«Je n'oublierai jamais le jour où je vis pour la première fo

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LE TOUR DU MONDE

IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE

Rue de Fleurus, 9, à Paris

LE TOUR DU MONDE

NOUVEAU JOURNAL DES VOYAGES

PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION

DE M. ÉDOUARD CHARTON

ET ILLUSTRÉ PAR NOS PLUS CÉLÈBRES ARTISTES

1860

DEUXIÈME SEMESTRE

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie

PARIS, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, No 77

LONDRES, KING WILLIAM STREET, STRAND

LEIPZIG, 15, POST-STRASSE

1860

TABLE DES MATIÈRES.

UN MOIS EN SICILE (1843.--Inédit.), par M. Félix BOURQUELOT.

Arrivée en Sicile. -- Palerme et ses habitants. -- Les monuments

de Palerme. -- La cathédrale de Monreale. -- De Palerme à

Trapani. -- Partenico. -- Alcamo. -- Calatafimi. -- Ruines de

Ségeste. -- Trapani. -- La sépulture du couvent des capucins. --

Le mont Éryx. -- De Trapani à Girgenti. -- La Lettica. --

Castelvetrano. -- Ruines de Sélinonte. -- Sciacca. -- Girgenti

(Agrigente). -- De Girgenti à Castrogiovanni. -- Caltanizzetta.

-- Castrogiovanni. -- Le lac Pergusa et l'enlèvement de

Proserpine. -- De Castrogiovanni à Syracuse. -- Calatagirone. --

Vezzini. -- Syracuse. -- De Syracuse à Catane. -- Lentini. --

Catane. -- Ascension de l'Etna. -- Taormine. -- Messine. --

Retour à Naples. 1

VOYAGE EN PERSE, fragments par M. le comte A. de GOBINEAU (1855-1858),

dessins inédits de M. Jules LAURENS.

Arrivée à Ispahan. -- Le gouverneur. -- Aspect de la ville. -- Le

Tchéhar-Bâgh. -- Le collége de la Mère du roi. -- La mosquée du

roi. -- Les quarante colonnes. -- Présentations. -- Le pont du

Zend-è-Roub. -- Un dîner à Ispahan. -- La danse et la comédie. --

Les habitants d'Ispahan. -- D'Ispahan à Kaschan. -- Kaschan. --

Ses fabriques. -- Son imprimerie lithographique. -- Ses

scorpions. -- Une légende. -- Les bazars. -- Le collége. -- De

Kaschan à la plaine de Téhéran. -- Koum. -- Feux d'artifice. --

Le pont du Barbier. -- Le désert de Khavèr. -- Houzé-Sultan. --

La plaine de Téhéran. -- Téhéran. -- Notre entrée dans la ville.

-- Notre habitation. 16

Une audience du roi de Perse. -- Nouvelles constructions à

Téhéran. -- Température. -- Longévité. -- Les nomades. -- Deux

pèlerins. -- Le culte du feu. -- La police. -- Les ponts. -- Le

laisser aller administratif. -- Les amusements d'un bazar persan.

-- Les fiançailles. -- Le divorce. -- La journée d'une Persane.

-- La journée d'un Persan. -- Les visites. -- Formules de

politesses. -- La peinture et la calligraphie persanes. -- Les

chansons royales. -- Les conteurs d'histoires. -- Les spectacles:

drames historiques. -- Épilogue. -- Le Démavend. -- L'enfant qui

cherche un trésor. 34

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES, par M. Anthony TROLLOPE

(1858-1859); dessins inédits de M. A. de BÉRARD.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; les

_réserves_; la végétation. -- Les planteurs et les nègres. --

Plaintes d'une Ariane noire. -- La toilette des négresses. --

Avenir des mulâtres. -- Les petites Antilles. -- La Martinique.

-- La Guadeloupe. -- Grenada. -- La Guyane anglaise. -- Une

sucrerie. -- Barbados. -- La Trinidad. -- La Nouvelle-Grenade. --

Sainte-Marthe. -- Carthagène. -- Le chemin de fer de Panama. --

Costa Rica: San José; le Mont-Blanco. -- Le Serapiqui. --

Greytown. 49

VOYAGE DANS LES ÉTATS SCANDINAVES, par M. Paul RIANT. (Le

Télémark et l'évêché de Bergen.) (1858.--Inédit.)

LE TÉLÉMARK. -- Christiania. -- Départ pour le Télémark. -- Mode

de voyager. -- Paysage. -- La vallée et la ville de Drammen. --

De Drammen à Kongsberg. -- Le cheval norvégien. -- Kongsberg et

ses gisements métallifères. -- Les montagnes du Télémark. --

Leurs habitants. -- Hospitalité des _gaards_ et des _sæters_. --

Une sorcière. -- Les lacs Tinn et Mjös. -- Le Westfjord. -- La

chute du Rjukan. -- Légende de la belle Marie. -- Dal. -- Le

livre des étrangers. -- L'église d'Hitterdal. -- L'ivresse en

Norvége. -- Le châtelain aubergiste. -- Les lacs Sillegjord et

Bandak. -- Le ravin des Corbeaux. 65

--_Le Saint-Olaf_ et ses pareils. -- Navigation intérieure. --

Retour à Christiania par Skien. 82

L'ÉVÊCHÉ DE BERGEN. -- La presqu'île de Bergen. -- Lærdal. -- Le

Sognefjord. -- Vosse-Vangen. -- Le Vöringfoss. -- Le

Hardangerfjord. -- De Vikoër à Sammanger et à Bergen. 85

VOYAGE DE M. GUILLAUME LEJEAN DANS L'AFRIQUE ORIENTALE

(1860.--Texte et dessins inédits.)--Lettre au Directeur du _Tour

du monde_ (Khartoum, 10 mai 1860).

D'ALEXANDRIE À SOUAKIN. -- L'Égypte. -- Le désert. -- Le simoun.

-- Suez. -- Un danger. -- Le mirage. -- Tor. -- Qosséir. --

Djambo. -- Djeddah. 97

VOYAGE AU MONT ATHOS, par M. A. PROUST (1858.--Inédit.)

Salonique. -- Juifs, Grecs et Bulgares. -- Les mosquées. --

L'Albanais Rabottas. -- Préparatifs de départ. -- Vasilika. --

Galatz. -- Nedgesalar. -- L'Athos. -- Saint-Nicolas. -- Le P.

Gédéon. -- Le couvent russe. -- La messe chez les Grecs. --

Kariès et la république de l'Athos. -- Le voïvode turc. -- Le

peintre Anthimès et le pappas Manuel. -- M. de Sévastiannoff. 103

Ermites indépendants. -- Le monastère de Koutloumousis. -- Les

bibliothèques. -- La peinture. -- Manuel Panselinos et les

peintres modernes. -- Le monastère d'Iveron. -- Les carêmes. --

Peintres et peintures. -- Stavronikitas. -- Miracles. -- Un

Vroukolakas. -- Les bibliothèques. -- Les mulets. -- Philotheos.

