fait-il, Monsieur, dit Xirdal en l'abordant, que vous soyez

entré chez moi? N'avez-vous pas vu les écriteaux?

--Pardonnez-moi, Monsieur, répondit poliment M. de Schnack, nous les

avons parfaitement vus, mais nous avons pensé qu'on était excusable

d'enfreindre, en raison de circonstances si exceptionnelles, les règles

généralement admises.

--Circonstances exceptionnelles?.. demanda Xirdal avec candeur. Quelles

circonstances exceptionnelles?

L'attitude de M. de Schnack exprima à bon droit quelque surprise.

--Quelles circonstances exceptionnelles?.. répéta-t-il. Sera-ce donc

à moi de vous apprendre, Monsieur, que le bolide de Whaston vient de

tomber sur cette île?

--Je le sais parfaitement, déclara Xirdal. Mais il n'y a rien

d'exceptionnel là-dedans. C'est un fait très banal que la chute d'un

bolide.

--Pas quand il est en or.

--En or ou en autre chose, un bolide, c'est un bolide.

--Ce n'est pas l'avis de ces messieurs ni de ces dames, répliqua M. de

Schnack, en montrant la foule des touristes dont la grande majorité ne

comprenait pas un mot à ce dialogue. Tout ce monde n'est ici que pour

assister à la chute du bolide de Whaston. Avouez qu'il aurait été dur,

après un pareil voyage, d'être arrêté par une barrière de fils de fer.

--Il est vrai, reconnut Xirdal disposé à la conciliation.

Les choses étaient ainsi en bonne voie, quand M. de Schnack commit

l'imprudence d'ajouter:

--En ce qui me concerne, je pouvais d'autant moins me laisser arrêter

par votre barrière, qu'elle s'opposait à l'accomplissement de la

mission officielle dont je suis investi.

--Mission qui consiste?

--A prendre possession du bolide au nom du Groënland, dont je suis ici

le représentant.

Xirdal avait sursauté.

--Prendre possession du bolide!.. s'écria-t-il. Mais vous êtes fou, mon

bon Monsieur!

--Je ne vois pas pourquoi, répliqua M. de Schnack d'un ton pincé. Le

bolide est tombé en territoire groënlandais. Il appartient donc à

l'État groënlandais, puisqu'il n'appartient à personne.

--Autant de mots, autant d'erreurs, protesta Zéphyrin Xirdal avec

une violence naissante. D'abord, le bolide n'est pas tombé sur le

territoire du Groënland mais sur mon territoire à moi, attendu que le

Groënland me l'a bel et bien vendu contre espèces. En outre, le bolide

appartient à quelqu'un, et ce quelqu'un, c'est moi.

--Vous?..

--Parfaitement moi.

--A quel titre?

--Mais à tous les titres possibles, mon cher Monsieur. Sans moi, le

bolide graviterait encore dans l'espace, où, tout représentant que

vous êtes, vous seriez bien en peine d'aller le chercher. Comment ne

serait-il pas à moi, puisqu'il est chez moi et que c'est moi qui l'y ai

fait tomber?

--Vous dites?.. insista M. de Schnack.

--Je dis que c'est moi qui l'ai fait tomber. J'ai d'ailleurs eu soin

d'en informer la Conférence Internationale qui s'est réunie, paraît-il,

à Washington. Je présume que ma dépêche a interrompu ses travaux.

M. de Schnack considérait son interlocuteur avec incertitude. Avait-il

affaire à un farceur ou à un fou?

--Monsieur, répondit-il, je faisais partie de la Conférence

Internationale, et je peux vous affirmer qu'elle siégeait toujours

quand j'ai quitté Washington. D'autre part, je peux également vous

affirmer que je n'ai eu aucune connaissance de la dépêche dont vous

parlez.

M. de Schnack était sincère. Un peu dur d'oreille, il n'avait pas

entendu un seul mot de cette dépêche, lue, comme il est d'usage dans

tout parlement qui se respecte, au milieu de l'infernal vacarme des

conversations particulières.

--Je ne l'en ai pas moins envoyée, affirma Zéphyrin Xirdal qui

commençait à s'échauffer. Qu'elle soit ou non arrivée à destination,

cela ne change rien à mes droits.

--Vos droits?.. riposta M. de Schnack que cette discussion inattendue

irritait également. Osez-vous bien élever sérieusement des prétentions

quelconques sur le bolide?

--Non, mais, je me gênerai peut-être! s'exclama Xirdal gouailleur.

--Un bolide de six trillions de francs!

--Et puis après?.. Quand il vaudrait trois cent mille millions de

milliards de billiards de trilliards, cela ne l'empêcherait pas d'être

à moi.

--A vous!.. c'est de la plaisanterie... Un homme posséder à lui seul

plus d'or que le reste du monde!.. Ce ne serait pas tolérable.

