XXII

«Prions pour les perfides Juifs, pour que le Seigneur Notre Dieu enlève

le voile de leurs coeurs et qu'ils reconnaissent, eux aussi, Notre

Seigneur Jésus-Christ. Sempiternel Dieu Tout-Puissant, qui ne rejetez de

votre miséricorde pas même la perfidie Juive, exaucez les prières que

nous déférons à vous, à cause de l'aveuglement de ce peuple, pour

qu'ayant connu la lumière de votre vérité qui est le Christ, il soit

arraché de ses ténèbres.»

Telles étaient et telles seront jusqu'à la FIN les prières de l'Église

pour l'étonnante postérité d'Abraham. Prières absolument solennelles qui

ne sont récitées publiquement que le seul jour du Vendredi Saint.

En ce moment-là, sans doute, les coeurs d'autrefois s'arrêtaient de

battre et le silence des colères était prodigieux, dans l'espoir

universel d'entendre venir des lieux souterrains le préliminaire soupir

de la conversion du Peuple obstiné.

On sentait, confusément que ces hommes de crasse et d'ignominie étaient,

quand même, les geôliers de la Rédemption, que Jésus était leur captif,

que l'Église était leur captive, que leur consentement était nécessaire

à la diffusion des allégresses et que c'était pour cela qu'un miracle

persistant gardait leur progéniture.

En accomplissement de la plus impénétrable des lois, ils étaient

puissamment ancrés dans leur volonté mauvaise d'assoupir la Force de

Dieu et d'ajourner implacablement sa Gloire, pour qu'en effet l'une et

l'autre parussent oisives en présence des désespoirs de

l'humanité,--jusqu'à l'heure admirablement occulte où la Propitiation

douloureuse du Verbe fait Chair serait consommée _dans tous ses

membres_.

Et cette heure furtive, Jésus lui-même avait déclaré ne la

point connaître, affirmant que «nul, excepté le Père, ne la

connaissait!...»[26]

[26] _Marc_, XIII, 32.

Mais où le mystère devenait intolérable complètement, c'était à l'idée

que ce moment unique, désiré faméliquement, depuis tous les âges, par

l'universalité des créatures, dépendait encore et toujours de ces mêmes

Juifs, créanciers inexorables de l'Esprit-Saint, qui mettaient

_opposition_ sur le Sang du Christ.

Les siècles avaient coulé comme de l'eau et les générations vivantes

s'étaient empilées sur les générations mortes. On avait beau produire

des titres ou des cédules paraphés de ce précieux Sang et contresignés

du sang de tous les Martyrs; on ne rencontrait jamais que l'odieux

visage de ces usuriers du Consolateur et la magnificence de Dieu restait

close.

C'est en ce sens que les Juifs, si durement opprimés par les adorateurs

de la Croix, faisaient couler en revanche tant de pleurs chrétiens

derrière eux, et de si terribles pleurs qu'on aurait pu croire vraiment

que la Mer rouge s'était élancée à leur poursuite... et c'est pourquoi

l'Église avait le courage de prier pour eux d'un coeur déchiré.

Le Salut par les Juifs · 第 38 / 51 题