L’industrie de la soie est le principal commerce de Brousse et de
Biledjik.
Cette industrie présentait, il y a une vingtaine d’années, une
importance considérable qui s’est trouvée sensiblement réduite depuis
que les vers à soie ont été frappés par diverses maladies (flacherie,
pébrine, etc...) qui empêchent leur parfaite réussite en Orient.
Malgré cette diminution des récoltes séricicoles, Brousse produit encore
par an environ 800 balles de soie et Biledjik 200.
Ces mille balles de grège sont annuellement dirigées sur la France et
l’Angleterre dans la proportion de 97 % pour les marchés de Lyon,
Marseille, Paris, et 3 % seulement pour Londres, Nottingham. Il en
résulte que ce commerce se fait presque exclusivement avec la France.
Brousse envoie ses balles de soie à Constantinople par l’échelle de
Moudania, Biledjik par l’échelle de Caramoussal et souvent aussi par
Brousse, les frais de transport et la durée du trajet étant à peu près
les mêmes. Ce sont les compagnies: Messageries maritimes, Fraissinet,
Paquet qui transportent le tout de Constantinople à destination de
Marseille, d’où les balles sont dirigées sur Lyon, Paris, Londres,
etc...
Les fabricants qui exercent cette industrie à Brousse se composent
d’Arméniens, de Grecs, de Turcs et de Français. Ces derniers ne prennent
part à l’industrie que dans la proportion de 15 % seulement. Ainsi sur
environ 2500 tours dont sont composées les fabriques de soie à Brousse,
il n’y a que 375 tours au maximum travaillant pour le compte des
fabricants français. Ce chiffre a été malheureusement réduit encore en
1880 à 10 %, soit 250 tours environ.
On peut classer les fabricants de soie à Brousse en deux catégories,
savoir:
Les fabricants réalisant leurs produits sur place; les fabricants
consignant ou vendant leurs produits directement à Lyon.
Depuis une dizaine d’années la majorité des fabricants semble vouloir
rentrer dans la première catégorie, c’est-à-dire vouloir réaliser sur
place. Cela tient surtout à ce que, au début de la récolte, les maisons
lyonnaises ne font plus,--comme auparavant,--des avances de fonds à
découvert à valoir sur les soies que les fileurs de Brousse
s’engageaient à leur consigner dans le courant de l’année séricicole. Ce
mode engageait les fabricants de Brousse, ou plutôt les forçait à
consigner leurs produits à Lyon. La modification survenue dans cette
manière d’opérer est dans l’intérêt commun des filateurs indigènes et
des maisons lyonnaises; elle prévient dans une certaine mesure la
spéculation et les risques qui en résultaient.
Quelques fabricants de Brousse continuent cependant à jouir du privilège
d’anticipation à découvert. Ce sont ceux qui vendent directement ou
expédient en consignation à Lyon et le propre produit de leurs usines et
celui des autres filateurs desquels ils achètent sur place, d’où la
distinction des deux catégories des fabricants vendant à Brousse et de
ceux vendant à Lyon. C’est dans cette dernière classe qu’est comprise
une maison allemande (agent de plusieurs maisons lyonnaises), avec cette
différence que, contrairement au système des autres maisons, celle-là a
la prudence de ne point produire elle-même; elle achète simplement le
produit de certains fabricants qu’elle s’attache en faisant des avances
de fonds. Elle passe pour centraliser le tiers des affaires qui se
traitent sur le marché de Brousse.