Dites-vous bien qu'à ce moment, _il voyait MES LARMES!_

Ces larmes étroitement apparentées à son Humanité sainte et armées alors

contre lui de la toute-puissance d'impétration pour un univers frappé de

folie, s'élevèrent comme un grand nombre de vagues autour de sa Croix

solitaire...

Avant que tout fût consommé, quand toutes les prophéties

anciennes avaient achevé d'engendrer leurs effroyables

accomplissements,--lorsqu'après quatre fois mille ans d'humiliation,

la Femme est enfin _debout_, devant l'Arbre de vie, les pieds sur la

tête du Serpent et le front dans les douze étoiles,--toute la

descendance misérable du premier Désobéissant, magnifiée par ma

Compassion, apparut dans la splendeur de mes larmes.

Le Calice d'amertume infinie que Jésus priait son Père d'écarter de lui,

sous les oliviers, et qui épouvantait son Ame sacrée jusqu'à la Sueur de

sang et jusqu'à l'Agonie, il fallait maintenant le boire de la main de

Celle qu'il avait choisie dès le commencement pour être le ministre sans

tache de la plus cruelle partie de son Supplice.

Puisqu'il s'était plaint d'avoir soif, il fallait bien qu'il le vidât

jusqu'à la dernière goutte, et il ne devait lui être permis d'expirer

que lorsque toutes les larmes des générations seraient sorties de ce

véritable _Calice de son Agonie_ qui était Mon Coeur!

L'Ange qui l'avait assisté la veille s'était enfui vers le ciel, son

Père venait de l'abandonner, la sentence rigoureuse: «Malheur à celui

qui est seul», se réalisait en lui d'une manière infinie et sans

exemple.

Sa Mère elle-même lui était devenue comme une étrangère, depuis qu'il

s'en était dépouillé pour son disciple, avant de demander à boire.

Il était désormais seul à seule et face à face avec Judith, comme un

Holopherne cloué dans le lit de sa perdition.[23]

[23] _Épître de la messe des Sept Douleurs._

Le soleil déjà s'obscurcissait pour échapper à l'horreur de cette

confrontation silencieuse et les morts commençaient à se démener dans

leurs sépultures...

--Buvez, mon Fils,--disaient les voix désolées de mon abîme,--buvez ces

larmes de tristesse et ces larmes de colère. Le fiel n'avait pas assez

d'amertume et le vinaigre n'avait pas assez d'acidité pour éteindre une

soif pareille à la vôtre.

Buvez ces larmes d'orphelins, de veuves et d'exilés;

Buvez ces larmes d'adultères, de parricides et de désespérés;

Buvez encore ceci qui est l'océan des larmes de l'Avarice, de la

Concupiscence charnelle et de l'Orgueil;

Buvez enfin ces larmes d'_argent_ qui seront désormais l'unique

patrimoine en Israël, et qu'un jour la dérision sacrilège des faux

chrétiens répandra sur le catafalque vermiculeux de la vanité des morts.

Tout cela, c'est ce que le Peuple de Dieu a gardé pour le

rafraîchissement de votre seconde Agonie, et c'est par moi qu'il vous

l'offre, parce que c'est moi que vous désignâtes cruellement pour vous

en abreuver avant votre dernier souffle.

Vous avez dit que «ceux qui pleurent sont bienheureux», et c'est parce

que je pleure les larmes de toutes les générations que «toutes les

générations m'appelleront Bienheureuse».

Je n'avais parlé que _six_ fois dans l'Évangile. Telle fut ma Septième

Parole, inentendue de l'Évangéliste à ma droite et de Madeleine à ma

gauche, mais à laquelle répondit le cri puissant du _Consummatum_.

Jésus baissa sa Tête effrayante pour que la Mort pût s'approcher...

Et le Voile du Temple fut déchiré du haut en bas, comme la robe de

Caïphe ou le ventre du Proditeur,--pour exprimer que les Juifs cruels

n'auraient plus que des tabernacles déserts.

Le Salut par les Juifs · 第 35 / 51 题