Le 27 mars a eu lieu l'inauguration solennelle de l'Institut français de
Madrid, sous la présidence de M. Steeg, ancien ministre de l'Instruction
publique, délégué spécial du gouvernement français, et en présence du
comte de Romanonès, président du Conseil espagnol, des ministres d'État,
M. Navarro Reverter, et de l'Instruction publique, M. Lopez Muñoz, de
l'ambassadeur de France M. Geoffray, de MM. Collignon, membre de
l'Institut; Bayet, directeur de l'enseignement supérieur; Coullet,
directeur au ministère de l'Instruction publique; des recteurs des
Universités de Madrid, Bordeaux, Toulouse et Poitiers, de plus de
cinquante universitaires français et autres notabilités des deux pays.
L'Institut français de Madrid, analogue aux Écoles de Rome, d'Athènes,
de Florence et de Saint-Pétersbourg, réunit désormais deux oeuvres
naguère distinctes et d'ailleurs également méritoires. C'est, d'une
part, l'École des hautes études hispaniques, fondée, sur l'initiative et
sous la direction du savant archéologue M. Pierre Paris, par
l'Université de Bordeaux pour permettre à de jeunes agrégés de
poursuivre en Espagne leurs travaux, qui ont abouti déjà à des thèses
fort remarquables. Et c'est, d'autre part, l'Union des Etudiants
français et espagnols créée en 1908 par le doyen de la Faculté des
lettres de Toulouse, M. É. Mérimée, pour organiser, à Madrid au
printemps, à Burgos en été, deux séries de cours: espagnols à
l'intention des maîtres ou élèves français se préparant à l'enseignement
de cette langue; français pour les auditeurs espagnols, qui, l'an
dernier, dépassaient, à Madrid, le chiffre de 150, tandis qu'à Burgos se
formait une colonie scolaire de 125 Français. De ce double courant
parallèle d' «échanges universitaires» franco-espagnols était née entre
les Universités de Toulouse et Bordeaux, leurs promotrices, une «ardente
et cordiale émulation», selon le mot de M. Steeg.
[Illustration: Le discours de M. Steeg, représentant du gouvernement
français, à l'inauguration de l'institut français de Madrid.]
Mais toutes deux sentaient également, en raison même du succès de leur
entreprise, l'urgente nécessité de substituer une installation
définitive et personnelle à l'installation provisoire de l'École des
études hispaniques en garni et de l'Union des étudiants à l'Université
de Madrid, où le recteur, M. Condey Luque, leur offrait une affable
hospitalité. L'heureuse coïncidence du transfert, dans un vaste terrain
et un nouvel édifice, du Collège primaire et secondaire entretenu par la
Société française d'enseignement de Madrid, le dévouement du président
de cette Société, M. Delvaille, le zèle de nos ambassadeurs, MM. Revoil
et Geoffray, les libéralités publiques et privées, ont permis d'édifier
en moins d'un an auprès du Collège, dans un des meilleurs quartiers de
Madrid, bel et sobre bâtiment, dû aux architectes MM. Galeron et Zabala,
et qui offre un asile indépendant et confortable à la fois aux boursiers
en mission d'études hispaniques et aux chargés de cours français à
l'usage du public espagnol. C'est dans la grande salle de conférences
qu'a eu lieu la cérémonie de l'inauguration de l'Institut, avec les
discours de MM. Lapie, recteur de l'Université de Toulouse, Collignon,
Delvaille, du ministre de l'Instruction publique espagnol, M. Lopez
Muñoz, qui eut la délicate attention d'en prononcer une partie dans un
français aussi correct que vibrant, et enfin de M. Steeg. Tous, après
avoir retracé la genèse et défini le caractère de cette institution, ont
célébré la reprise, consacrée par la ratification de l'accord marocain,
des bons rapports franco-espagnols, dont l'interruption momentanée
n'avait d'ailleurs point fait obstacle au succès de notre oeuvre
universitaire. Mais encore fallait-il dissiper les préventions dont
celle-ci pouvait être l'objet de la part de certains esprits
susceptibles et enclins à regarder la création de cette sorte de Faculté
française à Madrid comme une mainmise intellectuelle, si l'on peut dire,
de la France sur l'Espagne. C'est à quoi s'est très opportunément
appliqué M. Steeg en spécifiant que ce centre pédagogique et
scientifique à la fois se conformerait au principe de la mutualité. Et
l'annonce que, à la demande des universités françaises des notabilités
espagnoles comme le docteur Ramon y Cajal, titulaire du prix Nobel, et
l'éminent philologue Ménendez Pidal, iraient à leur tour donner des
conférences en France, suivant l'exemple récent de M. Altamira,
directeur de l'enseignement primaire, à la Sorbonne, en fut un gage
suffisant.
La cordialité qui n'a cessé de régner durant ces fêtes, à la séance
d'inauguration comme au déjeuner offert par le comte de Romanonès à M.
Steeg, au dîner, et à la brillante soirée de l'ambassade de France,
s'est peut-être manifestée d'une façon plus expressive encore pendant
l'excursion des délégués français à Tolède, où les exercices exécutes
devant eux par l'École d'infanterie et les hymnes des deux pays joués
par sa musique ont fourni l'occasion de toasts chaleureux en l'honneur
de chaque armée. Quant au roi Alphonse XIII, partisan convaincu de
l'entente franco-espagnole, si son accident de cheval a obligé de
supprimer le déjeuner auquel il avait invité M. Steeg et la, réception
des universitaires français au palais, l'audience précédemment accordée
par lui à notre envoyé officiel avait témoigné de l'intérêt et de la
sympathie qu'il porte à cette belle oeuvre.