Le lendemain 27 février, comprenant enfin que les deux maréchaux,

maintenant réunis à la Ferté-sous-Jouarre, devaient avoir grand souci

de gagner Meaux afin de se retrouver sur la route de Paris, il dirigea

Sacken par sa gauche sur Meaux même, et poussa Kleist droit devant lui

sur Sammeron, pour y franchir la Marne au moyen d'un équipage de pont

qu'il traînait à sa suite. Outre le motif d'intercepter la route de

Paris sur l'une et l'autre rive de la Marne, il avait celui de passer

cette rivière avec le gros de ses forces, et de s'en couvrir, dans le

cas fort probable où Napoléon abandonnerait l'armée de Bohême pour

courir après l'armée de Silésie.

[En marge: Les deux maréchaux profitent du temps perdu par Blucher

pour se rendre à Meaux.]

Mais les deux maréchaux français étaient plus alertes que Blucher, et

tandis qu'il avait à peine arrêté ses résolutions le 27 au matin, ils

étaient à ce même moment en pleine marche sur Meaux, afin de reprendre

leurs communications avec Paris, que le besoin urgent d'opérer leur

jonction les avait contraints de négliger un instant. Ils ne

comptaient pas à eux deux, après leurs fatigues et leurs pertes, plus

de 14 mille hommes, d'excellente qualité, il est vrai, mais c'était

bien peu pour se faire jour à travers une armée de 50 mille ennemis,

qu'ils pouvaient trouver sur la route de Meaux. Heureusement, ils s'y

prirent pour réussir avec autant d'adresse que de promptitude.

La Marne entre la Ferté-sous-Jouarre et Meaux décrit une multitude de

contours, dont la route de Paris rencontre le bord, comme une tangente

touchant successivement à plusieurs cercles. (Voir la carte nº 62.) À

Trilport cette route rencontre l'un de ces contours, franchit la

Marne, et vient ensuite aboutir à Meaux. Les deux maréchaux étaient

partis bien avant le jour, pour atteindre le pont de Trilport,

l'occuper, traverser la Marne, et s'emparer de Meaux. De plus, voulant

aussi occuper la route de Paris qui suit la rive droite de la Marne,

ils avaient jeté le général Vincent sur cette rive, par le pont de la

Ferté-sous-Jouarre, et lui avaient ordonné d'aller se placer derrière

l'Ourcq, qui, aux environs de Lizy, s'approche très-près de la Marne

sans s'y réunir pourtant, et forme avec elle une ligne de défense

presque continue. Établis ainsi derrière la Marne et l'Ourcq, la

droite à Meaux, la gauche à Lizy, ils pouvaient contenir l'ennemi

pendant trois ou quatre jours, recevoir dans l'intervalle des renforts

de Paris, et attendre, sans courir de trop grands périls, l'arrivée de

Napoléon, qui ne manquerait pas de voler à leur secours dès qu'il

connaîtrait leur situation.

[En marge: Marmont entre à Meaux au moment où les Russes allaient y

pénétrer; il les repousse et ferme sur eux les portes de la ville.]

Ces dispositions excellentes furent aussi bien exécutées que bien

conçues. Le 27 au matin, avant que Blucher pût s'apercevoir de leur

mouvement, les deux maréchaux se glissant pour ainsi dire entre

l'ennemi et la Marne, par la route de la rive gauche qui est tangente

aux divers contours de cette rivière, la franchirent au pont de

Trilport, laissèrent la division Ricard pour défendre ce pont, et se

portèrent à Meaux. Tandis que le maréchal Marmont, la Marne franchie,

arrivait à Meaux par la rive droite, le général Sacken y arrivait par

la rive gauche, et déjà même quelques détachements russes avaient

pénétré dans la ville au midi, lorsque le maréchal fondit sur eux à

la tête de 200 hommes, les repoussa, et ferma sur eux les portes.

Au même moment le général Vincent avait passé la Marne à la

Ferté-sous-Jouarre, et avait pris position à Lizy, derrière l'Ourcq.

[En marge: Les maréchaux ayant réussi à se sauver, appellent Napoléon

à leur secours.]

