LA NOURRICE.

Et que d'un cajoleur la nouvelle conquête

T'imprime, à mon regret, ces erreurs dans la tête.

Si ta mère le sait....

MÉLITE.

Laisse-moi ces soucis,

Et rentre, que je parle à la soeur de Tircis[704] 1150

LA NOURRICE.

Peut-être elle t'en veut dire quelque nouvelle.

MÉLITE.

Ta curiosité te met trop en cervelle[705].

Rentre sans t'informer de ce qu'elle prétend;

Un meilleur entretien avec elle m'attend.

SCÈNE II.

CLORIS, MÉLITE.

CLORIS.

Je chéris tellement celles de votre sorte, 1155

Et prends tant d'intérêt en ce qui leur importe,

Qu'aux pièces qu'on leur fait je ne puis consentir[706],

Ni même en rien savoir sans les en avertir.

Ainsi donc, au hasard d'être la mal venue,

Encor que je vous sois, peu s'en faut, inconnue, 1160

Je viens vous faire voir que votre affection

N'a pas été fort juste en son élection.

MÉLITE.

Vous pourriez, sous couleur de rendre un bon office,

Mettre quelque autre en peine avec cet artifice;

Mais pour m'en repentir j'ai fait un trop bon choix[707]: 1165

Je renonce à choisir une seconde fois,

Et mon affection ne s'est point arrêtée

Que chez un cavalier qui l'a trop méritée.

CLORIS.

Vous me pardonnerez, j'en ai de bons témoins,

C'est l'homme qui de tous la mérite le moins[708]. 1170

MÉLITE.

Si je n'avois de lui qu'une foible assurance,

Vous me feriez entrer en quelque défiance;

Mais je m'étonne fort que vous l'osiez blâmer[709],

Ayant quelque intérêt vous-même à l'estimer.

CLORIS.

Je l'estimai jadis, et je l'aime et l'estime 1175

Plus que je ne faisois auparavant son crime.

Ce n'est qu'en ma faveur qu'il ose vous trahir,

Et vous pouvez juger si je le puis haïr[710],

Lorsque sa trahison m'est un clair témoignage[711]

Du pouvoir absolu que j'ai sur son courage. 1180

MÉLITE.

Le pousser à me faire une infidélité[712],

C'est assez mal user de cette autorité.

CLORIS.

Me le faut-il pousser où son devoir l'oblige?

C'est son devoir qu'il suit alors qu'il vous néglige.

MÉLITE.

Quoi! le devoir chez vous oblige aux trahisons[713]? 1185

CLORIS.

Quand il n'en auroit point de plus justes raisons,

La parole donnée, il faut que l'on la tienne.

MÉLITE.

Cela fait contre vous: il m'a donné la sienne.

CLORIS.

Oui; mais ayant déjà reçu mon amitié,

Sur un voeu solennel d'être un jour sa moitié[714], 1190

Peut-il s'en départir pour accepter la vôtre?

MÉLITE.

De grâce, excusez-moi, je vous prends pour une autre,

Et c'étoit à Cloris que je croyois parler.

CLORIS.

Vous ne vous trompez pas.

MÉLITE.

Donc, pour mieux me railler[715],

La soeur de mon amant contrefait ma rivale? 1195

CLORIS.

Donc, pour mieux m'éblouir, une âme déloyale[716]

Contrefait la fidèle? Ah! Mélite, sachez

Que je ne sais que trop ce que vous me cachez.

Philandre m'a tout dit: vous pensez qu'il vous aime;

Mais sortant d'avec vous, il me conte lui-même 1200

Jusqu'aux moindres discours dont votre passion

Tâche de suborner[717] son inclination.

MÉLITE.

Moi, suborner Philandre! ah! que m'osez-vous dire!

CLORIS.

La pure vérité.

MÉLITE.

Vraiment, en voulant rire,

Vous passez trop avant; brisons là, s'il vous plaît. 1205

Je ne vois point Philandre, et ne sais quel il est.

CLORIS.

Vous en croirez[718] du moins votre propre écriture[719].

Tenez, voyez, lisez.

MÉLITE.

Ah, Dieux! quelle imposture!

Jamais un de ces traits ne partit de ma main.

CLORIS.