--Je ne sais pas si c'est tolérable ou pas tolérable, cria Zéphyrin

Xirdal tout à fait en colère. Je ne sais qu'une chose, c'est que le

bolide est à moi.

--C'est ce que nous verrons, conclut M. de Schnack d'un ton sec. Pour

le moment, vous voudrez bien souffrir que nous poursuivions notre

route.»

Ce disant, le délégué toucha légèrement le bord de son chapeau, et, sur

un signe de lui, le guide indigène se remit en marche. M. de Schnack

lui emboîta le pas, et les trois mille touristes emboîtèrent le pas à

M. de Schnack.

[Illustration: A CETTE DISTANCE DE QUATRE CENTS MÈTRES... (Page 209.)]

Zéphyrin Xirdal, planté sur ses longues jambes, regarda passer cette

foule, qui semblait l'ignorer. Son indignation était grande. Entrer

chez lui sans sa permission et s'y comporter comme en pays conquis!

Contester ses droits! Cela dépassait les bornes.

Rien à faire, cependant, contre une pareille foule. C'est pourquoi,

quand le dernier étranger eut défilé, il en fut réduit à battre en

retraite vers sa bicoque. Mais, s'il était vaincu, il n'était pas

convaincu, et, chemin faisant, il donna libre cours à sa bile.

«C'est dégoûtant... dégoûtant!» proclamait-il à satiété en gesticulant

comme un sémaphore.

Cependant, la foule se hâtait derrière le guide. Celui-ci s'arrêta

enfin à l'amorce de l'extrême pointe de l'île. On ne pouvait aller plus

loin.

M. de Schnack et M. Wharf le rejoignirent aussitôt. Puis ce furent MM.

Forsyth et Hudelson, Francis et Jenny, Omicron, Mr Seth Stanfort et Mrs

Arcadia Walker, et enfin toute la masse des curieux que la flottille

avait déversée sur ce littoral de la mer de Baffin.

Oui, impossible d'aller plus loin. La chaleur, devenue insoutenable,

n'aurait pas permis un pas de plus.

D'ailleurs, ce pas aurait été inutile. A moins de quatre cents mètres,

la sphère d'or apparaissait, et tout le monde pouvait la contempler,

comme Zéphyrin Xirdal et M. Lecœur l'avaient contemplée une heure plus

tôt. Elle ne rayonnait plus, comme au temps où elle traçait son orbite

dans l'espace, mais tel était son éclat que les yeux avaient peine à le

supporter. En somme, insaisissable quand elle sillonnait le ciel, elle

n'était pas moins insaisissable maintenant qu'elle reposait sur le sol

terrestre.

En cet endroit, le littoral s'arrondissait en une sorte de plateau, un

de ces rochers désignés sous le nom d'_Unalek_, en langue indigène.

Incliné vers le large, il se terminait en une falaise verticale élevée

d'une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est sur le

bord de ce plateau que le bolide était tombé. Quelques mètres de plus à

droite, et il se fût englouti dans les abîmes où plongeait le pied de

la falaise.

«Oui! ne put s'empêcher de murmurer Francis Gordon, à vingt pas de là,

il était par le fond...

--D'où on ne l'aurait pas facilement retiré, termina Mrs Arcadia Walker.

--Eh! M. de Schnack ne le tient pas encore, fit remarquer Mr Seth

Stanfort. Il s'en faut qu'il soit encaissé par le gouvernement

groënlandais.»

En effet, mais il le serait un jour ou l'autre. Question de patience,

tout simplement. Il suffirait d'attendre le refroidissement et, à

l'approche d'un hiver arctique, cela ne tarderait guère.

Mr Dean Forsyth et Mr Sydney Hudelson étaient là, immobiles,

hypnotisés, pour ainsi dire, par la vue de cette masse d'or qui leur

brûlait les yeux. Tous deux avaient essayé de se porter en avant, et

tous deux avaient dû reculer, aussi bien que l'impatient Omicron qui

faillit être grillé comme un roastbeef. A cette distance de quatre

cents mètres, la température atteignait cinquante degrés centigrades,

et la chaleur dégagée par le météore rendait l'air irrespirable.

«Mais enfin... il est là... Il repose sur l'île... Il n'est pas au fond

de la mer... Il n'est pas perdu pour tout le monde... Il est aux mains

de cet heureux Groënland!.. Attendre... il suffira d'attendre...»

Voilà ce que répétaient les curieux arrêtés par la suffocante chaleur à

ce tournant de la falaise.

Oui, attendre... Mais combien de temps? Le bolide ne résisterait-il pas

un mois, deux mois, au refroidissement? De telles masses métalliques,

portées à une température si élevée, peuvent rester longtemps

brûlantes. Cela s'est déjà vu pour des météorites de volume infiniment

moindre.

