maintenant réunis à la Ferté-sous-Jouarre, devaient avoir grand souci
de gagner Meaux afin de se retrouver sur la route de Paris, il dirigea
Sacken par sa gauche sur Meaux même, et poussa Kleist droit devant lui
sur Sammeron, pour y franchir la Marne au moyen d'un équipage de pont
qu'il traînait à sa suite. Outre le motif d'intercepter la route de
Paris sur l'une et l'autre rive de la Marne, il avait celui de passer
cette rivière avec le gros de ses forces, et de s'en couvrir, dans le
cas fort probable où Napoléon abandonnerait l'armée de Bohême pour
courir après l'armée de Silésie.
[En marge: Les deux maréchaux profitent du temps perdu par Blucher
pour se rendre à Meaux.]
Mais les deux maréchaux français étaient plus alertes que Blucher, et
tandis qu'il avait à peine arrêté ses résolutions le 27 au matin, ils
étaient à ce même moment en pleine marche sur Meaux, afin de reprendre
leurs communications avec Paris, que le besoin urgent d'opérer leur
jonction les avait contraints de négliger un instant. Ils ne
comptaient pas à eux deux, après leurs fatigues et leurs pertes, plus
de 14 mille hommes, d'excellente qualité, il est vrai, mais c'était
bien peu pour se faire jour à travers une armée de 50 mille ennemis,
qu'ils pouvaient trouver sur la route de Meaux. Heureusement, ils s'y
prirent pour réussir avec autant d'adresse que de promptitude.
La Marne entre la Ferté-sous-Jouarre et Meaux décrit une multitude de
contours, dont la route de Paris rencontre le bord, comme une tangente
touchant successivement à plusieurs cercles. (Voir la carte nº 62.) À
Trilport cette route rencontre l'un de ces contours, franchit la
Marne, et vient ensuite aboutir à Meaux. Les deux maréchaux étaient
partis bien avant le jour, pour atteindre le pont de Trilport,
l'occuper, traverser la Marne, et s'emparer de Meaux. De plus, voulant
aussi occuper la route de Paris qui suit la rive droite de la Marne,
ils avaient jeté le général Vincent sur cette rive, par le pont de la
Ferté-sous-Jouarre, et lui avaient ordonné d'aller se placer derrière
l'Ourcq, qui, aux environs de Lizy, s'approche très-près de la Marne
sans s'y réunir pourtant, et forme avec elle une ligne de défense
presque continue. Établis ainsi derrière la Marne et l'Ourcq, la
droite à Meaux, la gauche à Lizy, ils pouvaient contenir l'ennemi
pendant trois ou quatre jours, recevoir dans l'intervalle des renforts
de Paris, et attendre, sans courir de trop grands périls, l'arrivée de
Napoléon, qui ne manquerait pas de voler à leur secours dès qu'il
connaîtrait leur situation.
[En marge: Marmont entre à Meaux au moment où les Russes allaient y
pénétrer; il les repousse et ferme sur eux les portes de la ville.]
Ces dispositions excellentes furent aussi bien exécutées que bien
conçues. Le 27 au matin, avant que Blucher pût s'apercevoir de leur
mouvement, les deux maréchaux se glissant pour ainsi dire entre
l'ennemi et la Marne, par la route de la rive gauche qui est tangente
aux divers contours de cette rivière, la franchirent au pont de
Trilport, laissèrent la division Ricard pour défendre ce pont, et se
portèrent à Meaux. Tandis que le maréchal Marmont, la Marne franchie,
arrivait à Meaux par la rive droite, le général Sacken y arrivait par
la rive gauche, et déjà même quelques détachements russes avaient
pénétré dans la ville au midi, lorsque le maréchal fondit sur eux à
la tête de 200 hommes, les repoussa, et ferma sur eux les portes.
Au même moment le général Vincent avait passé la Marne à la
Ferté-sous-Jouarre, et avait pris position à Lizy, derrière l'Ourcq.
[En marge: Les maréchaux ayant réussi à se sauver, appellent Napoléon
à leur secours.]