Nous pourrions demeurer ici jusqu'à demain, 1210

Que vous persisteriez dans la méconnoissance:

Je les vous laisse. Adieu.

MÉLITE.

Tout beau, mon innocence

Veut apprendre de vous le nom de l'imposteur[720],

Pour faire retomber l'affront sur son auteur.

CLORIS.

Vous pensez me duper, et perdez votre peine. 1215

Que sert le désaveu quand la preuve est certaine?

A quoi bon démentir? à quoi bon dénier...?

MÉLITE.

Ne vous obstinez point à me calomnier;

Je veux que, si jamais j'ai dit mot à Philandre....

CLORIS.

Remettons ce discours: quelqu'un vient nous surprendre;

C'est le brave Lisis, qui semble sur le front[721]

Porter empreints les traits d'un déplaisir profond.

SCÈNE III.

LISIS, MÉLITE, CLORIS.

LISIS, à Cloris.

Préparez vos soupirs à la triste nouvelle[722]

Du malheur où nous plonge un esprit infidèle;

Quittez son entretien, et venez avec moi 1225

Plaindre un frère au cercueil par son manque de foi.

MÉLITE.

Quoi! son frère au cercueil!

LISIS.

Oui, Tircis, plein de rage

De voir que votre change indignement l'outrage,

Maudissant mille fois le détestable jour

Que votre bon accueil lui donna de l'amour, 1230

Dedans ce désespoir a chez moi rendu l'âme[723],

Et mes yeux désolés....

MÉLITE.

Je n'en puis plus; je pâme.

CLORIS.

Au secours! au secours!

SCÈNE IV.

CLITON, LA NOURRICE, MÉLITE, LISIS, CLORIS.

CLITON.

D'où provient cette voix?

LA NOURRICE.

Qu'avez-vous, mes enfants?

CLORIS.

Mélite que tu vois....

LA NOURRICE.

Hélas! elle se meurt; son teint vermeil s'efface; 1235

Sa chaleur se dissipe; elle n'est plus que glace.

LISIS, à Cliton.

Va querir un peu d'eau; mais il faut te hâter.

CLITON, à Lisis[724].

Si proches du logis, il vaut mieux l'y porter[725].

CLORIS[726].

Aidez mes foibles pas; les forces me défaillent,

Et je vais succomber aux douleurs qui m'assaillent[727]. 1240

SCÈNE V.

ÉRASTE.

A la fin je triomphe, et les destins amis

M'ont donné le succès que je m'étois promis.

Me voilà trop heureux, puisque par mon adresse

Mélite est sans amant, et Tircis sans maîtresse;

Et comme si c'étoit trop peu pour me venger, 1245

Philandre et sa Cloris courent même danger.

Mais par quelle raison leurs âmes désunies[728]

Pour les crimes d'autrui seront-elles punies?

Que m'ont-ils fait tous deux pour troubler leurs accords?

Fuyez de ma pensée, inutiles remords[729]; 1250

La joie y veut régner, cessez de m'en distraire.

Cloris m'offense trop d'être soeur d'un tel frère,

Et Philandre, si prompt à l'infidélité,

N'a que la peine due à sa crédulité[730].

Mais que me veut Cliton qui sort de chez Mélite? 1255

SCÈNE VI.

ÉRASTE, CLITON.

CLITON.

Monsieur, tout est perdu: votre fourbe maudite,

Dont je fus à regret le damnable instrument,

A couché de douleur Tircis au monument.

ÉRASTE.

Courage! tout va bien, le traître m'a fait place;

Le seul qui me rendoit son courage de glace, 1260

D'un favorable coup la mort me l'a ravi.

CLITON.

Monsieur, ce n'est pas tout, Mélite l'a suivi.

ÉRASTE.

Mélite l'a suivi! que dis-tu, misérable?

CLITON.

Monsieur, il est trop vrai: le moment déplorable[731]

Qu'elle a su son trépas a terminé ses jours. 1265

ÉRASTE.

Ah ciel! s'il est ainsi....

CLITON.

Laissez là ces discours,

Et vantez-vous plutôt que par votre imposture

Ces malheureux amants trouvent la sépulture[732],

Et que votre artifice a mis dans le tombeau

Ce que le monde avoit de parfait et de beau. 1270

ÉRASTE.