Trois heures se passèrent et personne ne songeait à quitter la place.

Voulait-on attendre qu'il fût possible d'approcher du bolide? Mais ce

ne serait ni aujourd'hui, ni demain. A moins d'établir un campement et

d'y apporter des vivres, il faudrait bien retourner aux navires.

«Mr Stanfort, dit Mrs Arcadia Walker, pensez-vous que quelques heures

suffiront à refroidir ce bloc incandescent?

--Ni quelques heures ni quelques jours, Mrs Walker.

--Je vais donc retourner à bord de _l'Oregon_, quitte à revenir plus

tard.

--Vous avez parfaitement raison, répondit Mr Stanfort, et, à votre

exemple, je me dirigerai du côté du _Mozik_. L'heure du déjeuner a

sonné, je pense.

C'était le parti le plus sage, mais, ce sage parti, il fut impossible

à Francis Gordon et à Jenny de le faire adopter par MM. Forsyth et

Hudelson.

En vain la foule s'écoula peu à peu, en vain M. de Schnack, le dernier,

se décida à regagner la station d'Upernivik, les deux maniaques

s'entêtèrent à demeurer seuls en tête à tête avec leur météore.

«Enfin, papa, venez-vous? demanda pour la dixième fois Jenny Hudelson

vers deux heures de l'après-midi.

Pour toute réponse, le docteur Hudelson fit une douzaine de pas en

avant. Mais il fut obligé de reculer précipitamment. C'était comme

s'il se fût aventuré devant la gueule d'un four. Mr Dean Forsyth, qui

s'était élancé à sa suite, dut battre en retraite avec non moins de

hâte.

--Voyons, mon oncle, reprit à son tour Francis Gordon, voyons Mr

Hudelson, il est temps de regagner le bord... Que diable! le bolide ne

se sauvera pas maintenant. De le dévorer des yeux, ce n'est pas cela

qui vous remplira l'estomac.

Vains efforts. C'est seulement le soir que, tombant de fatigue et

d'inanition, Mr Forsyth et Mr Hudelson se résignèrent à quitter la

place, bien décidés à revenir le lendemain.

Ils y revinrent, en effet, dès la première heure, mais ce fut pour

se heurter à une cinquantaine d'hommes armés--toutes les forces

groënlandaises--assurant le service d'ordre autour du précieux météore.

Contre qui le gouvernement prenait-il cette précaution? Contre Zéphyrin

Xirdal? En ce cas, cinquante hommes, c'était beaucoup. D'autant plus

que le bolide se défendait fort bien tout seul. Son insoutenable

chaleur maintenait les plus audacieux à distance respectueuse. A

peine si l'on avait gagné un mètre depuis la veille. De ce train-là,

il faudrait des mois et des mois pour que M. de Schnack pût prendre

effectivement possession du trésor au nom du Groënland.

N'importe, on faisait garder ce trésor. Quand il s'agit de cinq mille

sept cent quatre-vingt-huit milliards, on ne saurait être trop prudent.

A la prière de M. de Schnack, un des navires en rade était parti,

afin de porter télégraphiquement la grande nouvelle à la connaissance

du monde entier. Dans quarante-huit heures, la chute du bolide serait

donc universellement connue. Cela n'allait-il pas déranger les plans

de M. Lecœur? En aucune façon. Le départ de _l'Atlantic_ remontant

à vingt-quatre heures, et la marche du yacht étant notablement

supérieure, le banquier disposait de trente-six heures d'avance, délai

suffisant pour mener à bonne fin sa spéculation financière.

Si le gouvernement groënlandais s'était senti rassuré par la présence

de cinquante gardiens, à quel point ne dut-il pas l'être dans

l'après-midi du même jour, en constatant que soixante-dix hommes

surveillaient désormais le météore?

Vers midi, un croiseur avait mouillé devant Upernivik. A sa corne

flottait le pavillon étoilé des États-Unis d'Amérique. Son ancre à

peine par le fond, ce croiseur avait débarqué vingt hommes, qui,

sous le commandement d'un midshipman, campaient maintenant dans les

alentours du bolide.

Quand il connut cet accroissement du service d'ordre, M. de Schnack

éprouva des sentiments contradictoires. S'il fut satisfait de savoir le

précieux bolide défendu avec tant de zèle, ce débarquement de marins

américains en armes sur le territoire groënlandais ne laissa pas de

lui causer de sérieuses inquiétudes. Le midshipman, à qui il s'en

ouvrit, ne put le renseigner. Il obéissait à l'ordre de ses chefs et ne

cherchait pas plus loin.

M. de Schnack se résolut donc à porter dès le lendemain ses doléances

à bord du croiseur, mais, quand il voulut exécuter son projet, il se

trouva en face d'un travail double.