-- Les moines et la guerre de l'Indépendance. -- Karacallos. --

L'union des deux Églises. -- Les pénitences et les fautes. 114

La légende d'Arcadius. -- Le pappas de Smyrne. -- Esphigmenou. --

Théodose le Jeune. -- L'ex-patriarche Anthymos et l'Église

grecque. -- L'isthme de l'Athos et Xerxès. -- Les monastères

bulgares: Kiliandari et Zographos. -- La légende du peintre. --

Beauté du paysage. -- Castamoniti. -- Une femme au mont Athos. --

Dokiarios. -- La secte des Palamites. -- Saint-Xénophon. -- La

pêche aux éponges. -- Retour à Kariès. -- Xiropotamos, le couvent

du Fleuve Sec. -- Départ de Daphné. -- Marino le chanteur. 130

VOYAGE D'UN NATURALISTE (Charles DARWIN).--L'archipel Galapagos

et les attoles ou îles de coraux.--(1838).

L'ARCHIPEL GALAPAGOS. -- Groupe volcanique. -- Innombrables

cratères. -- Aspect bizarre de la végétation. -- L'île Chatam. --

Colonie de l'île Charles. -- L'île James. -- Lac salé dans un

cratère. -- Histoire naturelle de ce groupe d'îles. --

Mammifères; souris indigène. -- Ornithologie; familiarité des

oiseaux; terreur de l'homme; instinct acquis. -- Reptiles;

tortues de terre; leurs habitudes. 139

Encore les tortues de terre; lézard aquatique se nourrissant de

plantes marines; lézard terrestre herbivore, se creusant un

terrier. -- Importance des reptiles dans cet archipel où ils

remplacent les mammifères. -- Différences entre les espèces qui

habitent les diverses îles. -- Aspect général américain. 146

LES ATTOLES OU ÎLES DE CORAUX. -- Île Keeling. -- Aspect

merveilleux. -- Flore exiguë. -- Voyage des graines. -- Oiseaux.

-- Insectes. -- Sources à flux et reflux. -- Chasse aux tortues.

-- Champs de coraux morts. -- Pierres transportées par les

racines des arbres. -- Grand crabe. -- Corail piquant. --

Poissons se nourrissant de coraux. -- Formation des attoles. --

Profondeur à laquelle le corail peut vivre. -- Vastes espaces

parsemés d'îles de corail. -- Abaissement de leurs fondations. --

Barrières. -- Franges de récifs. -- Changement des franges en

barrières et des barrières en attoles. 151

BIOGRAPHIE.--Brun-Rollet. 159

VOYAGE AU PAYS DES YAKOUTES (Russie asiatique), par OUVAROVSKI

(1830-1839).

Djigansk. -- Mes premiers souvenirs. -- Brigandages. -- Le

paysage de Djigansk. -- Les habitants. -- La pêche. -- Si les

poissons morts sont bons à manger. -- La sorcière Agrippine. --

Mon premier voyage. -- Killæm et ses environs. -- Malheurs. --

Les Yakoutes. -- La chasse et la pêche. -- Yakoutsk. -- Mon

premier emploi. -- J'avance. -- Dernières recommandations de ma

mère. -- Irkoutsk. -- Voyage. -- Oudskoï. -- Mes bagages. --

Campement. -- Le froid. -- La rivière Outchour. -- L'Aldan. --

Voyage dans la neige et dans la glace. -- L'Ægnæ. -- Un Tongouse

qui pleure son chien. -- Obstacles et fatigues. -- Les guides. --

Ascension du Diougdjour. -- Stratagème pour prendre un oiseau. --

La ville d'Oudskoï. -- La pêche à l'embouchure du fleuve Ut. --

Navigation pénible. -- Boroukan. -- Une halte dans la neige. --

Les rennes. -- Le mont Byraya. -- Retour à Oudskoï et à

Yakoutsk. 161

Viliouisk. -- Sel tricolore. -- Bois pétrifié. -- Le Sountar. --

Nouveau voyage. -- Description du pays des Yakoutes. -- Climat.

-- Population. -- Caractères. -- Aptitudes. -- Les femmes

yakoutes. 177

DE SYDNEY À ADÉLAÏDE (Australie du Sud), notes extraites d'une

correspondance particulière (1860).

Les Alpes australiennes. -- Le bassin du Murray. -- Ce qui reste

des anciens maîtres du sol. -- Navigation sur le Murray. --

Frontières de l'Australie du Sud. -- Le lac Alexandrina. -- Le

Kanguroo rouge. -- La colonie de l'Australie du Sud. -- Adélaïde.

-- Culture et mines. 182

VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE, journal du docteur

BARTH (1849-1855).

Henry Barth. -- But de l'expédition de Richardson. -- Départ. --

Le Fezzan. -- Mourzouk. -- Le désert. -- Le palais des démons. --

Barth s'égare; torture et agonie. -- Oasis. -- Les Touaregs. --

Dunes. -- Afalesselez. -- Bubales et moufflons. -- Ouragan. --

Frontières de l'Asben. -- Extorsions. -- Déluge à une latitude où

il ne doit pas pleuvoir. -- La Suisse du désert. -- Sombre vallée

de Taghist. -- Riante vallée d'Auderas. -- Agadez. -- Sa

décadence. -- Entrevue de Barth et du sultan. -- Pouvoir

despotique. -- Coup d'oeil sur les moeurs. -- Habitat de la

girafe. -- Le Soudan; le Damergou. -- Architecture. -- Katchéna;

Barth est prisonnier. -- Pénurie d'argent. -- Kano. -- Son

aspect, son industrie, sa population. -- De Kano à Kouka. -- Mort

de Richardson. -- Arrivée à Kouka. -- Difficultés croissantes. --

L'énergie du voyageur en triomphe. -- Ses visiteurs. -- Un vieux

courtisan. -- Le vizir et ses quatre cents femmes. -- Description

de la ville, son marché, ses habitants. -- Le Dendal. --

Excursion. -- Angornou. -- Le lac Tchad. 193

Départ. -- Aspect désolé du pays. -- Les Ghouas. -- Mabani. -- Le

mont Délabéda. -- Forgeron en plein vent. -- Dévastation. --

Orage. -- Baobab. -- Le Mendif. -- Les Marghis. -- L'Adamaoua. --

Mboutoudi. -- Proposition de mariage. -- Installation de vive

force chez le fils du gouverneur de Soulleri. -- Le Bénoué. --

Yola. -- Mauvais accueil. -- Renvoi subit. -- Les Ouélad-Sliman.