Les deux maréchaux étaient ainsi parvenus avec 14 mille hommes
seulement à se soustraire à 50 mille, et Blucher, qui aurait dû les
enlever l'un et l'autre, avait la confusion de les voir établis sains
et saufs derrière la Marne et l'Ourcq, et la position, de
très-périlleuse qu'elle était pour eux, allait maintenant le devenir
pour lui. Ce mouvement terminé le 27 février, les maréchaux
renouvelèrent à Napoléon l'avis de ce qu'ils avaient fait, et à Joseph
la demande de tous les renforts qu'il serait possible de leur envoyer
de Paris. Il s'agissait en effet de sauver la capitale encore une
fois, et on ne pouvait pas employer plus utilement les ressources
qu'elle contenait, qu'en les dirigeant immédiatement sur Meaux.
[En marge: Napoléon quitte Troyes en toute hâte, et se porte sur la
Marne, afin de poursuivre Blucher.]
Napoléon, informé dès le 25 du mouvement de Blucher sur la Marne, et
connaissant le caractère présomptueux de ce général, ne doutait pas
des imprudences qu'il allait commettre, et se préparait à les lui
faire payer cher[15]. Sans perdre un instant, il avait ordonné au
maréchal Victor, qui était resté entre Troyes et Méry, de rétablir le
pont de Méry sur la Seine, et de se porter à Plancy, pour y passer
l'Aube. Il avait prescrit au maréchal Ney de quitter Troyes et de
s'acheminer sur Aubeterre, pour franchir l'Aube à Arcis. Sa résolution
était de quitter Troyes clandestinement avec 34 ou 35 mille hommes,
d'en laisser à peu près autant devant cette ville, et de se jeter sur
les derrières de Blucher, pour l'acculer contre la Marne, où les
maréchaux Marmont et Mortier le recevraient à la pointe de leurs
baïonnettes.
[Note 15: Le duc de Raguse, ignorant comme toujours les
motifs de Napoléon, et le jugeant très-légèrement, lui
reproche de n'être parti que le 27, tandis qu'il lui avait
fait arriver le 24 l'avis du mouvement de Blucher, et
prétend que s'il avait agi deux jours plus tôt, la perte de
l'armée de Silésie eût été certaine. La correspondance
répond péremptoirement à ce reproche. L'avis du mouvement de
Blucher envoyé le 24 de Sézanne ne parvint à Napoléon que le
25, et le 25 même il fit partir Victor de Méry pour Plancy,
Ney de Troyes pour Aubeterre. Il n'y eut donc pas une heure
de perdue. Le 26, quand l'intention de Blucher fut bien
démontrée, Napoléon continua ce mouvement, et il ne partit
que le 27 de sa personne, parce qu'il devait donner à ses
troupes le temps de marcher. L'avis étant arrivé le 25, le
27 ses troupes étaient rendues à Herbisse au delà de l'Aube.
On ne pouvait donc pas agir plus vite, et quand on sait
quelle sûreté de jugement, quelle vigueur de caractère il
faut à la guerre pour prendre ses résolutions sur-le-champ,
surtout dans une position aussi grave que celle où se
trouvait Napoléon, position où le premier faux mouvement
devait le perdre, on ne peut trop admirer la précision, la
vigueur de conduite d'un capitaine, qui, une heure après
avoir reçu un avis, met ses troupes en marche, et ne reste
en arrière de sa personne que pour cacher plus longtemps ses
projets à l'ennemi, et donner, pendant que ses troupes
cheminent, des ordres qui embrassent à la fois la direction
de toutes les armées et le gouvernement d'un vaste empire.]
Le 26 au matin, les premiers renseignements s'étant confirmés, il fit
partir de Troyes le reste de la garde, et résolut de partir lui-même
le lendemain pour diriger ce nouveau mouvement, qui, s'il réussissait,
pouvait terminer la guerre.
[En marge: Précautions prises pour la défense de l'Aube et de la Seine
pendant l'absence de Napoléon.]
En prenant cette résolution, il fallait laisser en avant de Troyes des
forces capables d'imposer au prince de Schwarzenberg. Napoléon confia
aux maréchaux Oudinot et Macdonald, et au général Gérard, le soin de
défendre l'Aube, en cachant son absence le plus longtemps possible. Le
maréchal Oudinot avait, outre la division Rothenbourg de la jeune
garde, la division Leval tirée d'Espagne, la moitié de la division
Boyer (également tirée d'Espagne), et la cavalerie du comte de Valmy.