Les deux maréchaux étaient ainsi parvenus avec 14 mille hommes

seulement à se soustraire à 50 mille, et Blucher, qui aurait dû les

enlever l'un et l'autre, avait la confusion de les voir établis sains

et saufs derrière la Marne et l'Ourcq, et la position, de

très-périlleuse qu'elle était pour eux, allait maintenant le devenir

pour lui. Ce mouvement terminé le 27 février, les maréchaux

renouvelèrent à Napoléon l'avis de ce qu'ils avaient fait, et à Joseph

la demande de tous les renforts qu'il serait possible de leur envoyer

de Paris. Il s'agissait en effet de sauver la capitale encore une

fois, et on ne pouvait pas employer plus utilement les ressources

qu'elle contenait, qu'en les dirigeant immédiatement sur Meaux.

[En marge: Napoléon quitte Troyes en toute hâte, et se porte sur la

Marne, afin de poursuivre Blucher.]

Napoléon, informé dès le 25 du mouvement de Blucher sur la Marne, et

connaissant le caractère présomptueux de ce général, ne doutait pas

des imprudences qu'il allait commettre, et se préparait à les lui

faire payer cher[15]. Sans perdre un instant, il avait ordonné au

maréchal Victor, qui était resté entre Troyes et Méry, de rétablir le

pont de Méry sur la Seine, et de se porter à Plancy, pour y passer

l'Aube. Il avait prescrit au maréchal Ney de quitter Troyes et de

s'acheminer sur Aubeterre, pour franchir l'Aube à Arcis. Sa résolution

était de quitter Troyes clandestinement avec 34 ou 35 mille hommes,

d'en laisser à peu près autant devant cette ville, et de se jeter sur

les derrières de Blucher, pour l'acculer contre la Marne, où les

maréchaux Marmont et Mortier le recevraient à la pointe de leurs

baïonnettes.

[Note 15: Le duc de Raguse, ignorant comme toujours les

motifs de Napoléon, et le jugeant très-légèrement, lui

reproche de n'être parti que le 27, tandis qu'il lui avait

fait arriver le 24 l'avis du mouvement de Blucher, et

prétend que s'il avait agi deux jours plus tôt, la perte de

l'armée de Silésie eût été certaine. La correspondance

répond péremptoirement à ce reproche. L'avis du mouvement de

Blucher envoyé le 24 de Sézanne ne parvint à Napoléon que le

25, et le 25 même il fit partir Victor de Méry pour Plancy,

Ney de Troyes pour Aubeterre. Il n'y eut donc pas une heure

de perdue. Le 26, quand l'intention de Blucher fut bien

démontrée, Napoléon continua ce mouvement, et il ne partit

que le 27 de sa personne, parce qu'il devait donner à ses

troupes le temps de marcher. L'avis étant arrivé le 25, le

27 ses troupes étaient rendues à Herbisse au delà de l'Aube.

On ne pouvait donc pas agir plus vite, et quand on sait

quelle sûreté de jugement, quelle vigueur de caractère il

faut à la guerre pour prendre ses résolutions sur-le-champ,

surtout dans une position aussi grave que celle où se

trouvait Napoléon, position où le premier faux mouvement

devait le perdre, on ne peut trop admirer la précision, la

vigueur de conduite d'un capitaine, qui, une heure après

avoir reçu un avis, met ses troupes en marche, et ne reste

en arrière de sa personne que pour cacher plus longtemps ses

projets à l'ennemi, et donner, pendant que ses troupes

cheminent, des ordres qui embrassent à la fois la direction

de toutes les armées et le gouvernement d'un vaste empire.]

Le 26 au matin, les premiers renseignements s'étant confirmés, il fit

partir de Troyes le reste de la garde, et résolut de partir lui-même

le lendemain pour diriger ce nouveau mouvement, qui, s'il réussissait,

pouvait terminer la guerre.

[En marge: Précautions prises pour la défense de l'Aube et de la Seine

pendant l'absence de Napoléon.]

En prenant cette résolution, il fallait laisser en avant de Troyes des

forces capables d'imposer au prince de Schwarzenberg. Napoléon confia

aux maréchaux Oudinot et Macdonald, et au général Gérard, le soin de

défendre l'Aube, en cachant son absence le plus longtemps possible. Le

maréchal Oudinot avait, outre la division Rothenbourg de la jeune

garde, la division Leval tirée d'Espagne, la moitié de la division

Boyer (également tirée d'Espagne), et la cavalerie du comte de Valmy.

