Le Chev. de NERCIAT

à Cassel

le 6 mars 1781.»

L'article de la _Goth. gelerte Zeitung_ et la lettre de Nerciat

n'étaient pas tendres pour Luchet. Quelques jours auparavant, le 22

février, le chevalier avait adressé à Schloezer la lettre[25] que voici:

[25] En français.

«Monsieur,

«Un article du 44e cahier de Votre journal de cette année copiant mot

à mot un article de celui de Gotha contre certaines bévues commises

dans le nouvel arrangement de la Bibliothèque de Cassel finit par une

tirade très patriotique où, traitant d'ignorants les sujets auxquels

Monseigneur le Landgrave a confié les livres de Son Muséum, Vous

témoignez le désir de connaître ces Etrangers, apparemment pour leur

faire le procès comme criminels de Lèse littérature.

«Eh bien, Monsieur! Je suis l'un des coupables, que vous citez à votre

tribunal, je n'attends pas qu'on me dénonce, et j'ose vous présenter

ma courte justification que je me flatte de voir bientôt insérée dans

vos feuilles, ne doutant pas plus de votre équité, que d'une franchise

dont votre diatribe me fournit la preuve la moins équivoque.

«Celui qui a l'honneur de Vous écrire, Monsieur, est très persuadé

que, pour être un Bibliothécaire passable, il faut avoir passé une

partie de sa vie parmi les livres, et s'être fait du moins une routine

qui dans une Bibliothèque peut tenir lieu de savoir, ce qu'il serait

possible de prouver, mais une simple lettre ne doit pas être le cadre

d'une discussion.

«Celui donc qui vous écrit, Monsieur, français à la vérité, sans que

ce soit un préjugé contre son état d'homme de lettres, militaire

pendant 20 ans, sous-bibliothécaire par hasard et sans vocation, sans

prétentions dans une partie pour laquelle il ne s'était pas offert, le

chevalier de Nerciat enfin, pourrait n'avoir pas les qualités

nécessaires à un Bibliothécaire, sans être pour cela dans le cas de

recevoir avec docilité la qualification d'ignare que vous avez la

bonté de lui décerner. Avant sa métamorphose imprévue, il avait

produit quelques ouvrages d'imagination en vers et en prose, ses

pièces et sa musique avaient avantageusement occupé quelques théâtres.

Comme _non omnia possumus omnes_, ce qu'il cite lui suffit pour

réclamer contre le titre qu'il obtient sur parole dans Votre Journal.

Si vous voulez bien considérer outre cela, Monsieur, qu'un

sous-bibliothécaire qui se trouve sans trop savoir comment sous la

discipline d'un Supérieur, se borne à l'exécution servile de ce que ce

Supérieur prescrit, vous conviendrez que vos coups ne devraient point

frapper l'innocent instrument des erreurs émanées de l'autorité; c'est

ce dont auraient dû vous prévenir les zélés qui vous ont si

minutieusement détaillé les bévues de la Bibliothèque. Cette

distinction aurait été d'autant plus juste que, selon les dispositions

du nouvel établissement, la gloire et l'utilité du succès devant

retourner en entier au Supérieur, sans que le subalterne y eût aucune

part, celui-ci peut renoncer au bénéfice des satires et vous prier,

Monsieur, de mettre désormais au singulier certaines épithètes, s'il

vous plaît d'honorer encore de votre attention les sujets inégaux que

Mgr le landgrave emploie au service de sa Bibliothèque. J'ai l'honneur

d'être avec un très humble respect, Monsieur,

L'oeuvre du chevalier Andrea de Nerciat (1/2) · 第 7 / 74 题