Le lendemain matin, la vieille fit encore venir Arzur.
«Nous allons nous absenter pendant quelques jours, mon mari et moi,
dit-elle, et j'emmènerai Azénor. Nous irons chez un de nos amis, qui
demeure un peu loin d'ici; nous voyagerons en voiture, mais, il y a
un bras de mer à traverser, et nous n'avons pas d'embarcation. Je te
commande de construire un pont de plumes assez solide pour porter notre
voiture et nous. Si le pont n'est pas fait à temps pour qu'en arrivant
au bord de l'eau, nous puissions y passer, il n'y a que la mort pour
toi.
--C'est bien; ce sera fait, dit Arzur, d'un ton qu'il s'efforça de
rendre tranquille, bien qu'au fond il ne fût pas très rassuré. Il alla
trouver sa sœur et lui fit connaître la nouvelle épreuve qui lui était
imposée.
--Écoute bien, dit Azénor; voici ce que nous allons faire: je me dirai
malade pour ne pas les accompagner; mais toi tu iras avec eux pour
construire le pont. Quand le moment sera venu, tu frapperas l'eau de ta
baguette en disant:
«_Par la vertu de ma petite baguette, qu'il s'élève ici un pont de
plumes, pour passer la mer en voiture!_»
«Aussitôt le pont paraîtra. La magicienne, alors, t'invitera à monter
dans sa voiture, pour le traverser avec elle; garde-toi bien de lui
obéir, romps le pont derrière eux, par la vertu de ta baguette, et
reviens au château, le plus vite que tu pourras; nous aviserons alors
au moyen de nous enfuir.»
Quand l'heure du départ fut arrivée, la magicienne, étonnée de ne pas
voir Azénor sur la terrasse, comme cela avait été convenu, la veille,
monta jusqu'à sa chambre, et trouva la jeune fille étendue sur son lit,
toute pâle et toute défaite.
«Qu'avez-vous, Azénor, lui dit-elle; est-ce que vous êtes malade?
--Oui, je suis très souffrante; j'ai un si violent mal de tête que
je ne puis faire un mouvement sans jeter des cris, tant cela me fait
souffrir.
--Mais, vous étiez si bien hier! ce malaise est venu tout à fait
subitement...
--Je crois que je me suis fatiguée en travaillant, une partie de la
nuit, pour répondre aux questions que vous m'aviez posées dans ma leçon
d'hier. Il ne me faut qu'un peu de repos; ainsi, ne vous inquiétez pas,
et, surtout, ne dérangez en rien vos projets de voyage. Vos amis vous
attendent, partez sans moi, je vous en prie.»
La magicienne, qui n'avait pas le cœur tendre, se contenta de grommeler
entre ses dents, car elle aimait la compagnie d'Azénor et regrettait
d'en être privée; elle n'insista pourtant pas. Elle sortit, en tirant
la porte avec fracas, et rejoignit Arzur et son mari, sur lesquels
éclata la bourrasque de sa mauvaise humeur.
Ils partirent...
La voiture avançait lentement dans le sable, et finit par s'arrêter au
bord d'un large bras de mer. La marée était haute, les vagues vertes
se poussaient en courant vers le rivage, où leur écume s'écrasait en
longues franges neigeuses.
Les voyageurs mirent pied à terre.
«Allons! dit la magicienne, fais ton pont, maître Arzur, et un peu
vite! je n'ai pas envie de coucher ici!»
Arzur entra dans l'eau et s'éloigna de quelques pas, car il ne voulait
pas faire voir son talisman.
«_Par la vertu de ma petite baguette, qu'il s'élève ici un pont de
plumes pour passer la mer en voiture!_» dit-il.
Une nuée immense obscurcit le ciel et vint s'abattre sur le bras de
mer; on vit alors que c'étaient des plumes, des millions de milliards
de plumes, de toutes tailles, de toutes nuances, de tous pays.