Pendant la nuit, un deuxième croiseur, anglais celui-là, était arrivé,

en effet. Le commandant, apprenant que la chute du météore était un

fait accompli, avait, à l'exemple de son collègue américain, débarqué,

lui aussi, une vingtaine de marins, et ceux-ci, sous la conduite d'un

second midshipman, se dirigèrent au pas accéléré vers le nord-ouest de

l'île.

M. de Schnack devint perplexe. Que signifiait tout cela? Et ses

perplexités augmentèrent à mesure que le temps s'écoula. L'après-midi,

on signala un troisième croiseur battant pavillon tricolore, et, deux

heures plus tard, vingt matelots français, sous le commandement d'un

enseigne, allaient à leur tour monter la garde autour du bolide.

La situation se corsait décidément. Elle ne devait pas en rester là.

Dans la nuit du 21 au 22, ce fut un croiseur russe qui survint, lui

quatrième. Puis, dans la journée du 22, on vit arriver successivement

un navire japonais, un italien et un allemand. Le lendemain 23, un

croiseur argentin et un espagnol ne précédèrent que de peu un bateau

chilien, suivi de très près par deux autres navires, l'un portugais et

le second hollandais.

Le 25 août, seize bâtiments de guerre, au milieu desquels _l'Atlantic_

avait discrètement repris son mouillage, formaient devant Upernivik,

une escadre internationale comme n'en avaient jamais vu ces parages

hyperboréens. Et chacun d'eux ayant débarqué ses vingt hommes sous la

conduite d'un officier, trois cent vingt marins et seize officiers

de toutes nationalités foulaient maintenant un sol que n'eussent pu

défendre, malgré leur courage, les cinquante soldats groënlandais.

Chaque navire apportait son contingent de nouvelles, et ces nouvelles

ne devaient pas être satisfaisantes, à en juger par leur effet. S'il

était constant que la Conférence Internationale siégeât toujours à

Washington, il ne l'était pas moins qu'elle ne continuait ses séances

que pour la forme. Désormais, la parole était à la diplomatie... en

attendant, ajoutait-on dans l'intimité, qu'elle appartînt au canon.

On discutait ferme dans les chancelleries, et non sans une certaine

acrimonie.

A mesure que les navires se succédaient, les nouvelles devaient être

plus inquiétantes. On ne savait rien de précis, mais de sourdes

rumeurs couraient dans les états-majors et parmi les équipages, et les

relations se faisaient chaque jour plus tendues entre les divers corps

d'occupation.

Si le commodore américain avait tout d'abord invité à sa table son

collègue anglais, et si celui-ci, en lui rendant cette politesse, avait

profité de l'occasion pour rendre un cordial hommage au commandant du

croiseur français, c'en était fini de ces amabilités internationales.

Maintenant, chacun restait cantonné chez soi, attendant de savoir, pour

régler sa conduite, de quel côté viendrait le vent, dont les premiers

souffles semblaient être précurseurs de tempêtes.

Pendant ce temps, Zéphyrin Xirdal ne décolérait pas. M. Lecœur avait

les oreilles rebattues de ses récriminations incessantes et s'épuisait

en vain à faire appel à son bon sens.

«Tu dois bien comprendre, mon cher Zéphyrin, lui disait-il, que M.

de Schnack a raison, et qu'il est impossible de laisser à une seule

créature la libre disposition d'une somme aussi colossale. Il est donc

naturel qu'on intervienne. Mais laisse-moi faire. Quand la première

émotion sera calmée, j'interviendrai à mon tour, et je considère

comme impossible qu'on ne tienne pas compte dans une large mesure de

la justice de notre cause. J'obtiendrai quelque chose, ce n'est pas

douteux.

--Quelque chose! se récriait Xirdal. Eh! je m'en moque pas mal, de

votre quelque chose. Que voulez-vous que je fasse de cet or? Est-ce que

j'en ai besoin, moi?

--Alors, objectait M. Lecœur, pourquoi t'exciter si fort?

--Parce que le bolide est à moi. Ça me révolte qu'on veuille le

prendre. Je ne le supporterai pas.

--Que peux-tu contre toute la terre, mon pauvre Zéphyrin?

--Si je le savais, ce serait fait. Mais, patience!.. Quand cette

espèce de délégué a émis la prétention de prendre mon bolide, c'était

dégoûtant. Que dire aujourd'hui!.. Maintenant, autant de pays, autant

de voleurs. Sans compter qu'ils vont se déchirer entre eux, à ce qu'on

prétend... Du diable si je n'aurais pas bien fait de laisser le bolide

où il était! Ça m'a paru farce à moi, de le faire tomber. J'ai trouvé

l'expérience intéressante... Si j'avais su!.. De pauvres hères qui

n'ont pas dix sous en poche, qui vont se battre maintenant à propos

de milliards!.. Vous direz ce que vous voudrez, c'est de plus en plus

dégoûtant!»