Tu m'oses donc flatter, infâme, et tu supprimes[733]

Par ce reproche obscur la moitié de mes crimes?

Est-ce ainsi qu'il te faut n'en parler qu'à demi?

Achève tout d'un coup: dis que maîtresse, ami[734],

Tout ce que je chéris, tout ce qui dans mon âme 1275

Sut jamais allumer une pudique flamme,

Tout ce que l'amitié me rendit précieux,

Par ma fourbe a perdu la lumière des cieux[735];

Dis que j'ai violé les deux lois les plus saintes,

Qui nous rendent heureux par leurs douces contraintes;

Dis que j'ai corrompu, dis que j'ai suborné,

Falsifié, trahi, séduit, assassiné[736]:

Tu n'en diras encor que la moindre partie.

Quoi! Tircis est donc mort, et Mélite est sans vie!

Je ne l'avois pas su, Parques, jusqu'à ce jour, 1285

Que vous relevassiez de l'empire d'Amour;

J'ignorois qu'aussitôt qu'il assemble deux âmes,

Il vous pût commander d'unir aussi leurs trames[737].

Vous en relevez donc, et montrez aujourd'hui

Que vous êtes pour nous aveugles comme lui! 1290

Vous en relevez donc, et vos ciseaux barbares

Tranchent comme il lui plaît les destins les plus rares!

Mais je m'en prends à vous, moi qui suis l'imposteur,

Moi qui suis de leurs maux le détestable auteur.

Hélas! et falloit-il que ma supercherie 1295

Tournât si lâchement tant d'amour en furie?

Inutiles regrets, repentirs superflus,

Vous ne me rendez pas Mélite qui n'est plus;

Vos mouvements tardifs ne la font pas revivre:

Elle a suivi Tircis, et moi je la veux suivre. 1300

Il faut que de mon sang je lui fasse raison,

Et de ma jalousie, et de ma trahison,

Et que de ma main propre une âme si fidèle[738]

Reçoive.... Mais d'où vient que tout mon corps chancelle?

Quel murmure confus! et qu'entends-je hurler? 1305

Que de pointes de feu se perdent parmi l'air!

Les Dieux à mes forfaits ont dénoncé la guerre;

Leur foudre décoché vient de fendre la terre,

Et pour leur obéir son sein me recevant

M'engloutit, et me plonge aux enfers tout vivant. 1310

Je vous entends, grands Dieux: c'est là-bas que leurs âmes

Aux champs Élysiens éternisent leurs flammes;

C'est là-bas qu'à leurs pieds il faut verser mon sang:

La terre à ce dessein m'ouvre son large flanc,

Et jusqu'aux bords du Styx me fait libre passage; 1315

Je l'aperçois déjà, je suis sur son rivage.

Fleuve, dont le saint nom est redoutable aux Dieux,

Et dont les neuf replis ceignent ces tristes lieux[739],

N'entre point en courroux contre mon insolence,

Si j'ose avec mes cris violer ton silence; 1320

Je ne te veux qu'un mot: Tircis est-il passé?

Mélite est-elle ici? Mais qu'attends-je? insensé!

Ils sont tous deux si chers à ton funeste empire,

Que tu crains de les perdre, et n'oses m'en rien dire.

Vous donc, esprits légers, qui, manque de tombeaux,

Tournoyez vagabonds à l'entour de ces eaux,

A qui Charon cent ans refuse sa nacelle,

Ne m'en pourriez-vous point donner quelque nouvelle?

Parlez, et je promets d'employer mon crédit[740]

A vous faciliter ce passage interdit. 1330

CLITON.

Monsieur, que faites-vous? Votre raison troublée[741]

Par l'effort des douleurs dont elle est accablée

Figure à votre vue....

ÉRASTE.

Ah! te voilà, Charon;

Dépêche promptement, et d'un coup d'aviron

Passe-moi, si tu peux, jusqu'à l'autre rivage. 1335

CLITON.

Monsieur, rentrez en vous, regardez mon visage[742]:

Reconnoissez Cliton.

ÉRASTE.

Dépêche, vieux nocher,

Avant que ces esprits nous puissent approcher.

Ton bateau de leur poids fondroit[743] dans les abîmes;

Il n'en aura que trop d'Éraste et de ses crimes[744]. 1340

Quoi! tu veux te sauver à l'autre bord sans moi?