-- Situation politique du Bornou. -- La ville de Yo. -- Ngégimi

ou Ingégimi. -- Chute dans un bourbier. -- Territoire ennemi. --

Razzia. -- Nouvelle expédition. -- Troisième départ de Kouka. --

Le chef de la police. -- Aspect de l'armée. -- Dikoua. -- Marche

de l'armée. -- Le Mosgou. -- Adishen et son escorte. -- Beauté du

pays. -- Chasse à l'homme. -- Erreur des Européens sur le centre

de l'Afrique. -- Incendies. -- Baga. -- Partage du butin. --

Entrée dans le Baghirmi. -- Refus de passage. -- Traversée du

Chari. -- À travers champs. -- Défense d'aller plus loin. --

Hospitalité de Bou-Bakr-Sadik. -- Barth est arrêté. -- On lui met

les fers aux pieds. -- Délivré par Sadik. -- Maséna. -- Un

savant. -- Les femmes de Baghirmi. -- Combat avec des fourmis. --

Cortége du sultan. -- Dépêches de Londres. 209

De Katchéna au Niger. -- Le district de Mouniyo. -- Lacs

remarquables. -- Aspect curieux de Zinder. -- Route périlleuse.

-- Activité des fourmis. -- Le Ghaladina de Sokoto. -- Marche

forcée de trente heures. -- L'émir Aliyou. -- Vourno. --

Situation du pays. -- Cortége nuptial. -- Sokoto. -- Caprice

d'une boîte à musique. -- Gando. -- Khalilou. -- Un chevalier

d'industrie. -- Exactions. -- Pluie. -- Désolation et fécondité.

-- Zogirma. -- La vallée de Foga. -- Le Niger. -- La ville de

Say. -- Région mystérieuse. -- Orage. -- Passage de la Sirba. --

Fin du rhamadan à Sebba. -- Bijoux en cuivre. -- De l'eau

partout. -- Barth déguisé en schérif. -- Horreur des chiens. --

Montagnes du Hombori. -- Protection des Touaregs. -- Bambara. --

Prières pour la pluie. -- Sur l'eau. -- Kabara. -- Visites

importunes. -- Dangereux passage. -- Tinboctoue, Tomboctou ou

Tembouctou. -- El Bakay. -- Menaces. -- Le camp du cheik. --

Irritation croissante. -- Sus au chrétien! -- Les Foullanes

veulent assiéger la ville. -- Départ. -- Un preux chez les

Touaregs. -- Zone rocheuse. -- Lenteurs désespérantes. -- Gogo.

-- Gando. -- Kano. -- Retour. 226

VOYAGES ET AVENTURES DU BARON DE WOGAN EN CALIFORNIE

(1850-1852.--Inédit).

Arrivée à San-Francisco. -- Description de cette ville. -- Départ

pour les placers. -- Le claim. -- Première déception. -- La

solitude. -- Mineur et chasseur. -- Départ pour l'intérieur. --

L'ours gris. -- Reconnaissance des sauvages. -- Captivité. --

Jugement. -- Le poteau de la guerre. -- L'Anglais chef de tribu.

-- Délivrance. 242

VOYAGE DANS LE ROYAUME D'AVA (empire des Birmans), par le

capitaine Henri YULE, du corps du génie bengalais (1855).

Départ de Rangoun. -- Frontières anglaises et birmanes. -- Aspect

du fleuve et de ses bords. -- La ville de Magwé. -- Musique,

concert et drames birmans. -- Sources de naphte; leur

exploitation. -- Un monastère et ses habitants. -- La ville de

Pagán. -- Myeen-Kyan. -- Amarapoura. -- Paysage. -- Arrivée à

Amarapoura. 258

Amarapoura; ses palais, ses temples. -- L'éléphant blanc. --

Population de la ville. -- Recensement suspect. -- Audience du

roi. -- Présents offerts et reçus. -- Le prince héritier

présomptif et la princesse royale. -- Incident diplomatique. --

Religion bouddhique. -- Visites aux grands fonctionnaires. -- Les

dames birmanes. 273

Comment on dompte les éléphants en Birmanie. -- Excursions autour

d'Amarapoura. -- Géologie de la vallée de l'Irawady. -- Les

poissons familiers. -- Le serpent hamadryade. -- Les Shans et

autres peuples indigènes du royaume d'Ava. -- Les femmes chez les

Birmans et chez les Karens. -- Fêtes birmanes. -- Audience de

congé. -- Refus de signer un traité. -- Lettre royale. -- Départ

d'Amarapoura et retour à Rangoun. -- Coup d'oeil rétrospectif sur

la Birmanie. 280

VOYAGE AUX GRANDS LACS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, par le capitaine

BURTON (1857-1859).

But de l'expédition. -- Le capitaine Burton. -- Zanzibar. --

Aspect de la côte. -- Un village. -- Les Béloutchis. -- Ouamrima.

-- Fertilité du sol. -- Dégoût inspiré par le pantalon. -- Vallée

de la mort. -- Supplice de M. Maizan. -- Hallucination de

l'assassin. -- Horreur du paysage. -- Humidité. -- Zoungoméro. --

Effets de la traite. -- Personnel de la caravane. -- Métis

arabes, Hindous, jeunes gens mis en gage par leurs familles. --

Ânes de selle et de bât. -- Chaîne de l'Ousagara. --

Transformation du climat. -- Nouvelles plaines insalubres. --

Contraste. -- Ruine d'un village. -- Fourmis noires. -- Troisième

rampe de l'Ousagara. -- La Passe terrible. -- L'Ougogo. --

L'Ougogi. -- Épines. -- Le Zihoua. -- Caravanes. -- Curiosité des

indigènes. -- Faune. -- Un despote. -- La plaine embrasée. --

Coup d'oeil sur la vallée d'Ougogo. -- Aridité. -- Kraals. --

Absence de combustible. -- Géologie. -- Climat. -- Printemps. --

Indigènes. -- District de Toula. -- Le chef Maoula. -- Forêt

dangereuse. 305

Arrivée à Kazeh. -- Accueil hospitalier. -- Snay ben Amir. --

Établissements des Arabes. -- Leur manière de vivre. -- Le Tembé.

-- Chemins de l'Afrique orientale. -- Caravanes. -- Porteurs. --

Une journée de marche. -- Costume du guide. -- Le Mganga. --

Coiffures. -- Halte. -- Danse. -- Séjour à Kazeh. -- Avidité des

Béloutchis. -- Saison pluvieuse. -- Yombo. -- Coucher du soleil.

-- Jolies fumeuses. -- Le Mséné. -- Orgies. -- Kajjanjéri. --

Maladie. -- Passage du Malagarazi. -- Tradition. -- Beauté de la

Terre de la Lune. -- Soirée de printemps. -- Orage. -- Faune. --

Cynocéphales, chiens sauvages, oiseaux d'eau. -- Ouakimbou. --

Ouanyamouézi. -- Toilette. -- Naissances. -- Éducation. --

Funérailles. -- Mobilier. -- Lieu public. -- Gouvernement. --

Ordalie. -- Région insalubre et féconde. -- Aspect du Tanganyika.