En moins d'un quart d'heure, ces plumes, comme dirigées par une main
savante, se trièrent, s'entrelacèrent, se disposèrent d'elles-mêmes
pour former le plus admirable des ponts. Il était si léger qu'il
reposait sur l'eau sans y enfoncer, et si solide, qu'un char attelé de
six chevaux pouvait le traverser, sans le faire fléchir. Les arches
étaient formées par de belles plumes d'autruche, le pavé par de larges
plumes d'oie, les balustrades par des plumes de pigeon, et, sur toute
la construction, des plumes de colibri de toutes couleurs formaient des
mosaïques d'un dessin merveilleux.
La magicienne ne put retenir un cri de surprise et d'admiration, tandis
que son vieux mari se réjouissait silencieusement du triomphe d'Arzur.
«Il est aussi magicien! se disait la dame, frappée de stupeur. Il a
sûrement trouvé et étudié mon petit livre rouge, il en sait maintenant
aussi long que moi; il va devenir tout à fait dangereux; il est grand
temps de s'en défaire. Il faut qu'il vienne avec nous sur le pont et
nous le jetterons à la mer.»
Alors, dissimulant ses projets haineux sous un air aimable, elle dit à
Arzur, d'une voix insinuante:
«C'est vraiment très beau! vous venez de nous construire là un pont
superbe; je ne vous savais pas si habile. Nous aurons encore besoin de
vos services, mon mari et moi, aussi nous vous emmènerons avec nous
chez nos amis. Montez sur le pont, et montrez-nous le chemin, nous vous
suivrons.
--Comment donc! répondit Arzur, je n'en ferai rien! je sais trop bien
ce que je vous dois! A vous l'honneur de monter les premiers sur mon
pont.»
Après quelques façons et compliments de cette sorte, le magicien et la
magicienne s'engagèrent sur le pont. Aussitôt Arzur, d'un coup de sa
baguette magique, le coupa entre eux et la terre, et courut rejoindre
sa sœur.
Elle était déjà prête à partir, toute costumée pour le voyage, et munie
de sacs, où elle avait mis tous ses bijoux, ses diamants, de l'or et
de l'argent, et, trésor plus précieux encore, les livres de magie des
deux époux. Elle avait aussi fait seller les deux meilleurs chevaux de
l'écurie.
«Partons vite, dit-elle à Arzur, car le magicien et la magicienne ne
tarderont pas à revenir, et ils nous poursuivront avec fureur. Mais,
d'abord, il faut empêcher de sonner la grosse cloche qui est sur la
plus haute tour. Elle donne l'alarme, aussitôt que quelque chose
d'extraordinaire arrive au château, et elle se fait entendre à sept
cents lieues à la ronde. La corde de cette cloche est attachée au
pied du dromadaire favori du magicien, et l'animal tire la corde pour
prévenir son maître qu'il se passe ici un événement grave.»
Tous deux, alors, coururent à la cloche et remplirent tout l'intérieur
de tapis et d'étoupes bien tassés, puis, ils redescendirent en hâte,
sautèrent sur leurs montures et se préparaient à partir, quand Azénor
dit:
«J'allais oublier quelque chose de bien important. Descends de cheval,
cours à l'écurie et rapporte-moi l'étrille, la brosse et le bouchon de
paille qui servent à panser nos chevaux; ils peuvent servir à protéger
notre fuite.»
Arzur obéit à sa sœur, revint promptement avec les objets demandés,
et, sur un signe d'Azénor, leurs coursiers s'enlevèrent dans les airs,
comme des oiseaux légers, et se mirent à galoper dans les nuages.
«Maintenant, dit Azénor, nous avons sept cents lieues à faire pour
sortir des domaines du magicien et échapper à sa puissance. Nous allons
bon train et j'ai grand espoir.»
Ils firent ainsi cent lieues, deux cents, trois cents et plus. La
vitesse de leurs coursiers ne se ralentissait pas. Ils les pressaient,
pourtant, et leur chevauchée passait comme une nuée que pousse une
violente tempête.
«Écoute! dit Azénor, tout à coup, j'entends un son lointain!...
--C'est la cloche! s'écria Arzur. A force de tirer sur la corde, le
dromadaire aura détaché les tapis et fait tomber l'étoupe.
--Heureusement que nous avons une avance de près de cinq cents lieues,
reprit Azénor. Mais n'importe! Ceux qui nous poursuivent vont vite!
plus vite que nous-mêmes! Hâtons-nous! hâtons-nous!...»