Si faut-il qu'à ton cou je passe malgré toi.

(Il se jette sur les épaules de Cliton, qui l'emporte derrière le

théâtre[745].)

SCÈNE VII.

PHILANDRE.

Présomptueux rival, dont l'absence importune[746]

Retarde le succès de ma bonne fortune[747],

As-tu sitôt perdu cette ombre de valeur 1345

Que te prêtoit tantôt l'effort de ta douleur?

Que devient à présent cette bouillante envie

De punir ta volage aux dépens de ma vie?

Il ne tient plus qu'à toi[748] que tu ne sois content:

Ton ennemi t'appelle, et ton rival t'attend. 1350

Je te cherche en tous lieux, et cependant ta fuite

Se rit impunément de ma vaine poursuite.

Crois-tu, laissant mon bien dans les mains de ta soeur,

En demeurer toujours l'injuste possesseur,

Ou que ma patience, à la fin échappée 1355

(Puisque tu ne veux pas le débattre à l'épée),

Oubliant le respect du sexe et tout devoir,

Ne laisse point sur elle agir mon désespoir?

SCÈNE VIII.

ÉRASTE, PHILANDRE.

ÉRASTE.

Détacher Ixion pour me mettre en sa place!

Mégères, c'est à vous une indiscrète audace. 1360

Ai-je avec même front que cet ambitieux[749]

Attenté sur le lit du monarque des cieux?

Vous travaillez en vain, barbares Euménides[750];

Non, ce n'est pas ainsi qu'on punit les perfides.

Quoi! me presser encor? Sus, de pieds et de mains 1365

Essayons d'écarter ces monstres inhumains.

A mon secours, esprits! vengez-vous de vos peines;

Écrasons leurs serpents; chargeons-les de vos chaînes.

Pour ces filles d'enfer nous sommes trop puissants.

PHILANDRE.

Il semble à ce discours qu'il ait perdu le sens[751]. 1370

Éraste, cher ami, quelle mélancolie

Te met dans le cerveau cet excès de folie?

ÉRASTE.

Équitable Minos, grand juge des enfers,

Voyez qu'injustement on m'apprête des fers.

Faire un tour d'amoureux, supposer une lettre, 1375

Ce n'est pas un forfait qu'on ne puisse remettre.

Il est vrai que Tircis en est mort de douleur,

Que Mélite après lui redouble ce malheur,

Que Cloris sans amant ne sait à qui s'en prendre;

Mais la faute n'en est qu'au crédule Philandre; 1380

Lui seul en est la cause, et son esprit léger,

Qui trop facilement résolut de changer;

Car ces lettres, qu'il croit l'effet de ses mérites[752],

La main que vous voyez les a toutes écrites.

PHILANDRE.

Je te laisse impuni, traître: de tels remords[753] 1385

Te donnent des tourments pires que mille morts;

Je t'obligerois trop de t'arracher la vie,

Et ma juste vengeance est bien mieux assouvie

Par les folles horreurs de cette illusion.

Ah! grands Dieux, que je suis plein de confusion! 1390

SCÈNE IX.

ÉRASTE.

Tu t'enfuis donc, barbare, et me laissant en proie

A ces cruelles soeurs, tu les combles de joie?

Non, non, retirez-vous, Tisiphone, Alecton,

Et tout ce que je vois d'officiers de Pluton:

Vous me connoissez mal; dans le corps d'un perfide 1395

Je porte le courage et les forces d'Alcide.

Je vais tout renverser dans ces royaumes noirs,

Et saccager moi seul ces ténébreux manoirs.

Une seconde fois le triple chien Cerbère

Vomira l'aconit en voyant la lumière; 1400

J'irai du fond d'enfer dégager les Titans,

Et si Pluton s'oppose à ce que je prétends,

Passant dessus le ventre à sa troupe mutine,

J'irai d'entre ses bras enlever Proserpine[754].

SCÈNE X.

LISIS, CLORIS.

LISIS.