-- Ravissements. -- Kaouélé. 321

Tatouage. -- Cosmétiques. -- Manière originale de priser. --

Caractère des Ouajiji; leur cérémonial. -- Autres riverains du

lac. -- Ouatata, vie nomade, conquêtes, manière de se battre,

hospitalité. -- Installation à Kaouélé. -- Visite de Kannéna. --

Tribulations. -- Maladies. -- Sur le lac. -- Bourgades de

pêcheurs. -- Ouafanya. -- Le chef Kanoni. -- Côte inhospitalière.

-- L'île d'Oubouari. -- Anthropophages. -- Accueil flatteur des

Ouavira. -- Pas d'issue au Tanganyika. -- Tempête. -- Retour. 337

FRAGMENT D'UN VOYAGE AU SAUBAT (affluent du Nil Blanc), par M.

Andrea DEBONO (1855) 348

VOYAGE À L'ÎLE DE CUBA, par M. Richard DANA (1859).

Départ de New-York. -- Une nuit en mer. -- Première vue de Cuba.

-- Le Morro. -- Aspect de la Havane. -- Les rues. -- La volante.

-- La place d'Armes. -- La promenade d'Isabelle II. -- L'hôtel Le

Grand. -- Bains dans les rochers. -- Coolies chinois. -- Quartier

pauvre à la Havane. -- La promenade de Tacon. -- Les surnoms à la

Havane. -- Matanzas. -- La Plaza. -- Limossar. -- L'intérieur de

l'île. -- La végétation. -- Les champs de canne à sucre. -- Une

plantation. -- Le café. -- La vie dans une plantation de sucre.

-- Le Cumbre. -- Le passage. -- Retour à la Havane. -- La

population de Cuba. -- Les noirs libres. -- Les mystères de

l'esclavage. -- Les productions naturelles. -- Le climat. 353

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Adolphe JOANNE (1850-1860).

Le pic de Belledon. -- Le Dauphiné. -- Les Goulets. 369

Les gorges d'Omblèze. -- Die. -- La vallée de Roumeyer. -- La

forêt de Saou. -- Le col de la Cochette. 385

EXCURSIONS DANS LE DAUPHINÉ, par M. Élisée RECLUS (1850-1860).

La Grave. -- L'Aiguille du midi. -- Le clapier de

Saint-Christophe. -- Le pont du Diable. -- La Bérarde. -- Le col

de la Tempe. -- La Vallouise. -- Le Pertuis-Rostan. -- Le village

des Claux. -- Le mont Pelvoux. -- La Balme-Chapelu. -- Moeurs des

habitants. 402

LISTE DES GRAVURES. 417

LISTE DES CARTES. 422

ERRATA. 427

[Illustration: Vue de l'île Saint-Thomas.--Dessin de M. de Bérard.]

VOYAGES AUX INDES OCCIDENTALES,

PAR M. ANTHONY TROLLOPE[1].

[Note 1: _The west Indies and the Spanish main._ By Anthony

Trollope. New edition, in-8.--London, Chapman and Hall's.

1860.]

1858-1859.

DESSINS INÉDITS PAR M. A. DE BÉRARD.

M. Anthony Trollope est l'auteur de romans très-justement estimés:

récemment chargé par le gouvernement anglais d'une mission relative

aux communications postales entre la Grande-Bretagne et les Indes

occidentales, il a consigné le résultat de ses observations dans un

volume, où, à défaut de documents scientifiques ou géologiques

nouveaux, on rencontre des appréciations, des descriptions, qui

révèlent un esprit brillant et original, et dont le tour piquant prête

un grand charme à des sujets d'ailleurs pleins d'intérêt. La situation

des colonies anglaises, depuis le grand et généreux acte

d'émancipation qui y a modifié la vie sociale et les conditions du

travail, le tableau de la colonie espagnole exposée aux convoitises

des Américains, celui des provinces de l'Amérique centrale par où

s'effectuent les communications entre les États-Unis de l'Atlantique

et les riches provinces baignées par l'Océan Pacifique, tous ces

thèmes variés se développent dans l'ouvrage de M. Trollope avec

élégance et clarté, à travers des anecdotes pleines d'esprit et des

dissertations d'économie politique sans lourdeur.

L'île Saint-Thomas. -- La Jamaïque: Kingston; Spanish-Town; --

les _réserves_; la végétation.

Parti le 17 novembre 1858 sur _l'Atrato_, paquebot de la _Royal Mail

Steam Packet Company_, notre voyageur arriva le 2 décembre à l'île

Saint-Thomas. Cette petite île, qui appartient au Danemark, est le

relais principal de la Compagnie Royale dans les mers des

Antilles.--Voulez-vous aller de la Demerara dans la Guyane anglaise, à

l'isthme de Panama? il faut passer par Saint-Thomas; de Panama à la

Jamaïque ou à Honduras? par Saint-Thomas; de Honduras et la Jamaïque à

Cuba ou Mexico? par Saint-Thomas; de Cuba aux Bahamas? toujours par

Saint-Thomas. Sans s'y arrêter, M. Trollope partit immédiatement pour

Kingston, le port principal de la Jamaïque. Quelques extraits feront

connaître cette ville.

«Le port de Kingston est une grande lagune, formée par un long banc de

sable qui s'étend dans la mer, commence à trois ou quatre milles

au-dessus de Kingston et reste parallèle à la côte jusqu'à cinq ou six

milles en dessous de la ville. Ce banc de sable se nomme «les

Palissades» et à l'extrémité se trouve Port-Royal. C'est le siège de

la suprématie navale de la Grande-Bretagne dans les Indes

occidentales. C'est là qu'est le vaisseau-pavillon; on y trouve un

dock, un hôpital, des piles d'ancres invalides et tous les

accessoires habituels d'un semblable établissement.»

Kingston est une ville mal bâtie, sans trottoirs, sans éclairage: on

ne songe pas à y marcher à pied, tant la chaleur y est accablante,

mais cette ville a l'air encore moins morne que Spanish-Town, la

capitale officielle de l'île, située à treize milles de Kingston et où

l'on se rend par chemin de fer. C'est là que vit le gouverneur; là

vivent aussi les satellites ou lunes qui entourent le luminaire

central, c'est-à-dire les secrétaires et les ministres. Le conseil

législatif et la chambre y tiennent leurs sessions.

La ville, malgré son lustre officiel, est une ville de morts: dans ses

longues rues, on ne voit passer aucun habitant: ça et là, on

n'aperçoit qu'une négresse assise à une porte ou un enfant solitaire

qui joue dans la poussière.