Le maréchal Macdonald avait le 11e corps avec la cavalerie de Milhaud;
le général Gérard avait le 2e corps fondu avec la réserve de Paris, et
les cuirassiers de Saint-Germain. Le tout formait une masse d'un peu
plus de 30 mille hommes. Napoléon leur ordonna de rejeter les postes
ennemis au delà de l'Aube, et d'occuper fortement le cours de cette
rivière, soit au-dessus, soit au-dessous de Bar-sur-Aube. Il leur
recommanda notamment de faire après son départ crier _Vive
l'Empereur_, pour qu'on ne doutât pas de sa présence.
Il emmena le maréchal Victor avec les divisions de jeunes garde Boyer
et Charpentier, Ney avec les divisions de jeunes garde Meunier et
Curial, et la deuxième brigade de la division Boyer (d'Espagne),
Friant avec la vieille garde, Drouot avec la réserve d'artillerie, et
enfin 9 à 10 mille hommes de cavalerie, soit de la garde, soit des
dragons d'Espagne, le tout s'élevant, comme nous venons de le dire, à
35 mille hommes. Par sa réunion aux maréchaux Mortier et Marmont, il
devait en avoir bien près de 50 mille.
[En marge: Quelques mesures d'administration militaire prises par
Napoléon avant de se mettre en marche.]
Avant de quitter Troyes, il prit, suivant son habitude, diverses
mesures relatives à l'administration militaire et à la politique. La
conscription, qui au lieu des six cent mille hommes décrétés, en avait
procuré 120 mille, finissait par ne plus rien fournir du tout. On
profitait en effet du profond ébranlement imprimé à l'autorité
impériale pour ne point obéir à une loi universellement détestée. Au
lieu de quatre à cinq mille conscrits qui jusqu'alors arrivaient
quotidiennement à Paris, et qu'on versait à la hâte dans les cadres de
la garde ou de la ligne, il n'en arrivait pas mille. Tout au
contraire, dans les départements que l'ennemi avait traversés,
l'exaspération patriotique était au comble, et on y pouvait trouver
des recrues en assez grand nombre et de très-bonne volonté. Napoléon
ordonna une sorte de levée en masse dans les départements envahis,
sous le prétexte d'appeler dans ces départements les gardes nationales
à la défense du pays, et ne voulant pas laisser les hommes dans les
cadres des gardes nationales qui n'avaient pas grande valeur, il les
fit verser dans les régiments de ligne, avec promesse de libération
dès que l'ennemi serait rejeté au delà des frontières. Il réitéra la
pressante recommandation de lui envoyer des vivres à Nogent par la
Seine, et de plus un équipage de pont, sans lequel tous ses mouvements
étaient aussi difficiles qu'en pays étranger. À ces ordres il ajouta
la recommandation, souvent adressée à sa femme, à son frère Joseph, à
l'archichancelier Cambacérès, au ministre de la guerre, de n'avoir pas
peur, du moins de ne pas le laisser paraître, d'exécuter promptement
et ponctuellement ses instructions, et puis, comme il avait coutume de
le dire, _de le laisser faire_, promettant, si on le secondait,
d'avoir bientôt précipité la coalition dans le Rhin.
[En marge: Réponse dilatoire aux plénipotentiaires de Châtillon, de
manière à prolonger les négociations.]
Les commissaires pour l'armistice, réunis depuis le 24 à Lusigny,
n'avaient pas cessé de disputer sur la limite qui séparerait les
armées belligérantes. Napoléon en partant enjoignit à M. de Flahaut de
continuer les pourparlers, et de céder même sur divers points,
moyennant que la place d'Anvers et la ville de Chambéry fussent
comprises dans la ligne de démarcation. Quoiqu'il n'attendît rien de
ces pourparlers, il ne voulait se fermer aucune voie de négociation.