N'en doute plus, Cloris, ton frère n'est point mort[755]; 1405

Mais ayant su de lui son déplorable sort,

Je voulois éprouver par cette triste feinte

Si celle qu'il adore, aucunement atteinte[756],

Deviendroit plus sensible aux traits de la pitié

Qu'aux sincères ardeurs d'une sainte amitié. 1410

Maintenant que je vois qu'il faut qu'on nous abuse,

Afin que nous puissions découvrir cette ruse,

Et que Tircis en soit de tout point éclairci,

Sois sûre que dans peu je te le rends ici.

Ma parole sera d'un prompt effet suivie: 1415

Tu reverras bientôt ce frère plein de vie;

C'est assez que je passe une fois pour trompeur.

CLORIS.

Si bien qu'au lieu du mal nous n'aurons que la peur?

Le coeur me le disoit: je sentois que mes larmes

Refusoient de couler pour de fausses alarmes, 1420

Dont les plus dangereux et plus rudes assauts[757]

Avoient beaucoup de peine à m'émouvoir à faux;

Et je n'étudiai cette douleur menteuse

Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse[758]

Qu'une autre en témoignât plus de ressentiment[759]. 1425

LISIS.

Après tout, entre nous, confesse franchement[760]

Qu'une fille en ces lieux, qui perd un frère unique,

Jusques au désespoir fort rarement se pique:

Ce beau nom d'héritière a de telles douceurs,

Qu'il devient souverain à consoler des soeurs. 1430

CLORIS.

Adieu, railleur, adieu: son intérêt me presse

D'aller rendre d'un mot la vie à sa maîtresse[761];

Autrement je saurois t'apprendre à discourir.

LISIS.

Et moi, de ces frayeurs de nouveau te guérir.

FIN DU QUATRIÈME ACTE.

[690] _Var._ [M'accuse injustement d'être trop peu discrète.]

MÉL. Vraiment tu me poursuis avec trop de rigueur:

Que te puis-je conter, n'ayant rien sur le coeur?

LA NOURR. Un chacun fait à l'oeil des remarques aisées,

Qu'Éraste, abandonnant ses premières brisées,

Pour te mieux témoigner son refroidissement,

Cherche sa guérison dans un bannissement.

Tu m'en veux cependant ôter la connoissance;

Mais si jamais sur toi j'eus aucune puissance,

Par ce que tous les jours en tes affections

Tu reçois de profit de mes instructions[690-a],

Apprends-moi ce que c'est. MÉL. Et que sais-je, Nourrice,

Des fantasques ressorts qui meuvent son caprice?

Ennuyé d'un esprit si grossier que le mien,

[Il cherche ailleurs peut-être un meilleur entretien.]

(1633-57)

[690-a] Dans l'édition de 1657, probablement par erreur:

Parce que tous les jours, en tes affections,

Tu reçois du profit de mes instructions.

[691] _Var._ Rembrase assez souvent une âme dégagée. (1633-57)

[692] _Dispenser à...._ accorder la dispense, la permission

nécessaire pour faire quelque chose, autoriser à....

[693] _Var._ D'un bien dont un dédain fait mieux savoir le prix.

(1633-57)

[694] _Var._ Faire qu'aux voeux de tous son visage réponde.

(1633-57)

[695] _Var._ Leur faire bonne mine, et souffrir leur discours.

(1633, 44 et 52-57)

_Var._ Leur montrer bonne mine, et souffrir leur discours.

(1648)

[696] _Var._ [Et paroissent ensemble entrer en concurrence:]

Ainsi lorsque plusieurs te parlent à la fois,

En répondant à l'un, serre à l'autre les doigts,

Et si l'un te dérobe un baiser par surprise,

Qu'à l'autre incontinent il soit en belle prise;

Que l'un et l'autre juge, à ton visage égal,

Que tu caches ta flamme aux yeux de son rival.

Partage bien les tiens, et surtout sache feindre,

De sorte que pas un n'ait sujet de se plaindre. (1633-57)

[697] _Var._ Tiens bon, et cède enfin, puisqu'il faut que tu cèdes,

A qui paiera le mieux le bien que tu possèdes. (1633-57)

[698] _Var._ [Promptement le motif de cette maladie.]

MÉL. Tirsis est ce motif. LA NOURR. Ce jeune cavalier!

Son ami plus intime et son plus familier!

[N'a-ce pas été lui qui te l'a fait connoître?] (1633-57)

[699] _Var._ Et si dans ce jourd'hui je l'avois écarté,

Tu verrois dès demain Éraste à mon côté.