«À la Jamaïque il vaut mieux, comme dit M. Trollope, être rat des

champs que rat des villes. La contrée est admirable, et le voyageur

est consolé par la nature de la cherté des voyages, de l'absence

d'hôtels et du mauvais état des chemins. Une partie de l'île est

consacrée à la culture de la canne à sucre: mais la plus grande

portion est encore couverte de forêts vierges et de jungles. Ça et là,

en voyageant, on aperçoit les jardins ou _réserves_ des nègres. Ce

sont des lots de terrain qu'ils cultivent, pour lesquels ils payent

quelquefois un loyer, mais où assez souvent ils s'installent sans rien

payer.

«Ces réserves sont très-pittoresques. Elles ne sont point remplies,

comme un jardin de paysan en Angleterre ou en Irlande, de pommes de

terre ou de choux, mais elles contiennent des cocotiers, des orangers,

des mangos, des arbres à pain et une quantité d'autres arbres à la

végétation luxuriante, d'une grande taille et d'une remarquable

beauté. L'arbre à pain et le mango sont charmants, et je ne connais

rien d'aussi beau qu'un verger d'orangers à la Jamaïque. Ils ont en

outre le yam, qui est au nègre ce que la pomme de terre est à

l'Irlandais. On n'en mange, comme pour la pomme de terre, que les

racines, mais la partie supérieure, formée de tiges grimpantes, est

soutenue comme nos vignes.

«Je n'oublierai jamais le jour où je vis pour la première fois la

végétation tropicale dans toute sa splendeur: peut-être le plus

précieux de tous les arbres est le bambou. Il croît ou en bouquets,

comme les groupes d'arbres qu'on voit dans les parcs anglais, ou, ce

qui est plus commun quand on le trouve à l'état indigène, en longues

allées le long des cours d'eau. Le tronc des bambous est un large tube

creux, et ils n'ont de feuilles qu'au sommet. Leur grande élévation,

la grâce de leur courbe, l'extrême épaisseur de leur feuillage qu'ils

marient en se groupant par centaines, produisent un effet que rien ne

peut surpasser.

«Le cotonnier est presque aussi beau quand il est isolé. Le tronc de

cet arbre s'élève majestueusement et a de magnifiques proportions: il

est ordinairement droit et n'étend ses branches qu'à la hauteur où

atteindrait la cime de nos arbres ordinaires. La nature, pour

supporter une semblable masse, l'a armé de larges racines qui

s'élèvent comme des contre-forts jusqu'à vingt pieds au-dessus du sol.

J'en ai mesuré plus d'un qui avec ses racines avait plus de trente

pieds d'épaisseur. Du sommet, les branches s'étendent avec une

luxurieuse profusion et couvrent un espace immense de leur ombre.

«Mais ce qui donne le caractère le plus frappant à ces arbres, ce sont

les plantes parasites qui les environnent et qui sont suspendues de

leurs branches jusqu'au sol en lianes d'une force étonnante. Ces

parasites sont de plusieurs sortes; le figuier est un de ceux dont les

embrassements sont le plus vivaces. Souvent il est si développé que

l'arbre lui même disparaît et qu'on ne s'imagine plus qu'il soit

au-dessous. Quelquefois les parasites étouffent l'arbre avant qu'il

ait pu atteindre toute sa croissance; mais quand il a pu se développer

à temps, ils ne font plus que l'orner. Chaque branche est couverte

d'une merveilleuse végétation, de plantes de mille couleurs et de

mille espèces. Les unes tombent en longues et gracieuses lianes

jusqu'au sol, les autres pendent en boules de feuilles et de fleurs

entremêlées.»

Les planteurs et les nègres. -- Plaintes d'une Ariane noire.

Après la contrée, il faut bien parler des habitants. La race blanche

et la race noire, désormais affranchie, se trouvent en présence: en

lisant les jugements que porte sur elles M. Anthony Trollope, on sent

trop qu'il obéit quelquefois, sans le savoir peut-être, à l'influence

des planteurs avec lesquels il s'est trouvé naturellement plus en

contact; il se rend l'écho de leurs regrets, de leurs passions; il

oublie trop souvent que le mal ne peut s'effacer en un jour, et que

l'esclavage est une très-mauvaise préparation à l'exercice de la

liberté: ces restrictions faites, voyons comment M. Trollope apprécie

noirs, hommes de couleur et blancs, et quelle idée il se fait de

l'avenir de cette population mélangée.

«Aucun Anglais, aucun Anglo-Saxon ne serait ce qu'il est aujourd'hui

sans cette portion d'énergie sauvage qui nous vient de nos ancêtres

Vandales. N'est-il pas permis de supposer qu'un temps viendra où la

race qui habitera ces îles charmantes, formée par la nature pour leur

brûlant soleil, aura dans son sang une portion de l'énergie morale du

nord, et devra sa force physique à des ancêtres africains? cette race

alors ne sera pas plus honteuse du nom de noire que nous ne le sommes

de celui de Saxon.

«Mais que faire, en attendant, de notre ami le noir, à son aise couché

sous le cotonnier et refusant de travailler après dix heures du matin?

«Non, merci, maître, fatigué maintenant, pas besoin d'argent.»

«Telle est la réponse que le planteur suppliant reçoit quand vers dix

heures du matin il prie son voisin noir de retourner dans les champs

de cannes et de gagner son second schelling, ou quand il le prie de

travailler plus de quatre jours par semaine, ou le supplie à Noël de

se contenter de dix jours de loisir. Ses cannes sont mûres, il faut

les porter au moulin; mais qu'importe au nègre?

«Non, moi plus travailler.»

[Illustration: CARTE DES GRANDES ET DES PETITES ANTILLES. Dessinée par

A. Vuillemin. Gravé chez Erhard R. Bonaparte 42.]

«Et qui peut blâmer le noir? il est libre de travailler, libre de ne

pas le faire. Il peut vivre sans travail, s'étendre au soleil, sucer

des oranges, manger des patates: oui, et peut-être monter à cheval, et

porter un gilet blanc, et une chemise empesée le dimanche. Pourquoi se

soucierait-il du planteur? je n'irai pas nettoyer des cannes pour une

demi-couronne par jour; pourquoi lui demanderai-je de le faire? Je

puis vivre sans cela: lui aussi.»

Le noir n'est pas voleur; les domestiques, qui sont tous noirs, ne

dérobent jamais rien. M. Trollope assure qu'on peut impunément laisser

sous leur main argent, clefs, tout ce qu'ils considèrent comme une

véritable propriété. Mais les fruits de la terre n'ont pas ce

caractère à leurs yeux: ils se les approprient sans scrupules et

vivent volontiers de maraude. Leurs besoins sont aisément satisfaits,

et sans grand préjudice pour personne, sur une terre qui sans culture

prodigue à ses habitants les fruits les plus variés et les plus

savoureux.

Le caractère de la population nègre a des côtés originaux, qui ne

pouvaient échapper à un romancier tel que M. Trollope, habitué à

rechercher ce qu'il y a de plus spontané dans les manifestations du

coeur humain; le noir a, si l'on me permet le mot, une drôlerie, un

sentiment du pittoresque, une naïveté, une vivacité dans la passion

qui le rendent souvent fort intéressant: je ne puis résister au

plaisir de citer une anecdote que raconte M. Trollope et où se

peignent très-bien tous ces traits particuliers de la race.