Xirdal ne sortait pas de là.

Il avait tort, en tous cas, d'être irrité contre M. de Schnack. Le

malheureux délégué, pour employer une expression familière, n'en

menait pas large, lui non plus. Cet envahissement du territoire

groënlandais ne lui disait rien qui vaille, et la prodigieuse fortune

de la République lui paraissait reposer sur des bases bien fragiles.

Que faire cependant? Pouvait-il rejeter à la mer, avec ses cinquante

hommes, les trois cent vingt marins étrangers, canonner, torpiller,

couler bas, les seize mastodontes cuirassés qui l'entouraient?

Non évidemment, il ne le pouvait pas. Mais, ce qu'il pouvait, du moins,

ce qu'il devait même, c'était protester au nom de son pays contre la

violation du sol national.

Un jour que les deux commandants anglais et français étaient

descendus à terre de compagnie, en qualité de simples curieux, M.

de Schnack saisit cette occasion de demander des explications et de

faire des représentations officieuses, dont la modération diplomatique

n'exclurait pas la véhémence.

Ce fut le commodore anglais qui répondit. M. de Schnack, dit-il en

substance, avait tort de s'émouvoir. Les commandants des bâtiments

en rade se conformaient simplement aux ordres de leurs Amirautés

respectives. Il ne leur appartenait, ni de discuter, ni d'interpréter

ces ordres, mais seulement de les exécuter. On présumait, toutefois,

que le débarquement international n'avait d'autre but que le maintien

de l'ordre, en présence d'une affluence de curieux fort importante en

réalité, mais qui avait sans doute été prévue plus importante encore.

Pour le surplus, M. de Schnack devait être tranquille. La question

était à l'étude, et les droits de chacun seraient incontestablement

respectés.

«Très exact, approuva le commandant français.

--Puisque tous les droits seront respectés, je pourrai donc défendre

les miens, s'écria tout à coup un personnage en intervenant sans façon

dans la discussion.

--A qui ai-je l'honneur?.. interrogea le commodore.

--Mr Dean Forsyth, astronome, à Whaston, le véritable père et légitime

propriétaire du bolide, répondit l'interrupteur avec importance, tandis

que M. de Schnack haussait légèrement les épaules.

--Aoh! très bien! prononça le commodore. Je connais parfaitement votre

nom, Mr Forsyth... Mais certainement, si vous avez des droits, pourquoi

ne seriez-vous pas mis à même de les faire valoir?

--Des droits!.. s'écria en ce moment un deuxième interrupteur. Alors,

que dirai-je des miens? N'est-ce pas moi, moi seul, le docteur Sydney

Hudelson, qui, le premier, ai signalé le météore à l'attention de

l'univers?

--Vous!.. protesta Mr Dean Forsyth, en se retournant comme s'il eût été

piqué par une vipère.

--Moi.

--Un médicastre de faubourg prétendre à une telle découverte!

--Aussi bien qu'un ignorant de votre espèce.

--Un hâbleur qui ne sait même pas de quel côté on regarde dans une

lunette!

--Un farceur qui n'a jamais vu un télescope!

--Ignorant, moi!..

--Moi, un médicastre!..

--Pas tellement ignorant que je ne sache démasquer un imposteur.

--Pas si médicastre que je ne trouve le moyen de confondre un voleur.

--C'en est trop! cria d'une voix étranglée Mr Dean Forsyth écumant.

Prenez garde, Monsieur!

Les deux rivaux, poings serrés, regards furibonds, se menaçaient du

geste, et la scène eût probablement mal fini, si Francis et Jenny ne se

fussent élancés entre les combattants.

--Mon oncle!.. s'écriait Francis en maîtrisant Mr Dean Forsyth d'une

main vigoureuse.

--Papa!.. Je vous en supplie... Papa!.. implorait Jenny toute en pleurs.

--Quels sont ces deux énergumènes? demanda à Mr Seth Stanfort, à côté

duquel il se trouvait par hasard, Zéphyrin Xirdal, qui, à quelque

distance, assistait à cette scène tragico-burlesque.

En voyage, on fait aisément bon marché du protocole mondain. Mr Seth

Stanfort répondit sans façon à cette question qu'un inconnu lui posait

sans façon.

--Vous n'êtes pas sans avoir entendu parler de Dean Forsyth et du

docteur Sydney Hudelson.

--Les deux astronomes amateurs de Whaston?

--Précisément.

--Ceux qui ont découvert le bolide qui vient de tomber ici?

--Ce sont eux.

--Qu'ont-ils à se disputer de la sorte?