M. de Caulaincourt lui conseillait toujours l'abandon d'une partie des
bases de Francfort, et lui demandait un contre-projet, que les
plénipotentiaires à Châtillon réclamaient avec instance, conformément
aux ordres venus de Chaumont. Napoléon dicta une réponse pour ces
plénipotentiaires. M. de Caulaincourt devait dire qu'on élaborait au
quartier général le contre-projet désiré, mais qu'au milieu de
mouvements militaires si multipliés, il n'était pas étonnant que
l'Empereur des Français, qui était à la fois chef de gouvernement et
chef d'armée, n'eût pas trouvé le temps d'achever un semblable
travail. Il devait déclarer, en attendant, que le projet présenté à
Châtillon étant non un traité de paix mais une capitulation, on ne
l'accepterait jamais; que la France devait dans l'intérêt général
conserver son ancienne situation en Europe; que pour qu'il en fût
ainsi, il fallait qu'elle reçût l'équivalent des extensions de
territoire acquises par la Prusse, la Russie et l'Autriche, aux dépens
de la Pologne, par l'Allemagne aux dépens des États ecclésiastiques,
par l'Autriche aux dépens de Venise, par l'Angleterre aux dépens des
Hollandais et des princes indiens; que la France devait donc s'étendre
fort au delà des limites de 1790, que de plus elle ne consentirait
jamais à ce qu'on décidât sans elle du sort des États qu'elle aurait
cédés. De la sorte Napoléon indiquait sur quelles bases il se
proposait de négocier, mais sans s'expliquer avec précision sur les
frontières qu'il prétendait conserver, ce qu'il ne voulait faire
qu'après de nouveaux succès entièrement décisifs. Il recommanda au duc
de Vicence de donner à croire qu'il était toujours à Troyes, occupé à
y réunir des ressources, et à y préparer un projet de traité en
réponse à celui de Châtillon. Il voulut de plus que le conseil de
régence, composé des grands dignitaires et des ministres, examinât les
propositions de Châtillon, et en donnât son avis. Il se flattait que
chez tous les membres du conseil le sentiment serait celui de
l'indignation.
[En marge: Napoléon vient coucher à Herbisse le 27 février.]
Ayant expédié ces affaires si diverses et si graves, Napoléon partit
de Troyes bien secrètement, le 27 février au matin, franchit l'Aube à
Arcis, et suivant de près ses colonnes, vint coucher à Herbisse, chez
un pauvre curé de campagne, qui n'avait à lui offrir qu'un modeste
presbytère, mais qui l'offrit cordialement, tant à lui qu'à son
nombreux état-major. Après un repas frugal et gai on passa la nuit
sur des chaises, des tables ou de la paille, comptant que cette
nouvelle course sur les derrières de Blucher serait aussi fructueuse
que la précédente. Tout le faisait espérer, et Napoléon sans
présomption pouvait se le promettre.
[Date en marge: Mars 1814.]
[En marge: Marche le 28 sur la Ferté-sous-Jouarre.]
[En marge: Motifs pour adopter cette direction.]
Le lendemain 28 février, il continua sa marche. Il avait à choisir
entre deux partis, ou de suivre Blucher par Sézanne et la
Ferté-sous-Jouarre sur Meaux (voir la carte nº 62), ou de se porter
directement par Fère-Champenoise sur Château-Thierry. En adoptant
cette dernière direction, il avait l'avantage de se placer sur les
plus importantes communications de Blucher, de manière à le couper à
la fois de Châlons et de Soissons, et à le séparer de Bulow et de
Wintzingerode. Mais il y avait dans cette manière d'opérer plus d'un
danger, c'était de laisser les maréchaux Marmont et Mortier trop
longtemps aux prises avec Blucher devant Meaux, de livrer à celui-ci
la principale route de Paris, et enfin de lui fournir une ligne de
retraite qui valait bien celle de Châlons ou de Soissons, nous voulons
parler de celle de Meaux à Provins, qui lui permettrait de se replier
en cas de péril sur le prince de Schwarzenberg. Suivre Blucher tout
simplement par Sézanne, la Ferté-Gaucher et la Ferté-sous-Jouarre,
était donc le parti le plus sûr, soit pour lui enlever la grande route
de Paris, soit pour secourir plus promptement les deux maréchaux, soit
enfin pour lui infliger un traitement assez semblable à celui qu'on
lui avait fait essuyer à Montmirail et à Champaubert, car s'il voulait
gagner la Seine pour rejoindre le prince de Schwarzenberg, on l'y
précéderait; s'il se jetait derrière la Marne pour s'en couvrir, on
l'y suivrait, et on l'enfermerait entre la Marne et l'Aisne, sans lui
laisser aucun moyen d'en sortir, des précautions ayant été prises pour
la conservation de Soissons. Ainsi Napoléon, en exécutant une
manoeuvre hardie, choisit en même temps la direction la plus sûre, car
il avait l'art suprême de garder dans la hardiesse la mesure qui la
séparait de l'imprudence, d'être en un mot audacieux et sage.
Malheureusement, ce n'était qu'à la guerre qu'il savait allier ces
contraires.
[En marge: Blucher après avoir tardivement passé la Marne, perd le
temps à attaquer la position des maréchaux Marmont et Mortier sur
l'Ourcq.]
