En voilà donc tout à fait assez.
Je le répète, il n'entre pas dans ma pensée, ni dans mon sujet,
d'insister particulièrement sur ce personnage dont le triomphe eût pu
être plus grand encore sans le ridicule déconcertant de sa vanité de
pion parvenu, et qui, d'ailleurs, vient d'être frappé durement par un
rigoureux arrêt de cour d'assises.[2]
[2] _Le Salut par les Juifs_ a été écrit en 1892.
Mais comment ne pas le nommer au moment d'aborder cette incomparable
question d'Israël qu'il se glorifie sottement d'avoir abaissée jusqu'au
niveau cérébral des bourgeois les plus imbéciles?
Je dois être peu soupçonnable d'amour tendre pour les descendants
actuels de cette race fameuse. Voici, pour commencer, ce que j'écrivais,
il y a six ans, dans un livre de colère que l'hostilité générale
s'efforça d'étouffer par tous les moyens imaginables.
«Le Moyen Age, disais-je en parlant des Juifs, avait le bon sens de les
cantonner dans des chenils réservés et de leur imposer une défroque
spéciale qui permît à chacun de les éviter. Quand on avait absolument
affaire à ces puants, on s'en cachait comme d'une infamie et on se
purifiait ensuite comme on pouvait. La honte et le péril de leur contact
était l'antidote chrétien de leur pestilence, puisque Dieu tenait à la
perpétuité d'une telle vermine.
«Aujourd'hui que le christianisme a l'air de râler sous le talon de ses
propres croyants et que l'Église a perdu tout crédit, on s'indigne
bêtement de voir en eux les maîtres du monde, et les contradicteurs
enragés de la Tradition apostolique sont les premiers à s'en étonner. On
prohibe le désinfectant et on se plaint d'avoir des punaises. Telle est
l'idiotie caractéristique des temps modernes.»[3]
[3] _Le Désespéré_, p. 201. Édition Soirat, la seule recommandée par
l'auteur.
Je ne vois pas le moyen de changer un quart de ligne à cette page
gracieuse. Plus que jamais il est clair pour moi que la société
chrétienne est empuantie d'une bien dégoûtante engeance et c'est
terrible de savoir qu'elle est _perpétuelle_ par la volonté de Dieu.
Au double point de vue moral et physique, le Youtre moderne paraît être
le confluent de toutes les hideurs du monde.
V
Me trouvant à Hambourg, l'an passé, j'eus, à l'instar des voyageurs les
plus ordinaires, la curiosité de voir le Marché des Juifs.
La surprenante abjection de cet emporium de détritus emphytéotiques est
difficilement exprimable. Il me sembla que tout ce qui peut dégoûter de
vivre était l'objet du trafic de ces mercantis impurs dont les
hurlements _obséquieux_ m'accrochaient, me cramponnaient, se collaient à
moi physiquement, m'infligeant comme le malaise fantastique d'une espèce
de flabellation gélatineuse.
Et toutes ces faces de lucre et de servitude avaient la même estampille
redoutable qui veut dire si clairement le Mépris, le Rassasiement divin,
l'irrévocable Séparation d'avec les autres mortels, et qui les fait si
profondément identiques en n'importe quel district du globe.
Car c'est une loi singulière que ce peuple d'anathèmes n'ait pu assumer
la réprobation collective dont il s'honore qu'au prix fabuleux du
_protagonisme_ éventuel de l'individu. La Race rejetée n'a jamais pu
produire aucune sorte de César.
C'est pour cela que je me défie de la tradition ingénieuse, mais peu
connue, j'imagine, qui donne des Hébreux pour ancêtres au peuple
romain et remplace les compagnons d'Énée par une colonie de
Benjamites,--expliquant la _Louve_ des deux Jumeaux fondateurs par
l'inscrutable prédiction d'Israël mourant: «_Benjamin LUPUS rapax, mane
comedet prædam et vespere dividet spolia._ Benjamin, loup rapace, au
matin mangera la proie et au vêpre divisera les dépouilles.»[4]
[4] _Genèse_, chap. 49, v. 27.
Les immondes fripiers de Hambourg étaient bien, vraiment, de cette
homogène famille de ménechmes avaricieux en condition chez tous les
malpropres démons de l'identité judaïque, telle qu'on la voit grouiller
le long du Danube, en Pologne, en Russie, en Allemagne, en Hollande, en
France même, déjà, et dans toute l'Afrique septentrionale où les Arabes,
quelquefois, en font un odieux mastic bon à frotter les moutons galeux.
Mais où ma nausée, je l'avoue, dépassa toute conjecture et tout espoir,
ce fut à l'apparition des Trois Vieillards!...