Le maréchal Macdonald avait le 11e corps avec la cavalerie de Milhaud;

le général Gérard avait le 2e corps fondu avec la réserve de Paris, et

les cuirassiers de Saint-Germain. Le tout formait une masse d'un peu

plus de 30 mille hommes. Napoléon leur ordonna de rejeter les postes

ennemis au delà de l'Aube, et d'occuper fortement le cours de cette

rivière, soit au-dessus, soit au-dessous de Bar-sur-Aube. Il leur

recommanda notamment de faire après son départ crier _Vive

l'Empereur_, pour qu'on ne doutât pas de sa présence.

Il emmena le maréchal Victor avec les divisions de jeunes garde Boyer

et Charpentier, Ney avec les divisions de jeunes garde Meunier et

Curial, et la deuxième brigade de la division Boyer (d'Espagne),

Friant avec la vieille garde, Drouot avec la réserve d'artillerie, et

enfin 9 à 10 mille hommes de cavalerie, soit de la garde, soit des

dragons d'Espagne, le tout s'élevant, comme nous venons de le dire, à

35 mille hommes. Par sa réunion aux maréchaux Mortier et Marmont, il

devait en avoir bien près de 50 mille.

[En marge: Quelques mesures d'administration militaire prises par

Napoléon avant de se mettre en marche.]

Avant de quitter Troyes, il prit, suivant son habitude, diverses

mesures relatives à l'administration militaire et à la politique. La

conscription, qui au lieu des six cent mille hommes décrétés, en avait

procuré 120 mille, finissait par ne plus rien fournir du tout. On

profitait en effet du profond ébranlement imprimé à l'autorité

impériale pour ne point obéir à une loi universellement détestée. Au

lieu de quatre à cinq mille conscrits qui jusqu'alors arrivaient

quotidiennement à Paris, et qu'on versait à la hâte dans les cadres de

la garde ou de la ligne, il n'en arrivait pas mille. Tout au

contraire, dans les départements que l'ennemi avait traversés,

l'exaspération patriotique était au comble, et on y pouvait trouver

des recrues en assez grand nombre et de très-bonne volonté. Napoléon

ordonna une sorte de levée en masse dans les départements envahis,

sous le prétexte d'appeler dans ces départements les gardes nationales

à la défense du pays, et ne voulant pas laisser les hommes dans les

cadres des gardes nationales qui n'avaient pas grande valeur, il les

fit verser dans les régiments de ligne, avec promesse de libération

dès que l'ennemi serait rejeté au delà des frontières. Il réitéra la

pressante recommandation de lui envoyer des vivres à Nogent par la

Seine, et de plus un équipage de pont, sans lequel tous ses mouvements

étaient aussi difficiles qu'en pays étranger. À ces ordres il ajouta

la recommandation, souvent adressée à sa femme, à son frère Joseph, à

l'archichancelier Cambacérès, au ministre de la guerre, de n'avoir pas

peur, du moins de ne pas le laisser paraître, d'exécuter promptement

et ponctuellement ses instructions, et puis, comme il avait coutume de

le dire, _de le laisser faire_, promettant, si on le secondait,

d'avoir bientôt précipité la coalition dans le Rhin.

[En marge: Réponse dilatoire aux plénipotentiaires de Châtillon, de

manière à prolonger les négociations.]

Les commissaires pour l'armistice, réunis depuis le 24 à Lusigny,

n'avaient pas cessé de disputer sur la limite qui séparerait les

armées belligérantes. Napoléon en partant enjoignit à M. de Flahaut de

continuer les pourparlers, et de céder même sur divers points,

moyennant que la place d'Anvers et la ville de Chambéry fussent

comprises dans la ligne de démarcation. Quoiqu'il n'attendît rien de

ces pourparlers, il ne voulait se fermer aucune voie de négociation.