LA NOURR. J'ai regret que tu sois la pomme de discorde.

(1633-57)

[700] _Var._ Auprès de sa splendeur toute autre est trop petite.

(1633-57)

[701] On lit dans l'édition de 1633: _tu te places_, pour _tu le

places_; mais c'est évidemment une faute d'impression.

[702] L'édition de 1633 porte, mais ce doit être aussi une faute:

Et d'un riche honteux la richesse suivie.

[703] _Var._ Qu'avecque tout son bien

Un jaloux dessus moi n'obtiendra jamais rien.(1633-60)

[704] _Var._ [Et rentre, que je parle à la soeur de Tirsis:]

Je la vois qui de loin me fait signe et m'appelle.

[LA NOURR. Peut-être elle t'en veut dire quelque nouvelle.]

MÉL. [Rentre, sans t'informer de ce qu'elle prétend.] (1633-57)

[705] _Mettre en cervelle_, inquiéter. Voyez plus haut, p. 192,

note [641].

[706] _Var._ Qu'aux fourbes qu'on leur fait je ne puis consentir.

(1633-57)

[707] _Var._ Mais pour m'en repentir j'ai fait un trop beau choix.

(1633-60)

[708] La leçon de 1657:

C'est l'homme qui de tous l'a mérité le moins,

est certainement une faute d'impression.

[709] _Var._ Mais je m'étonne fort que vous l'osez blâmer,

Vu que pour votre honneur vous devez l'estimer. (1633-57)

[710] _Var._ Après cela jugez si je le peux haïr. (1633)

_Var._ Jugez après cela si je le puis haïr. (1644-57)

[711] _Var._ Puisque sa trahison m'est un grand témoignage.

(1633-57)

[712] _Var._ Vraiment c'est un pouvoir dont vous usez fort mal,

Le poussant à me faire un tour si déloyal. (1633-57)

[713] _Var._ Quoi! son devoir l'oblige à l'infidélité!

CLOR. N'allons point rechercher tant de subtilité. (1633-57)

[714] _Var._ Sur un serment commun d'être un jour sa moitié.

(1633-57)

[715] _Var._ Doncques, pour me railler.

(1633-57)

[716] _Var._ Doncques, pour m'éblouir, une âme déloyale. (1633-57)

[717] Voyez plus haut, p. 194, note [649].

[718] L'édition de 1664 donne: _vous croiriez_, pour _vous

croirez_, ce qui est sans doute une faute d'impression.

[719] _Var._ Vous en voulez bien croire au moins votre écriture.

(1633-57)

[720] _Var._ Veut savoir par avant le nom de l'imposteur,

Afin que cet affront retombe sur l'auteur.

CLOR. Vous voulez m'affiner; mais c'est peine perdue:

Mélite, que vous sert de faire l'entendue?

La chose étant si claire, à quoi bon la nier? (1633-57)

[721] _Var._ C'est le brave Lisis, qui tout triste et pensif,

A ce qu'on peut juger, montre un deuil excessif. (1633-57)

[722] _Var._ Pouvez-vous demeurer auprès d'une personne

Digne pour ses forfaits que chacun l'abandonne?

Quittez cette infidèle, et venez avec moi. (1633-57)

[723] _Var._ Dedans ce désespoir a rendu sa belle âme.

MÉL. Hélas! soutenez-moi; je n'en puis plus, je pâme.

(1633-57)

[724] Les mots: _à Lisis_, manquent dans les éditions de 1633-60.

[725] _Var._ Si proche du logis, il vaut mieux l'y porter. (1657)

[726] On lit en marge, dans l'exemplaire de l'édition de 1633 dont

il a été parlé à la note [612] de la page 183: _Cliton et la Nourrice

emportent Mélite pâmée en son logis, où Cloris les suit, appuyée

sur Lisis._

[727] _Var._ CLORIS, _à Lisis_. (1633, dans l'exemplaire de la

Bibliothèque impériale, cité à la note précédente, et 1644-60.)

[728] _Var._ Mais à quelle raison leurs âmes désunies. (1633-63)

[729] _Var._ Fuyez de mon penser, inutiles remords;

J'en ai trop de sujet de leur être contraire:

Cloris m'offense trop, étant soeur d'un tel frère. (1633-57)

[730] _Var._ [N'a que la peine due à sa crédulité.]