[Illustration: Saint-Pierre, à la Martinique.--Dessin de M. de

Bérard.]

M. Trollope se trouvait dans une petite auberge de Port-Antonio,

assis, après dîner, dans le salon.

«Je vis, dit-il, entrer une jeune demoiselle habillée tout de blanc.

Elle était, ma foi, fort bien mise, et ni crinoline, ni rubans ne

faisaient défaut. Elle appartenait à la race noire, et ses cheveux

d'un noir de jais, cotonneux et pourtant ondés, étaient, suivant la

mode, peignés en arrière. D'où elle venait et qui elle était, je

l'ignorais et ne l'ai jamais appris. Elle était, je pense, en termes

familiers dans la maison; je le présumai en la voyant remuer les

livres et les petits ornements sur la table et arranger des tasses et

des coquillages sur un rayon.

«Hélas!» se mit-elle à dire quand je l'eus observée pendant une minute

environ.

«Je savais à peine comment l'accoster: et pourtant il fallait être

poli.

«Ah, oui, hélas!» répéta-t-elle.

«Il était aisé de voir qu'elle avait un chagrin à raconter.

«Madame, lui dis-je (je ne savais, faute d'introduction, comment

commencer mon discours), madame, je crains que vous n'ayez quelque

chagrin.

[Illustration: Cataracte de Weinachts, Guyane anglaise--Dessin de M.

de Bérard.]

«--Du chagrin! dit-elle; je suis dans la plus profonde affliction.

Hélas! enfin! le monde doit finir un jour.»

«Et tournant son visage droit sur le mien, elle croisa ses mains.

J'étais assis sur un sofa; elle vint s'asseoir près de moi, croisant

ses mains sur ses genoux et regardant le mur opposé.

«Oui, tout doit finir un jour pour nous tous, répondis-je. Mais pour

vous, tout commence à peine.

«--Ceci est un bien méchant monde, et le plus tôt fini, le meilleur.

Être ainsi traitée! briser ainsi le coeur d'une jeune fille! il est

brisé, complétement brisé, je le sais bien.»

«Et en parlant ainsi, elle avait posé ses mains de façon à me laisser

voir qu'elle n'avait pas oublié ses bagues.

«C'est donc l'amour qui vous tourmente?

«--Non! dit-elle brusquement, se tournant vers moi et plongeant ses

yeux noirs dans les miens. Non, je ne l'aime pas un brin,--ni

maintenant, ni jamais. Non, si je le voyais là suppliant....»

«Et elle frappa son petit pied par terre comme s'il y avait un cou

imaginaire sous son talon.

«Mais vous l'avez aimé?

«--Oui.»

«Ici elle se mit à parler très-doucement, en remuant gentiment sa

tête.

«Je l'ai aimé, oh! tant aimé! Il était si beau, si charmant. Jamais je

ne verrai un tel homme: des yeux, une bouche! et puis un si beau nez!

C'était un juif, vous savez.»

«Je ne l'avais jamais su et je l'appris peut-être avec une légère

surprise.

«C'était bien fait, n'est-ce pas? Moi qui suis baptiste, vous savez.

On m'a expulsée de la congrégation, je le sais bien. Mais je ne m'en

souciais bien!»

«Et elle se mit à frapper gentiment une de ses mains avec l'autre en

souriant; c'est une manie des femmes de couleur dans ce pays quand

elles sont engagées dans une conversation agréable. À ce moment, je

commençai à me sentir assez intime pour lui demander son nom.

«Joséphine est mon nom. Aimez-vous ce nom?

«--Il est presque aussi joli que celle qui le porte.

«--Jolie? non, je ne suis pas jolie. Si j'étais jolie il ne m'aurait

pas laissée là. Il a promis à une autre de l'épouser; mais peut-être

la trompera-t-il aussi.»

«Il était facile de voir que cette idée ne lui déplaisait pas.

«Alors il vous reviendra?

«--Oui, oui, et je lui cracherai à la figure.»

«Et dans la furie de son esprit, elle exécuta positivement le

simulacre de sa vengeance.

«Je voudrais qu'il revînt, je m'assiérais ainsi et j'écouterais.»

«Et elle croisa ses mains et prit un air de calme dignité qui lui

convenait fort.

«J'écouterais chaque mot, comme cela, jusqu'à ce qu'il eût fini, et

puis je sourirais.»

«Et elle sourit.

«Et puis il m'offrirait sa main.»

«Et elle étendit la sienne.

«Et puis je lui cracherais à la figure et tournerais le dos.»

«Et se levant majestueusement, elle sortit rapidement de la chambre.

«Comme elle fermait la porte derrière elle, je crus que l'entrevue

était terminée, et que je ne reverrais plus ma jeune amie; mais je me

trompais. La porte fut bientôt rouverte, et elle se rassit à côté de

moi.

«Votre coeur, lui dis-je, vous permettrait de faire de semblables

choses, et à un homme qui a un si beau nez?»

«--Oui; je me mépriserais maintenant, si je le reprenais, fût-il

encore plus beau. Mais je suis sûre d'une chose, je n'aimerai jamais

aucun autre, jamais. Il dansait si bien!»

La toilette des négresses. -- Avenir des mulâtres.

Le goût de la parure est, comme on sait, très-développé dans la race

noire. Il n'y a rien de plus étonnant que le costume des femmes: «Il

est impossible de leur refuser, dit M. Trollope, beaucoup de goût et

une grande faculté d'assimilation. En Angleterre, parmi nos femmes de

chambre et même nos filles des champs, la crinoline, les fleurs

artificielles, les longues tailles, les manches flottantes, sont

devenues communes; mais elles ne les portent pas comme si elles y

étaient habituées. Elles ont généralement dans leurs habits de

dimanche quelque chose d'emprunté. Chez les négresses, rien de pareil.

D'abord elles ne connaissent pas la honte; ensuite, elles ont

généralement de belles proportions et savent les faire valoir. Leurs

costumes, les jours de fête et les dimanches, sont assurément

merveilleux. Elles ne se contentent pas de calicots imprimés: il leur

faut des mousselines et des soies légères, je ne sais à combien le

mètre. Elles portent des robes d'une énorme ampleur. On peut voir, par

un dimanche matin, trois dames occuper toute la largeur d'une rue qui,

le jour précédent, frottaient de la vaisselle ou portaient des pois

sur leur tête dans la ville. Cela ne les empêche pas de se promener

dans leur belle toilette comme si elles n'avaient porté rien d'autre

depuis l'enfance.