M. de Caulaincourt lui conseillait toujours l'abandon d'une partie des

bases de Francfort, et lui demandait un contre-projet, que les

plénipotentiaires à Châtillon réclamaient avec instance, conformément

aux ordres venus de Chaumont. Napoléon dicta une réponse pour ces

plénipotentiaires. M. de Caulaincourt devait dire qu'on élaborait au

quartier général le contre-projet désiré, mais qu'au milieu de

mouvements militaires si multipliés, il n'était pas étonnant que

l'Empereur des Français, qui était à la fois chef de gouvernement et

chef d'armée, n'eût pas trouvé le temps d'achever un semblable

travail. Il devait déclarer, en attendant, que le projet présenté à

Châtillon étant non un traité de paix mais une capitulation, on ne

l'accepterait jamais; que la France devait dans l'intérêt général

conserver son ancienne situation en Europe; que pour qu'il en fût

ainsi, il fallait qu'elle reçût l'équivalent des extensions de

territoire acquises par la Prusse, la Russie et l'Autriche, aux dépens

de la Pologne, par l'Allemagne aux dépens des États ecclésiastiques,

par l'Autriche aux dépens de Venise, par l'Angleterre aux dépens des

Hollandais et des princes indiens; que la France devait donc s'étendre

fort au delà des limites de 1790, que de plus elle ne consentirait

jamais à ce qu'on décidât sans elle du sort des États qu'elle aurait

cédés. De la sorte Napoléon indiquait sur quelles bases il se

proposait de négocier, mais sans s'expliquer avec précision sur les

frontières qu'il prétendait conserver, ce qu'il ne voulait faire

qu'après de nouveaux succès entièrement décisifs. Il recommanda au duc

de Vicence de donner à croire qu'il était toujours à Troyes, occupé à

y réunir des ressources, et à y préparer un projet de traité en

réponse à celui de Châtillon. Il voulut de plus que le conseil de

régence, composé des grands dignitaires et des ministres, examinât les

propositions de Châtillon, et en donnât son avis. Il se flattait que

chez tous les membres du conseil le sentiment serait celui de

l'indignation.

[En marge: Napoléon vient coucher à Herbisse le 27 février.]

Ayant expédié ces affaires si diverses et si graves, Napoléon partit

de Troyes bien secrètement, le 27 février au matin, franchit l'Aube à

Arcis, et suivant de près ses colonnes, vint coucher à Herbisse, chez

un pauvre curé de campagne, qui n'avait à lui offrir qu'un modeste

presbytère, mais qui l'offrit cordialement, tant à lui qu'à son

nombreux état-major. Après un repas frugal et gai on passa la nuit

sur des chaises, des tables ou de la paille, comptant que cette

nouvelle course sur les derrières de Blucher serait aussi fructueuse

que la précédente. Tout le faisait espérer, et Napoléon sans

présomption pouvait se le promettre.

[Date en marge: Mars 1814.]

[En marge: Marche le 28 sur la Ferté-sous-Jouarre.]

[En marge: Motifs pour adopter cette direction.]

Le lendemain 28 février, il continua sa marche. Il avait à choisir

entre deux partis, ou de suivre Blucher par Sézanne et la

Ferté-sous-Jouarre sur Meaux (voir la carte nº 62), ou de se porter

directement par Fère-Champenoise sur Château-Thierry. En adoptant

cette dernière direction, il avait l'avantage de se placer sur les

plus importantes communications de Blucher, de manière à le couper à

la fois de Châlons et de Soissons, et à le séparer de Bulow et de

Wintzingerode. Mais il y avait dans cette manière d'opérer plus d'un

danger, c'était de laisser les maréchaux Marmont et Mortier trop

longtemps aux prises avec Blucher devant Meaux, de livrer à celui-ci

la principale route de Paris, et enfin de lui fournir une ligne de

retraite qui valait bien celle de Châlons ou de Soissons, nous voulons

parler de celle de Meaux à Provins, qui lui permettrait de se replier

en cas de péril sur le prince de Schwarzenberg. Suivre Blucher tout

simplement par Sézanne, la Ferté-Gaucher et la Ferté-sous-Jouarre,

était donc le parti le plus sûr, soit pour lui enlever la grande route

de Paris, soit pour secourir plus promptement les deux maréchaux, soit

enfin pour lui infliger un traitement assez semblable à celui qu'on

lui avait fait essuyer à Montmirail et à Champaubert, car s'il voulait

gagner la Seine pour rejoindre le prince de Schwarzenberg, on l'y

précéderait; s'il se jetait derrière la Marne pour s'en couvrir, on

l'y suivrait, et on l'enfermerait entre la Marne et l'Aisne, sans lui

laisser aucun moyen d'en sortir, des précautions ayant été prises pour

la conservation de Soissons. Ainsi Napoléon, en exécutant une

manoeuvre hardie, choisit en même temps la direction la plus sûre, car

il avait l'art suprême de garder dans la hardiesse la mesure qui la

séparait de l'imprudence, d'être en un mot audacieux et sage.

Malheureusement, ce n'était qu'à la guerre qu'il savait allier ces

contraires.

[En marge: Blucher après avoir tardivement passé la Marne, perd le

temps à attaquer la position des maréchaux Marmont et Mortier sur

l'Ourcq.]