Allons donc sans scrupule, allons voir cette belle;

Faisons tous nos efforts à nous rapprocher d'elle,

Et tâchons de rentrer en son affection,

Avant qu'elle ait rien su de notre invention[730-a].

Cliton sort de chez elle.

SCÈNE VI.

ÉRASTE, CLITON.

ÉR. Eh bien! que fait Mélite?

[CLIT. Monsieur, tout est perdu: votre fourbe maudite.] (1633-57)

[730-a] Avant qu'elle ait rien su de notre intention. (1654)

[731] _Var._ Monsieur, il est tout vrai: le moment déplorable.

(1633-60)

[732] _Var._ Ce pair d'amants sans pair est sous la sépulture.

(1633-57)

_Var._ Ces malheureux amants treuvent la sépulture. (1660)

[733] _Var._ Tu m'oses donc flatter, et ta sottise estime

M'obliger en taisant la moitié de mon crime? (1633-57)

[734] _Var._ Achève tout d'un trait: dis que maîtresse, ami.

(1633-57)

[735] _Var._ Par ma fraude a perdu la lumière des cieux. (1633-57)

[736] _Var._ [Falsifié, trahi, séduit, assassiné,]

Que j'ai toute une ville en larmes convertie:

[Tu n'en diras encor que la moindre partie.]

Mais quel ressentiment! quel puissant déplaisir!

Grands Dieux! et peuvent-ils jusque-là nous saisir,

Qu'un pauvre amant en meure, et qu'une âpre tristesse

Réduise au même point après lui sa maîtresse?

CLIT. Tous ces discours ne font.... ÉR. Laisse agir ma douleur,

Traître, si tu ne veux attirer ton malheur:

Interrompre son cours, c'est n'aimer pas ta vie.

La mort de son Tirsis me l'a doncques ravie!

[Je ne l'avois pas su, Parques, jusqu'à ce jour.] (1633-57)

[737] _Var._ [Il vous pût commander d'unir aussi leurs trames;]

J'ignorois que, pour être exemptes de ses coups,

Vous souffrissiez qu'il prît un tel pouvoir sur vous.

[Vous en relevez donc, et vos ciseaux barbares]

Tranchent comme il lui plaît les choses les plus rares!

Vous en relevez donc, et pour le flatter mieux

Vous voulez comme lui ne vous servir point d'yeux!

Mais je m'en prends à vous, et ma funeste ruse,

Vous imputant ces maux, se bâtit une excuse;

J'ose vous en charger, et j'en suis l'inventeur,

Et seul de ces malheurs[737-a] le détestable auteur.

Mon courage, au besoin se trouvant trop timide

Pour attaquer Tirsis autrement qu'en perfide,

Je fis à mon défaut combattre son ennui,

Son deuil, son désespoir, sa rage, contre lui.

Hélas! et falloit-il que ma supercherie

Tournât si lâchement son amour en furie?

Falloit-il, l'aveuglant d'une indiscrète erreur,

Contre une âme innocente allumer sa fureur?

Falloit-il le forcer à dépeindre Mélite

Des infâmes couleurs d'une fille hypocrite[737-b]?

[Inutiles regrets, repentirs superflus.] (1633-57)

[737-a] Les éditions de 1633 et de 1644 donnent, mais par erreur

sans doute: «ses malheurs,» pour «ces malheurs.»

[737-b] Les quatre derniers vers, depuis: «Falloit-il,

l'aveuglant, etc.,» ne sont que dans l'édition de 1633.

[738] _Var._ Et que par ma main propre un juste sacrifice

De mon coupable chef venge mon artifice[738-a].

Avançons donc, allons sur cet aimable corps

Éprouver, s'il se peut, à la fois mille morts.

D'où vient qu'au premier pas je tremble, je chancelle?

Mon pied, qui me dédit, contre moi se rebelle.

[Quel murmure confus! et qu'entends-je hurler?] (1633-57)

[738-a] Ces deux vers, ainsi que les vers 1301 et 1302 du texte,

manquent dans les éditions de 1644-57.

Œuvres de P. Corneille, Tome 01 · 第 25 / 42 段