Il marcha donc le 28 au matin avec ses trente-cinq mille hommes par
Sézanne sur la Ferté-Gaucher et la Ferté-sous-Jouarre. Quelque
diligence qu'il mît à franchir les distances, il ne put arriver à la
Ferté-Gaucher dans la journée, et passa la nuit entre Sézanne et la
Ferté-Gaucher. Le lendemain, 1er mars, il alla coucher à Jouarre, et
le 2, de très-grand matin, il parvint à la Ferté-sous-Jouarre. Pendant
la marche de Napoléon sur la Marne, Blucher qui avait fini par
entrevoir le danger de sa position, n'avait pas déployé pour s'en
tirer la célérité que conseillait la plus simple prudence. Il avait
d'abord voulu mettre la Marne entre Napoléon et lui, avait passé cette
rivière à la Ferté-sous-Jouarre dont il était resté maître depuis la
retraite de Marmont et de Mortier, avait détruit le pont de cette
ville, et était venu s'établir le long de l'Ourcq, pour essayer de
forcer la position des deux maréchaux, pendant que Napoléon, contenu
par la Marne serait obligé de le regarder faire. C'était là une grande
imprudence, car la Marne ne pouvait pas arrêter Napoléon plus de
trente-six heures, et si, pour des tentatives infructueuses, Blucher
se laissait attarder sur les bords de l'Ourcq, il s'exposait à être
pris à revers, et acculé entre la Marne et l'Aisne dans un véritable
coupe-gorge. Les choses s'étaient en effet passées de la sorte, et
tandis que Napoléon s'avançait en toute hâte, Blucher perdait le temps
en vains efforts contre la ligne de l'Ourcq. Il avait tenté de porter
le corps de Kleist au delà de l'Ourcq, mais Marmont et Mortier, se
jetant sur Kleist, l'avaient contraint de repasser ce cours d'eau
après une perte considérable. Tandis que les deux maréchaux
maintenaient ainsi leur position, Joseph leur envoyait des renforts
consistant en 7 mille fantassins et 1,500 cavaliers soit de la garde,
soit de la ligne. Ils avaient incorporé ces troupes le 1er mars, et le
2, en voyant arriver Napoléon sur la Marne, ils se tenaient prêts à
agir selon ses ordres.
[En marge: N'ayant pu forcer la position de l'Ourcq, Blucher prend le
parti de se retirer sur l'Aisne.]
[En marge: Extrême danger de sa position.]
Blucher, placé au delà de la Marne et le long de l'Ourcq qu'il n'avait
pu forcer, se trouvait donc entre les deux maréchaux qui défendaient
l'Ourcq et Napoléon qui s'apprêtait à franchir la Marne. Il avait les
meilleures raisons de se hâter, car à tout moment le danger allait
croissant. Néanmoins, il s'obstina, et perdit la journée entière du 2
mars à tâter la ligne de l'Ourcq, pour voir s'il ne pourrait pas
battre les maréchaux sous les yeux mêmes de Napoléon arrêté par
l'obstacle de la Marne. Ayant rencontré une vaillante résistance sur
tous les points de l'Ourcq, il prit enfin le parti de décamper le 3 au
matin pour se rapprocher de l'Aisne, et se réunir ou à Bulow qui
arrivait par Soissons, ou à Wintzingerode qui arrivait par Reims.
(Voir la carte nº 62.) Mais il allait se trouver entre la Marne que
Napoléon devait avoir bientôt franchie, et l'Aisne sur laquelle il n'y
avait à sa portée que le pont de Soissons dont nous étions maîtres; de
plus le pays entre la Marne et l'Aisne qu'il devait traverser, était
marécageux, et devenu presque impraticable par suite d'un dégel subit.
Sa situation était donc des plus alarmantes, grâce à son imprudence et
aux profonds calculs de son adversaire.
[En marge: Impatience qu'éprouve Napoléon de passer la Marne.]
[En marge: En s'apercevant que les alliés négligent les places pour
amener en ligne de plus grandes forces actives, Napoléon imagine un
nouveau plan.]
[En marge: Ce plan consiste à tirer des places une partie des
garnisons, de les réunir entre Rethel et Nancy, et d'aller les rallier
à Nancy.]
[En marge: Après s'être ainsi renforcé, Napoléon devait, à la tête
d'une armée de cent mille hommes, tomber sur les derrières du prince
de Schwarzenberg.]
[En marge: Probabilité d'un succès décisif.]