«Un dimanche soir, j'étais très-loin dans la campagne, à cheval, avec

un planteur, qui me promenait dans sa propriété; je vis passer une

jeune fille qui s'en revenait à pied de l'église. Elle était, des

pieds à la tête, vêtue de blanc. Elle avait des gants et tenait un

parasol ouvert. Son chapeau de paille était aussi clair, orné de

dentelles blanches. Elle marchait avec une majesté digne d'un tel

costume; par derrière venait sa suivante portant le livre de prières

de la jeune personne sur la tête. Une négresse porte tout sur la tête,

depuis la cruche remplie d'eau qui pèse cent livres jusqu'à une

bouteille de pharmacien.

«Quand nous arrivâmes près d'elle, elle se retourna et nous salua.

Elle salua, car elle reconnut son maître, mais avec beaucoup de

dignité, car elle avait conscience de sa belle toilette. La fille qui

suivait derrière avec le livre de prières fit la révérence ordinaire,

en se baissant puis se relevant plus vite que la pensée.

«Qui est cette princesse? dis-je à mon compagnon.

«--Vous voyez deux soeurs qui travaillent toutes deux à mon moulin,

dit mon ami. Dimanche prochain les rôles vont changer. Polly aura le

parasol et le chapeau, et Jenny portera le livre de prières derrière

elle sur sa tête.»

La race mêlée est celle qui paraît à M. Trollope destinée à recueillir

l'héritage de la prospérité des anciens planteurs. «Le mulâtre, bien

qu'il soit sous certains aspects une détérioration du nègre, sous

d'autres du blanc, l'emporte aussi sur tous deux sous certains

rapports. En règle générale, il ne peut pas travailler comme fait le

noir. Il ne pourrait pas rester dans les champs de canne pendant seize

heures sur vingt-quatre, comme fait l'esclave de Cuba; mais il peut

travailler sans danger sous un ciel tropical et faire une bonne

journée. Il n'est pas sujet à la fièvre jaune comme le blanc, et il

est aussi protégé par sa constitution contre les effets de la chaleur

que le climat l'exige.

«Il n'y a pas encore eu, que nous sachions, de Galilée, de Shakspeare

parmi les mulâtres. Il est possible même qu'il y en ait peu qui

puissent se rendre un compte exact du génie de tels hommes. Mais nier

que le mulâtre ait une large part de l'intelligence et de l'ambition

de ses ancêtres blancs, c'est je crois une sottise et de plus une

méchanceté; parce qu'une telle assertion ne peut naître que d'un

injuste désir de leur fermer les portes du progrès.»

Les hommes de couleur se rattachent par toutes les nuances possibles,

d'une part au noir, de l'autre au blanc; les neuf dixièmes ne peuvent

pas cacher leur origine, mais il y a une petite fraction qu'un oeil

exercé seul peut distinguer de la race blanche: malheureusement la

jalousie des planteurs et les préjugés maintiennent des barrières qui

survivent aux lois qui consacraient jadis l'inégalité des races.

L'avenir appartient pourtant aux hommes de couleur; on en compte plus

de soixante-dix mille tandis qu'il n'y a que quinze mille blancs, et

si l'émancipation peut attirer encore dans les Indes occidentales des

coolies ou des Chinois, elle n'y attire plus d'Européens. L'homme

blanc a passé là, il y a laissé sa trace: il a maintenant d'autres

provinces à conquérir.

«Heureusement, dit M. Trollope, les hommes de couleur sont capables

des travaux les plus élevés comme les plus humbles. Ils y réussissent

au grand dépit de la classe qui s'estime supérieure. Ils gagnent de

l'argent et savent en jouir. Ils savent être hommes d'État, avocats,

médecins. Qu'un étranger se promène dans les boutiques de Kingston, et

il verra combien d'entre elles appartiennent à des hommes de couleur;

qu'il aille au parlement, et il verra quel rôle ils jouent dans les

débats.»

Pour les blancs la Jamaïque n'est plus ce pays de Cocagne où l'on

accumulait jadis, grâce au travail servile, des richesses colossales

en peu d'années: ni ducs, ni comtes ne viennent plus gouverner l'île

avec grand apparat. Le gouvernement n'en est guère plus recherché que

celui de la Nouvelle-Zélande ou de la Colombie anglaise: la main

d'oeuvre fait défaut aux planteurs; il y a trop de montagnes, de pays

pastoral dans l'île, pour que les trois cent mille noirs qui s'y

trouvent aujourd'hui soient forcés de venir demander du travail dans

les champs de canne. Disons ensuite que la compétition de Cuba, du

Brésil, de Porto-Rico, des États-Unis, où l'esclavage existe encore et

prend chaque jour plus d'extension, est désastreuse pour la Jamaïque.

Une récolte abondante à Cuba peut, dans certaines années, abaisser le

prix du sucre à un taux ruineux pour le planteur de la colonie

anglaise. L'abolition de l'esclavage aux États-Unis suffirait pour

rendre aux Indes occidentales leur ancienne splendeur.

Les petites Antilles. -- La Martinique. -- La Guadeloupe. --

Grenada.

Quittons les grandes Antilles sans nous arrêter à Cuba où nous

reviendrons un jour, et entrons dans les petites Antilles dont

l'archipel s'étend en ligne recourbée depuis Porto-Rico jusqu'à la

Guyane anglaise, à l'embouchure de l'Orénoque. Passons rapidement

devant Saint-Thomas, Saint-Christophe, communément nommé Saint-Kitts

et Nevis, petites colonies prospères qui exportent chaque année plus

de sucre: de Nevis à Antigua on aperçoit l'îlot de Montserrat (voy. t.

I, p. 177). Antigua a un excellent port, nommé English Harbour, qui

autrefois servait de station navale. De là on arrive à la Guadeloupe,

et, après avoir longé la Dominique, à la Martinique, qui est aussi

française.

«Nous retrouvons dans ces îles, dit M. Trollope, les riches et

sauvages beautés des admirables îles de la mer des Caraïbes. Les

montagnes groupées dans les deux colonies françaises sont très-belles,

et les collines sont couvertes jusqu'à leur sommet de la plus

admirable végétation. Dans chacune de ces îles on est frappé par la

grande supériorité des villes principales sur celles des colonies qui

nous appartiennent: celle de la Guadeloupe se nomme Basse-Terre et la

capitale de la Martinique est Saint-Pierre. Ces villes offrent un

contraste avec Roseau et Port-Castries, les localités les plus

importantes des deux îles adjacentes anglaises de la Dominique et de

Sainte-Lucie. On débarque dans les ports français sur d'excellentes

jetées, par des escaliers commodes. Les quais sont ombragés par des

arbres, les rues propres et en bon état: les boutiques montrent que le

commerce est prospère. Des conduits amènent de l'eau courante dans la

ville. Les colons français, créoles ou Européens, considèrent les

Indes occidentales comme leur pays. Ils ne tournent pas sans cesse un

oeil de regret sur la France. Ils se marient, ils travaillent, ils

bâtissent pour la colonie et pour la colonie seulement. Chez nous il

en est autrement. On considère nos colonies des Indes comme un logis

temporaire qu'il faut déserter dès qu'on a gagné assez d'argent en

faisant du sucre et de la mélasse.»

