LES PROCÉDÉS DE FABRICATION

Dans les filatures de Brousse les procédés ne diffèrent que par les

détails avec ceux en usage dans les manufactures européennes, et un peu

aussi naturellement par le degré de perfection.

Les cocons sont apportés au _khan_ de Brousse, de fort loin quelquefois,

par les paysans grecs ou turcs qui ont mené à bonne fin un peu de

graines.

On verse ces cocons dans des grandes mannes en osier, au milieu de la

vaste cour du _khan_, et on les trie, séparant les bons des médiocres et

ceux-ci des mauvais.

Les bons cocons sont de forme ovale, d’environ 3 centimètres et demi de

longueur, lisses et fermes partout, élastiques au toucher; il y en a qui

sont minces comme du papier, ce qui ne les empêche pas d’être

quelquefois bons, mais ce qui leur enlève de la valeur, attendu que

c’est au poids (la chrysalide étant à l’intérieur) qu’on évalue les

cocons. Certains sont minces en quelques endroits et épais partout

ailleurs. C’est un signe que le fil a été rompu à l’endroit aminci, et

la valeur en est fort amoindrie, à cause du déchet considérable qui peut

en résulter au dévidage. D’autres cocons sont troués et vides: l’insecte

s’est transformé dans le trajet, il a percé son enveloppe devenue

inutile pour lui, et s’est échappé, laissant un cocon absolument sans

valeur.

Quand ces cocons arrivent au khan après un long trajet, il n’est pas

rare d’en trouver ainsi troués en assez grande quantité, et de voir les

papillons qui en sont sortis vaguer parmi les cocons pleins.

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La première chose à faire, après la livraison, c’est de tuer les

chrysalides dans les cocons, avant qu’elles se transforment en papillons

et les gâtent. On transporte donc les cocons à l’étouffoir dans des

espèces de plateaux creux qu’on dispose sur le rayon de l’appareil,

lequel consiste en un châssis mobile à étagères, posé sur des roues, à

l’intérieur duquel, lorsque la porte est fermée, on introduit un jet de

vapeur. Dans le milieu de la porte est percée une espèce de judas,

au-dessus duquel se trouve un thermomètre dont le réservoir est en

communication avec l’intérieur de l’étouffoir.

Les plateaux remplis de cocons sont placés sur les rayons du châssis,

qui, lorsqu’il est complètement garni, peut en contenir environ 2,000

ocques. La porte est alors fermée et le jet de vapeur admis à

l’intérieur au moyen d’un robinet que l’on tourne; un surveillant,

consultant alternativement et sa montre et le thermomètre, détourne la

vapeur et, au bout de trois minutes, ouvre le judas, puis, au moyen

d’une paire de ciseaux, saisit l’un des cocons; il l’ouvre, en retire la

chrysalide, et, en la piquant de la pointe de ses ciseaux, s’assure

qu’elle est morte. Si elle ne l’est pas, une demi-minute de plus

d’exposition à la vapeur complétera l’opération; si elle l’est, le

surveillant ne pousse pas plus loin ses investigations: l’étouffoir est

vidé, et une nouvelle fournée vient remplacer celle qui a subi

l’opération.

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En sortant de l’étouffoir, les cocons sont étendus à l’ombre, pour y

refroidir et y sécher, après quoi on les remet aux trieuses qui les

assortissent par qualités.

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Les cocons sont généralement d’un beau jaune verdâtre; mais il y en a

aussi beaucoup de blancs, et, parmi les blancs, un certain nombre ont

une teinte rosée d’une grande délicatesse.

Une fois assortis, ils sont remis dans des sacs, pesés et portés aux

dévideuses.

Les ateliers de dévidage consistent en de vastes salles très élevées,

traversées par deux rangées d’ouvrières, une de chaque côté. Elles sont

assises devant une longue table. Devant elles est une bassine peu

profonde, et elles tournent le dos aux dévidoirs mus par la vapeur.

Dans chaque bassine on a versé une eau d’apparence savonneuse, nous

dirons tout à l’heure pourquoi, dans laquelle on jette les cocons;

ensuite l’eau de la bassine est portée rapidement à l’ébullition, par le

moyen de la vapeur qu’un tube disposé à cet effet y amène.

En quelques minutes, le cocon perd sa belle couleur jaune et passe au

brun pâle; on arrête alors l’ébullition, et les cocons flottant sur

l’eau sont légèrement brossés, ou plutôt battus avec une sorte de petit

balai composé de brindilles, rappelant du reste le petit balai de

bruyère fine qui sert au même usage dans nos manufactures. Cette

opération a pour but de faire découvrir les extrémités des fils des

cocons; l’ouvrière prend dans la main gauche tous ces «bons brins», et,

rejetant de la main droite les autres cocons dans un coin, elle continue

de les battre jusqu’à ce qu’elle ait pu en détacher l’extrémité des

fils.

Cela obtenu, elle forme deux groupes de cinq cocons chacun, dont les

fils réunis sont passés dans un petit trou circulaire pratiqué à chaque

extrémité des deux branches en cuivre recourbées d’un support fixé à la

table en face de la bassine, et par conséquent de l’ouvrière. Les cinq

fils réunis n’en forment plus qu’un, s’élevant de la bassine, dont les

brins, après s’être enroulés les uns sur les autres, afin que le

frottement les lisse bien, passant par quelques crochets fixés à des

barres transversales, vont s’enrouler sur les dévidoirs auxquels un

arbre de couche qui traverse toute la salle imprime un mouvement de

rotation.

Au bout de cette vaste pièce, on peut voir deux ou trois dévidoirs

spécialement occupés à filer une soie d’apparence grossière et remplie

de nodosités. Cette soie provient de cocons contenant des chrysalides

jumelles, et dont il se trouve ordinairement de 1 à 2 %, dans une

livraison de 2,000 ocques. Elle a beaucoup moins de valeur que l’autre,

et n’est employée que dans le pays même.

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Une odeur _sui generis_ sature l’atmosphère de ces ateliers et de

l’établissement tout entier; mais elle augmente encore à mesure qu’on

approche d’un petit bâtiment séparé et ouvert à tous les vents.

Dès le seuil de la porte, en effet, l’odeur de _marmelade_ de vers à

soie est réellement suffocante; au fond de la pièce un homme est occupé

à piler dans une espèce d’auge, et au moyen d’un lourd maillet de bois,

toutes les chrysalides étouffées au milieu de leurs cocons, auxquels on

a maintenant enlevé leur soie.

Cette opération a pour but d’extraire le _lait_ de ces chrysalides,

c’est ainsi que l’on désigne le jus épais, blanchâtre et nauséabond,

produit par ce pilage. De ce liquide épais on mêle une petite quantité à

l’eau des bassines où trempent les cocons, dans l’atelier de dévidage;

cette mixture donne, paraît-il, une grande élasticité aux fils de soie.

En Turquie d'Asie · 第 65 / 156 题