Il marcha donc le 28 au matin avec ses trente-cinq mille hommes par

Sézanne sur la Ferté-Gaucher et la Ferté-sous-Jouarre. Quelque

diligence qu'il mît à franchir les distances, il ne put arriver à la

Ferté-Gaucher dans la journée, et passa la nuit entre Sézanne et la

Ferté-Gaucher. Le lendemain, 1er mars, il alla coucher à Jouarre, et

le 2, de très-grand matin, il parvint à la Ferté-sous-Jouarre. Pendant

la marche de Napoléon sur la Marne, Blucher qui avait fini par

entrevoir le danger de sa position, n'avait pas déployé pour s'en

tirer la célérité que conseillait la plus simple prudence. Il avait

d'abord voulu mettre la Marne entre Napoléon et lui, avait passé cette

rivière à la Ferté-sous-Jouarre dont il était resté maître depuis la

retraite de Marmont et de Mortier, avait détruit le pont de cette

ville, et était venu s'établir le long de l'Ourcq, pour essayer de

forcer la position des deux maréchaux, pendant que Napoléon, contenu

par la Marne serait obligé de le regarder faire. C'était là une grande

imprudence, car la Marne ne pouvait pas arrêter Napoléon plus de

trente-six heures, et si, pour des tentatives infructueuses, Blucher

se laissait attarder sur les bords de l'Ourcq, il s'exposait à être

pris à revers, et acculé entre la Marne et l'Aisne dans un véritable

coupe-gorge. Les choses s'étaient en effet passées de la sorte, et

tandis que Napoléon s'avançait en toute hâte, Blucher perdait le temps

en vains efforts contre la ligne de l'Ourcq. Il avait tenté de porter

le corps de Kleist au delà de l'Ourcq, mais Marmont et Mortier, se

jetant sur Kleist, l'avaient contraint de repasser ce cours d'eau

après une perte considérable. Tandis que les deux maréchaux

maintenaient ainsi leur position, Joseph leur envoyait des renforts

consistant en 7 mille fantassins et 1,500 cavaliers soit de la garde,

soit de la ligne. Ils avaient incorporé ces troupes le 1er mars, et le

2, en voyant arriver Napoléon sur la Marne, ils se tenaient prêts à

agir selon ses ordres.

[En marge: N'ayant pu forcer la position de l'Ourcq, Blucher prend le

parti de se retirer sur l'Aisne.]

[En marge: Extrême danger de sa position.]

Blucher, placé au delà de la Marne et le long de l'Ourcq qu'il n'avait

pu forcer, se trouvait donc entre les deux maréchaux qui défendaient

l'Ourcq et Napoléon qui s'apprêtait à franchir la Marne. Il avait les

meilleures raisons de se hâter, car à tout moment le danger allait

croissant. Néanmoins, il s'obstina, et perdit la journée entière du 2

mars à tâter la ligne de l'Ourcq, pour voir s'il ne pourrait pas

battre les maréchaux sous les yeux mêmes de Napoléon arrêté par

l'obstacle de la Marne. Ayant rencontré une vaillante résistance sur

tous les points de l'Ourcq, il prit enfin le parti de décamper le 3 au

matin pour se rapprocher de l'Aisne, et se réunir ou à Bulow qui

arrivait par Soissons, ou à Wintzingerode qui arrivait par Reims.

(Voir la carte nº 62.) Mais il allait se trouver entre la Marne que

Napoléon devait avoir bientôt franchie, et l'Aisne sur laquelle il n'y

avait à sa portée que le pont de Soissons dont nous étions maîtres; de

plus le pays entre la Marne et l'Aisne qu'il devait traverser, était

marécageux, et devenu presque impraticable par suite d'un dégel subit.

Sa situation était donc des plus alarmantes, grâce à son imprudence et

aux profonds calculs de son adversaire.

[En marge: Impatience qu'éprouve Napoléon de passer la Marne.]

[En marge: En s'apercevant que les alliés négligent les places pour

amener en ligne de plus grandes forces actives, Napoléon imagine un

nouveau plan.]

[En marge: Ce plan consiste à tirer des places une partie des

garnisons, de les réunir entre Rethel et Nancy, et d'aller les rallier

à Nancy.]

[En marge: Après s'être ainsi renforcé, Napoléon devait, à la tête

d'une armée de cent mille hommes, tomber sur les derrières du prince

de Schwarzenberg.]

[En marge: Probabilité d'un succès décisif.]

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 17/20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 31 / 65 段