[Illustration: Une sucrerie à la Guadeloupe, ancien système.--Dessin

de M. de Bérard.]

La Dominique et Sainte-Lucie exportent chacune annuellement six mille

tonnes environ de sucre, la Martinique jusqu'à soixante mille.

C'est depuis 1814 que la Martinique et la Guadeloupe, avec l'îlot

insignifiant de Marie-Galante, ont été politiquement séparées de la

Dominique et de Sainte-Lucie, bien que ces deux îles soient toutes

françaises par le langage, les moeurs, la religion et même en partie

par les lois.

Au delà de ce groupe intéressant, nous rencontrons Barbados qui est

comme la sentinelle avancée de la chaîne des petites Antilles:

Barbados, île tout anglaise, fière de sa richesse; puis Saint-Vincent

qui jadis a, pendant quelque temps, appartenu à la France; on côtoie

ensuite le petit archipel des Grenadines jusqu'à Grenada, le quartier

général des fruits de la terre, comme l'appelle M. Trollope, où l'on

mange les meilleurs ananas, oranges et mangos des Antilles. La

capitale, Saint-George, est une ville bien bâtie: encore importante,

bien que Grenada soit aujourd'hui bien déchue de son ancien rang. Nous

arrivons enfin à la Guyane anglaise.

La Guyane anglaise. -- Une sucrerie.

Cette colonie est divisée en trois provinces: Berbice, Demerara,

Essequibo, qui prennent les noms des trois grandes rivières du pays.

George-Town est la capitale de Demerara. La Guyane est une immense

plaine de sol alluvial, d'une extrême fertilité: il n'y a d'autre

limite à la production du sucre et du café que la quantité de

main-d'oeuvre disponible. Dès aujourd'hui la Guyane a quelque raison

de se glorifier de ses efforts; elle exporte plus de sucre et de rhum

qu'aucune autre colonie des Indes Occidentales. Barbados fournit à

l'Europe cinquante mille tonnes de sucre; Trinidad et la Jamaïque

moins de quarante mille; la Guadeloupe un peu plus de cinquante mille;

la Guyane anglaise soixante-dix mille. Toute la contrée cultivée

présente une particularité digne de notice. «Les transports se font

par eau, non-seulement des sucreries à la ville, mais des champs aux

sucreries et même de champ à champ. Tout le pays est coupé par des

drains qui sont nécessaires pour l'écoulement des eaux superficielles;

il n'y a point de pente naturelle, et sans des digues et des coupures,

le pays serait submergé pendant la saison des pluies. Parallèlement

aux drains circulent les canaux: il y en a ordinairement un entre deux

drains. Ces canaux ne séparent pas seulement de vastes champs et ne se

trouvent pas à une très-grande distance les uns des autres; ils

traversent chaque parcelle de façon que les cannes, une fois coupées,

ne sont jamais transportées qu'à très-petite distance. L'entretien de

ces travaux est cher; mais leur construction a dû exiger un travail

immense: c'est l'oeuvre des Hollandais. On peut se demander si aucune

autre race aurait eu assez de patience pour exécuter un tel travail.»

[Illustration: La Pointe-à-Pître, à la Guadeloupe.--Dessin de M. de

Bérard.]

C'est à la Guyane, qu'on applique le plus largement, dans la

fabrication du sucre, les méthodes perfectionnées qui permettent aux

producteurs coloniaux, depuis l'abolition du travail servile, de

retrouver leurs anciens profits. Veut-on avoir une idée des procédés

employés dans cette fabrication: voici la description qu'en donne M.

Trollope.

«La canne est coupée après quatorze mois environ de croissance. On la

porte au moulin où l'on en exprime le jus. La canne ne doit pas rester

deux jours coupée avant d'être écrasée. Il faut l'envoyer au moulin le

lendemain de la récolte, ou, si l'on peut, quelques heures après. À

Demerara les cannes sont toujours transportées au moulin par eau; à

Barbados, dans des charrettes traînées par des mulets; à la Jamaïque,

dans des wagons tirés par des boeufs; de même à Cuba. Un moulin se

compose de trois cylindres laminoirs. Les cannes passent entre deux de

ces cylindres, le premier par exemple et celui du milieu; et le résidu

(qu'on appelle _trash_ à la Jamaïque, _magasse_ à Barbados et

Demerara) revient entre le cylindre central et le troisième. Le jus

descend dans une citerne. Les cylindres sont très-rapprochés, au point

qu'il semblerait impossible d'y faire pénétrer les cannes; elles

passent avec facilité, quand le moulin est fort et en bon état; avec

difficulté dans le cas contraire (comme à Barbados). Les cannes

donnent de soixante à soixante-dix pour cent de jus; quelquefois moins

de soixante; rarement au delà de soixante-dix.

«Le jus, qui est alors d'une couleur jaune sale, et qui a apparemment

la consistance du lait, est amené du moulin par un tube dans une vaste

chaudière où on opère la _défécation_, opération qui consiste à y

ajouter de la chaux pour en détruire l'acidité. Dans cette première

chaudière, il est chauffé légèrement; puis on l'envoie dans d'autres

chaudières où il est soumis à l'ébullition. On les nomme _taches_ à

Barbados. Auprès de chacune se tient un homme avec une grande

écumoire, occupé à ramasser toutes les impuretés qui flottent à la

surface. Il y a de trois jusqu'à sept de ces chaudières; au-dessous

d'elles est un dernier bouilleur; c'est là que le jus devient

saccharin. Dans les taches, surtout dans les premières, la liqueur

devient vert foncé. À mesure qu'elle se rapproche du bouilleur, elle

s'épaissit et prend sa teinte bien connue, analogue à celle du tain.

«Près du dernier bouilleur se tient l'homme qui fait le sucre. C'est à

lui de régler convenablement la chaleur. Quand la matière est à l'état

convenable, on fait descendre dans la chaudière une autre chaudière

qui s'y emboîte presque exactement; le sucre s'y écoule et la remplit.

Ce vase ainsi rempli est relevé; au fond est une valve qui, une fois

ouverte à l'aide d'une ficelle, laisse écouler le liquide chaud. Cette

chaudière mobile est manoeuvrée par une grue, et on l'amène en

position pour faire écouler le sucre dans les grands réservoirs

découverts où il se refroidit. À cette phase de l'opération, diverses

méthodes sont mises en usage. L'ancienne routine consiste à faire

simplement refroidir le sucre dans des réservoirs, puis à le verser

dans des seaux à l'état demi-solide, et enfin dans ce que l'on nomme

les _hogsheads_.

Le Tour du Monde; Indes Occidentales Journal des voyages et des voyageurs; 2. sem. 1860 · 第 1 / 3 段