--Ils ne peuvent se mettre d'accord sur celui à qui revient la priorité

de la découverte.

Zéphyrin Xirdal haussa dédaigneusement les épaules.

--Belle affaire! dit-il.

--Et ils réclament tous deux la propriété du bolide, reprit Mr Seth

Stanfort.

--Sous prétexte qu'ils l'ont vu par hasard dans le ciel?

--C'est cela même.

--Ils ont du toupet, déclara Zéphyrin Xirdal. Mais, ce jeune homme et

cette jeune fille, que viennent-ils faire là-dedans?»

Complaisamment, Mr Seth Stanfort exposa la situation. Il raconta par

quel concours de circonstances les deux fiancés avaient dû renoncer

à l'union projetée, et par suite de quelle absurde jalousie la haine

corse qui séparait les deux familles avait brisé leur tendre et

touchante affection.

Xirdal paraissait bouleversé. Il regardait de l'air dont il eût regardé

des phénomènes, Mr Dean Forsyth retenu par Francis Gordon, et Jenny

Hudelson entourant de ses faibles bras son père exaspéré. Quand Mr

Seth Stanfort eut achevé son récit, Zéphyrin Xirdal, sans le moindre

remercîment, lança un retentissant: «Cette fois, c'est trop fort!»

et s'éloigna à grandes enjambées. Avec flegme, le narrateur suivit

des yeux cet original, puis il n'y pensa plus et retourna près de Mrs

Arcadia Walker, exceptionnellement délaissée pendant ce court dialogue.

Cependant, Zéphyrin Xirdal était hors de lui. D'une main brutale, il

ouvrit la porte de sa maisonnette.

«Mon oncle, dit-il à M. Lecœur que cette virulente apostrophe fit

sursauter, je déclare que c'est par trop dégoûtant.

--Qu'y a-t-il encore? demanda M. Lecœur.

--Le bolide, parbleu! Toujours le maudit bolide!

--Qu'a-t-il fait, le bolide?

--Il est en train de dévaster la terre, tout bonnement. On n'en est

plus à compter ses méfaits. Non content de transformer tous ces gens-là

en voleurs, il risque de mettre le monde à feu et à sang, en semant

partout la discorde et la guerre. Ce n'est pas tout. Ne voilà-t-il pas

qu'il se permet de brouiller les fiancés? Allez la voir, cette petite

fille, mon oncle, et vous m'en donnerez des nouvelles. Elle est à

faire pleurer une borne kilométrique. Tout ça, décidément, c'est trop

dégoûtant.

--Quels fiancés? De quelle jeune fille parles-tu? Qu'est-ce que c'est

encore que cette nouvelle lubie? interrogea M. Lecœur ahuri.

Zéphyrin Xirdal dédaigna de répondre.

--Oui, c'est trop dégoûtant, proclama-t-il avec violence. Ah mais! ça

ne va pas se passer comme ça. Je vais les mettre tous d'accord, et

raide encore!

--Quelle sottise vas-tu faire Zéphyrin?

--Parbleu! ça n'est pas sorcier. Je vais flanquer leur bolide à l'eau.

M. Lecœur se leva d'un bond. Son visage avait pâli sous le coup de

l'intense émotion qui lui paralysait le cœur. Pas un instant, la pensée

ne lui vint que Xirdal obéît à la colère et qu'il proférât des menaces

dont la réalisation ne fût pas en son pouvoir. Il avait donné des

preuves de sa puissance. De lui, on devait s'attendre à tout.

--Tu ne feras pas cela, Zéphyrin, s'écria M. Lecœur.

--Je le ferai, au contraire. Rien ne m'en empêchera. J'en ai assez,

moi, et je vais m'y mettre pas plus tard que tout de suite.

--Mais tu ne songes donc pas, malheureux...

M. Lecœur s'interrompit brusquement. Une pensée de génie, éblouissante

et soudaine comme l'éclair, venait de naître tout d'une pièce dans son

cerveau. Quelques instants suffirent à ce grand capitaine des batailles

de l'argent pour en examiner le fort et le faible.

--Au fait!.. murmura-t-il.

Un second effort de réflexion lui confirma l'excellence de son projet.

S'adressant alors à Zéphyrin Xirdal:

--Je ne te contredirai pas plus longtemps, dit-il carrément, en homme

pressé pour qui les minutes sont des heures. Tu veux rejeter le bolide

à la mer? Soit! Mais ne pourrais-tu me donner quelques jours de répit?

--J'y suis bien forcé, s'écria Xirdal. Il faut que je fasse subir

des modifications à la machine en vue du nouveau travail que je lui

demande. Ces modifications exigeront cinq ou six jours.

--Cela nous reporterait donc au 3 septembre.

--Oui.

