Le 22 janvier.
J’ai mérité plus que votre haine, Marie: il faut m’oublier! Si vous
saviez ce que je souffre en vous écrivant cela, vous seriez vengée. Je
meurs deux fois, et mourir ici n’est qu’une évasion, mais mourir dans
votre mémoire!... Il faut m’oublier. Ne vous rappelez ni le poète dont
vous seule avez connu tous les rêves, ni le malheureux qui vous aima
comme le damné l’ange rédempteur. Oui! je vous aimais de cet amour.
Vous m’aviez sauvé, purifié, recréé... Oubliez-moi, Marie... Ainsi,
quand vous aurez détruit mon image dans votre souvenir, je ne serai
plus, je n’aurai jamais été qu’un infâme, et nul ne pourra deviner ce
que je fus pendant ces deux mois où vous m’avez élevé jusqu’à vous.
Oh! ma fiancée, je souffre trop... Un jour, peut-être, dans beaucoup
d’années, vous penserez à nous sans colère, ni honte. Un ange ne se
salit pas les ailes en arrachant une âme à la boue... Adieu! Oublie...
Lucien.
L’enveloppe, qui contenait ces trois lettres, fut remise à Batchano, le
23 janvier, à huit heures du matin.