LA RÉCOLTE DES RAISINS

Brousse a de tous temps été renommée pour l’abondance et la qualité de

ses vins.

La maladie qui a atteint la vigne en Asie-Mineure, il y a environ vingt

années, a cependant porté aux vignobles un grave préjudice. Cette

maladie, appelée en turc _kullemé_, présentait tous les caractères de

l’oïdium: dès sa formation le raisin commençait à se rétrécir, il

grossissait néanmoins, mais au lieu d’acquérir du jus, il desséchait, et

quand arrivait la vendange, les grappes étaient à la vérité formées,

mais noires, sèches, comme si elles eussent été passées au four. Des

tentatives, infructueuses tout d’abord, ont été faites en grand nombre

pour combattre les progrès de cette maladie; ce n’est qu’après un assez

long temps que l’on a reconnu l’emploi du soufre comme d’une efficacité

absolue. Mais déjà un grand nombre de vignerons justement effrayés

avaient arraché leurs vignes et s’étaient mis à semer du blé, du maïs,

etc..., d’autres les avaient totalement abandonnées. Si bien que lorsque

le remède fut trouvé, le nombre des vignes était diminué de moitié.

D’autres raisons ont contribué également à diminuer l’importance des

vignobles du sandjak de Brousse. Citons entre autres le tremblement de

terre de 1855, qui renversa la plus grande partie de la ville, et le

grand incendie de 1863, qui détruisit les meilleures caves.

Aujourd’hui le kullemé a disparu grâce à l’emploi du soufre; les vignes

ne sont plus atteintes par la maladie; les tremblements de terre

apparaissent moins fréquemment; quant aux incendies, quoique nombreux,

comme dans toutes les villes de Turquie, ils ne peuvent plus avoir à

Brousse l’importance de celui de 1863, la plus grande partie de la ville

ayant été rebâtie avec des voies un peu larges et quelque peu droites.

La récolte du raisin dans le sandjak devrait donc, bien qu’elle ne

puisse atteindre l’importance qu’elle avait autrefois, permettre de

reconstituer les crus de vins disparus. Car, si ces crus n’existent

point aujourd’hui, ce n’est point en raison du manque de raisin (la

récolte est toujours très abondante), c’est faute de développement de ce

commerce dans le pays, faute d’encouragements indispensables. Cette

industrie n’existe pas, elle est toute à créer. Mais nous avons la

certitude que le jour où l’initiative privée s’emparerait de cette

question, elle mettrait pour ainsi dire la main sur une mine de

richesses non encore exploitée.

Le tableau suivant dont tous les chiffres--(malgré les difficultés que

l’on rencontre à chaque pas, en Turquie, pour se procurer le moindre

renseignement, et surtout en raison de ces difficultés)--ont été

recueillis avec grand soin et contrôlés dans la mesure du possible,

indique suffisamment que ce ne sont pas les éléments qui manquent à

Brousse pour produire des vins en quantités et qualités voulues.

_TABLEAU de la production des vignobles situés dans un rayon maximum de

40 kilomètres des ports d’embarquement sur le golfe de Ghemlek._

LOCALITÉS Turque PRODUCTION APPROXIMATIVE

ou Raisin noir Raisin blanc

chrétienne ocques kilogr. ocques kilogr.

Kiziklar (5 villages) Turcs » » 500,000 625,000

Ak-sou dito » » 200,000 250,000

Gheuzédé et

Tchatal-Tépé dito » » 10,000 12,500

Dimboz dito » » 15,000 18,750

Kestel dito » » 15,000 18,750

Doudakli et Barakeuy dito » » 150,000 187,500

Kara-Hidir et

Narli-Déré dito » » 200,000 250,000

Jydir, Kazikli et

Agha-Keuy dito 100,000 125,000 200,000 250,000

Kélèssen Chrétiens

Démirdeche dito 400,000 500,000 400,000 500,000

Alachar Turcs

Kara-Baltchick Turcs » » 50,000 62,500

Sètche-Keuy dito » » 50,000 62,500

Tchourdané dito » » 150,000 187,500

Philadar Chrétiens 100,000 125,000 1,000,000 1,250,500

Aksounghour Turcs » » 15,000 18,000

Ahmed-Bey dito » » 120,000 130,750

Plaine de Brousse Turcs et

chrétiens » » 100,000 125,000

Brousse, Missi et

Tchékirglhé dito » » 1,800,000 2,250,000

Démirdji-Keuy Turcs » » 300,000 375,000

Tchali-Keuy dito » » 300,000 375,000

Fodra et Yayladjik dito » » 400,000 500,000

Tahtali Turcs et

chrétiens » » 500,000 625,000

Kayapa Turcs » » 500,000 625,000

Hassan-Agha dito » » 500,000 625,000

Aktchaklar dito » » 200,000 260,000

Dansari-Ghuruklé Chrétiens 25,000 31,250 375,000 718,750

Quitté Turcs » » 200,000 250,000

Yénidjé-Keuy dito » » 15,000 18,750

Déré-Tchavouchou dito » » 15,000 18,750

------- ------- --------- ----------

_Totaux_ 625,000 781,250 8,480,000 10,600,000

Brousse et sa banlieue produisent donc, lors d’une récolte moyenne, près

de un million de kilogrammes de raisin noir, et près de onze millions de

kilogrammes de raisin blanc.

Il faut observer que l’on n’a indiqué dans le tableau précédent que les

vignobles communiquant par des chemins praticables avec la ville de

Brousse ou avec les ports d’embarquement Moudania et Ghemlek. Les plus

proches du littoral sont à 5 kilomètres, les plus éloignés à 40

kilomètres environ.

Les raisins blancs sont composés des cinq qualités principales ainsi

dénommées dans le pays: _Ghérendjé_, _Eksènes_, _Doghrou-Tchibik_,

_Amassia_, _Tchaouche_. Ces deux dernières qualités sont d’excellents

raisins de table, le _Tchaouche_ surtout qui est un raisin parfumé, à

gros grain, ayant beaucoup d’analogie avec le beau chasselas de

Fontainebleau. Il n’y a que peu d’années que Brousse produit cette

qualité, importée des rives du Bosphore (côtes d’Asie) où le _Tchaouche_

est cultivé pour la consommation de Constantinople.

Les raisins noirs se composent des deux qualités suivantes: _Djabata_,

_Dimrit_. Ils sont peu agréables au goût.

En Turquie d'Asie · 第 56 / 156 题