--Fort bien,» dit M. Lecœur, qui sortit et se dirigea rapidement vers

Upernivik, tandis que son filleul se mettait à l'ouvrage.

Sans perdre de temps, M. Lecœur se fit conduire à bord de _l'Atlantic_,

dont la cheminée se mit aussitôt à vomir des torrents de fumée noire.

Deux heures plus tard, son armateur retourné à terre, _l'Atlantic_

fuyait à toute vapeur et disparaissait à l'horizon.

Comme tout ce qui est génial, le plan de M. Lecœur était d'une sublime

simplicité.

De ces deux solutions: dénoncer son filleul aux troupes internationales

et le mettre dans l'impossibilité d'agir, ou laisser les choses suivre

leur cours, M. Lecœur avait adopté la seconde.

Dans le premier cas, il pouvait raisonnablement compter sur la

reconnaissance des gouvernements intéressés. Une part lui serait sans

doute réservée du trésor sauvé grâce à son intervention. Mais quelle

part? Dérisoire probablement et rendue plus dérisoire encore par

l'avilissement de l'or, qu'un tel afflux de ce métal devait logiquement

provoquer.

Si, au contraire, il gardait le silence, outre qu'il supprimait toutes

les calamités que cette malfaisante masse d'or portait en germe dans

ses flancs et qu'elle allait, comme un torrent dévastateur, répandre

sur la surface de la terre, il évitait les inconvénients qui lui

étaient personnels et s'assurait, en revanche, de grands avantages.

Seul pendant cinq jours à connaître un tel secret, il lui était

facile d'en tirer parti. Pour cela, il lui suffisait d'expédier par

_l'Atlantic_ un nouveau télégramme, dans lequel, après déchiffrement,

on lirait rue Drouot: «Événement sensationnel imminent. Achetez Mines

quantité illimitée.»

Cet ordre serait facilement exécuté. La chute du bolide était

certainement connue à cette heure et les actions de Mines d'or devaient

être effondrées à presque rien. Sans aucun doute, on les offrait à des

prix insignifiants sans trouver de contre-partie... Quel boum, par

contre, quand on apprendrait la fin de l'aventure! Avec quelle rapidité

elles remonteraient alors à leurs cours primitifs, au grand profit de

leur heureux acheteur.

Disons tout de suite que M. Lecœur avait eu le coup d'œil juste. La

dépêche fut distribuée rue Drouot, et, à la bourse du même jour, on

exécuta ponctuellement ses instructions. La banque Lecœur acheta au

comptant et à terme toutes les mines d'or qui furent offertes, et le

lendemain elle en fit autant.

Quelle moisson elle récolta en ces deux jours! Mines de peu

d'importance pour quelques centimes par titre, mines autrefois

florissantes tombées à deux ou trois francs, mines de premier ordre

avilies à dix ou douze, elle ramassa tout indistinctement.

Au bout de quarante-huit heures, le bruit de ces achats commença à

circuler dans les diverses bourses du monde et y causa quelque émotion.

La banque Lecœur, maison sérieuse bien connue pour son flair, ne devait

pas agir à la légère, en se jetant ainsi sur une catégorie spéciale de

valeurs. Il y avait quelque chose là-dessous. Tel fut le sentiment

général, et les cours remontèrent sensiblement.

Il était trop tard. Le coup était fait. M. Robert Lecœur possédait

alors plus de la moitié de la production aurifère du globe.

Pendant que ces événements s'accomplissaient à Paris, Zéphyrin Xirdal

utilisait pour modifier sa machine les accessoires dont il avait eu

soin de se munir au départ. A l'intérieur, il branchait des fils

se croisant en circuits compliqués. A l'extérieur, il ajoutait des

ampoules de formes singulières, au centre de deux nouveaux réflecteurs.

A la date fixée, le 3 septembre, tout était terminé, et Zéphyrin Xirdal

se déclara prêt à l'action.

La présence de son parrain lui assurait exceptionnellement un auditoire

véritable. C'était une occasion unique d'exercer ses talents oratoires.

Il ne la laissa pas passer.

