Chapitre .xvii.
Ung gantier fault qui nous face des gans
Bons & propices pour ma dame ganter
Les gans servent en yver & doux temps
Les belles mains plaisent a toutes gens
Les gans se doivent songneusement porter
Les mains se doivent tousjours nettes monstrer
Les gantz servent souvent en ce mestier
Gardez les bien vous en avez mestier
Pour cuir avoir yraye en Allemaigne
Pour ses beaulx gantz achever & parfaire
Ou se mieulx sert cuir venant de Champagne
Tout ce ne vault nous irons en Espagne
La pourrons nous assovir nostre affaire
Le cuir est doulx & la viollette flere
Ainsi ma dame & ma tresredoubtee
De cuir d’Espaigne vous en serez gantee
Ses nobles gantz pour y mettre bonté
Quelle vertu leur sera departie
Nous en ferons labeur de charité
C’est la vertu que Dieu a apporté
En rachetant ceste humaine lignie
Par charité voulut prendre la vie
Le doulx Jesus pour l’amour des humains
Charité se doit monstrer a deux mains
Charité est le feu & le tison
Qui brusle cueurs en vertueulx effect
Charité est santé & garison
Laquelle efface peché & mesprison
Sans charité tout bien est imparfaict
Donner pour Dieu est semblant contrefait
Se charité l’aumosne ne presente
Or notez bien ceste leçzon presente
Comme les gantz sont a la main blancheur
Et les gardent de froit & de haslure
Charité vault pour tenir en vigueur
L’ame le corps l’entendement le cueur
Contre peché car vice est leur blessure
Cueur charitable en vertu croist & dure
Sainct Augustin la nomme toute bonne
Par charité Dieu nos meffaitz pardonne
Nobles princesse qui regente & domine
Et toutes femmes soit grande soit petite
Entre vertus cueillez pour fleur divine
La charité & plantez la racine
En vostre cueur comme une chose eslite
C’est la vertu qui sert & qui prouffite
Dieu si adjoinct les anges la convoient
Pour la meilleur des grans vertus qu’il ayent
Charité a telle proprieté
Lis sainct Hierosme il le te approuvera
C’est que le jour que l’on fait charité
Ce que on requiert il sera accepté
Demande a Dieu & il le te donra
La charité en guerdon doublera
Dieu la reçoit si agreablement
Que c’est le fruit de nostre sauvement