«Ma machine, dit-il en fermant le circuit électrique, n'a rien de

mystérieux ni de diabolique. Ce n'est pas autre chose qu'un organe de

transformation. Elle reçoit de l'électricité sous sa forme ordinaire

et la rend sous une forme supérieure découverte par moi. Cette ampoule

que vous voyez là et qui commence à tourner comme une petite folle,

est celle qui m'a servi à attirer le bolide. Avec l'aide du réflecteur

au centre duquel elle est située, elle envoie dans l'espace un courant

d'une nature particulière, décoré par moi du nom de courant neutre

hélicoïdal. Ainsi que son nom l'indique, il se meut à la façon d'une

hélice. D'autre part, il a la propriété de repousser avec violence

tout corps matériel venu à son contact. L'ensemble de ses spires

constitue un cylindre creux, d'où l'air, comme toute autre matière,

est chassé, si bien que, dans l'intérieur de ce cylindre, il n'y a

rien. Comprenez-vous bien, mon oncle, la valeur de ce mot: RIEN? Vous

dites-vous que, partout dans l'infini de l'espace, il y a _quelque

chose_, et que mon cylindre invisible qui se visse dans l'atmosphère

est, pendant un instant, le seul point de l'univers où il n'y ait

RIEN? Instant très court, plus court que la durée de l'éclair. Cet

endroit unique où règne le _vide absolu_, c'est un exutoire par lequel

s'échappe en vagues pressées l'indestructible énergie que le globe

terrestre retient prisonnière et condensée dans les lourdes mailles de

la substance. Mon rôle s'est donc borné à supprimer un obstacle.

M. Lecœur, très intéressé, concentrait toute son attention pour suivre

ce curieux exposé.

--La seule chose un peu délicate, reprit Zéphyrin Xirdal, c'est de

régler la longueur d'onde du courant neutre hélicoïdal. S'il atteint

l'objet que l'on désire influencer, il le repousse, au lieu de

l'attirer. Il faut donc qu'il expire à une certaine distance de cet

objet, mais le plus près possible, de telle sorte que l'énergie libérée

rayonne dans son voisinage immédiat.

--Mais, pour faire rouler le bolide à la mer, il faut le pousser et non

l'attirer, objecta M. Lecœur.

--Oui et non, répondit Zéphyrin Xirdal. Suivez-moi bien, mon oncle. Je

connais la distance précise qui nous sépare du bolide. Cette distance

est exactement de cinq cent onze mètres quarante-huit centimètres. Je

règle la portée de mon courant en conséquence.

Tout en parlant Xirdal manœuvrait un rhéostat intercalé dans le circuit

entre la source électrique et la machine.

--Voilà qui est fait, reprit-il. Maintenant, le courant meurt à moins

de trois centimètres du bolide, du côté de sa convexité nord-est.

L'énergie libérée l'entoure donc sur cette face d'un intense

rayonnement. Cela, toutefois, ne serait peut-être pas suffisant pour

mouvoir une pareille masse si intimement adhérente au sol. Aussi, pour

plus de prudence, vais-je employer deux autres moyens accessoires.

Xirdal plongea la main dans l'intérieur de la machine. Aussitôt l'une

des deux nouvelles ampoules se mit à crépiter furieusement.

--Vous remarquerez, mon oncle, dit-il sous forme de commentaire, que

cette ampoule ne tourne pas comme l'autre. C'est que son effet est

d'une autre nature. Les effluves qu'elle émet sont particulières. Nous

les appellerons, si vous le voulez bien, courants neutres rectilignes,

pour les différencier des précédentes. La longueur de ces courants

rectilignes n'a pas besoin d'être réglée. Ils s'en iraient, invisibles,

dans l'infini, si je ne les projetais sur la convexité sud-ouest du

météore qui les arrête. Je ne vous conseille pas de vous placer sur

leur passage. Vous ramasseriez une fameuse pelle, comme disent les

gens atteints de sportmanie, d'où l'on a fait évidemment sportman.

Mais revenons à nos moutons. Que sont ces courants rectilignes?

Pas autre chose, comme les hélicoïdaux, et d'ailleurs comme tout

courant électrique, de quelque nature qu'il soit, comme le son,

comme la chaleur, comme la lumière même, qu'un transport d'atomes

matériels au dernier degré de simplification. Vous aurez une idée de

la petitesse de ces atomes, quand je vous aurai dit qu'en ce moment

ils frappent la surface du bloc d'or dans lequel ils s'incrustent au

nombre de sept cent cinquante millions par seconde. C'est donc un

véritable bombardement, où la légèreté des projectiles est compensée

par l'infinité du nombre et de la vitesse. En joignant cette poussée

à l'attraction exercée sur l'autre face, on peut obtenir un résultat

satisfaisant.

--Le bolide ne bouge pas, cependant, objecta M. Lecœur.

--Il bougera, affirma tranquillement Zéphyrin Xirdal. Un peu de

patience. Au surplus, voici qui hâtera les choses. De ce troisième

réflecteur, j'expédie d'autres obus atomiques dirigés, ceux-là, non

sur le bolide lui-même, mais sur le terrain qui le supporte du côté

de la mer. Vous allez voir ce terrain se désagréger peu à peu, et, la

pesanteur aidant, le bolide commencer à glisser sur la pente.

Zéphyrin Xirdal enfonça de nouveau son bras dans sa machine. La

troisième ampoule crépita à son tour.

--Regardez bien, mon oncle, dit-il. Je crois que nous allons rire.»

La chasse au météore · 第 32 / 37 题