Au son de la cloche, en effet, le magicien et sa femme étaient rentrés
chez eux. Ils allèrent tout de suite pour consulter leurs livres de
magie, mais Azénor les avait emportés tous, sauf un, et celui-là
n'était pas le meilleur. Le magicien, consterné, ne savait que faire.
Privé de ses livres, il n'était plus bon à rien. Sa femme, au
contraire, s'empressa de pratiquer des charmes et des conjurations pour
trouver la trace des deux fugitifs.
«Je les vois, dit-elle à son mari, et je les tiens, j'espère. Ils
voyagent en l'air, sur nos chevaux enchantés, mais ils vont bientôt
descendre à terre. Montez sur le dromadaire, et emmenez avec vous le
lévrier. Vous verrez, à cinq cents lieues d'ici, environ, une belle
fontaine pavée d'or et d'argent, et, au fond, deux petites grenouilles
d'or. Ces grenouilles, c'est Arzur et Azénor, qui vont prendre cette
forme pour nous échapper; mais tâchez de vous en emparer. Moi, je reste
ici, pour mes opérations magiques; vous, partez vite, et ne revenez pas
sans eux.»
Le vieux magicien monta alors sur son dromadaire, qui, suivi du grand
lévrier, passait comme l'éclair.
Au même moment, Azénor disait à Arzur:
«Le magicien et la magicienne sont rentrés; ils sont furieux de notre
départ, mais encore bien plus d'avoir perdu leurs livres de magie.
J'entends la magicienne qui commande à son mari de nous rattraper, et
lui apprend ce qu'il doit faire. Mais, par un charme, je vais brouiller
la vieille tête du magicien, et lui faire oublier tout ce que sa femme
lui a dit. Il va plus vite que nous, et nous atteindra bientôt; regarde
derrière toi; ne vois-tu rien venir?
--Je vois, au loin, arrivant comme la foudre, un grand lévrier noir,
et, derrière lui, le magicien sur son dromadaire.
--Descendons à terre, alors.»
Azénor prononça quelques paroles magiques, et, soudain, leurs chevaux
furent métamorphosés en fontaine, leurs trésors en pierres d'or et
d'argent, et eux-mêmes, en deux petites grenouilles d'or, au fond de
l'eau.
Le magicien arriva, un moment après, et voyant cette belle fontaine,
qu'il ne connaissait pas, il voulut l'admirer de plus près et descendit
de sa monture.
[Illustration: LE MAGICIEN VOULUT ATTRAPER LES PETITES GRENOUILLES
D'OR.]
«Oh! la belle fontaine! s'écria-t-il, je ne croyais pas posséder sur
mes terres une semblable merveille! La voûte et la margelle sont
d'argent, par ma foi! Le pavé est en or, l'eau est limpide et fraîche,
et voici, au fond, deux petites grenouilles extrêmement jolies. On les
croirait en or, elles aussi... Il faut que je les rapporte à ma femme,
cela lui fera peut-être plaisir, et la rendra un peu plus aimable
envers moi.»
Il entra alors dans le bassin de la fontaine, et essaya d'attraper
les deux grenouilles, mais elles lui échappaient toujours, au moment
où il croyait mettre la main dessus. Enfin, fatigué et impatienté de
ses vains efforts, il se décida à regrimper sur son dromadaire et à
retourner chez lui, ayant, d'ailleurs, complètement oublié le but de
son voyage, grâce aux conjurations d'Azénor.
«Eh bien! lui cria sa femme, vous ne les avez donc pas trouvés, que
vous revenez seul?»
Le pauvre bonhomme ne se rappelait plus du tout ce dont il s'agissait;
il répondit au hasard:
«Non, je ne les ai pas vus.
--Vous ne voyez jamais rien de ce qu'il faut voir! Où aviez-vous donc
la tête?
--Ah! si vous saviez quelle fontaine extraordinaire j'ai rencontrée
sur ma route! je n'ai jamais rien vu de si beau! De l'or, de l'argent
partout, et, au fond de l'eau, deux petites grenouilles d'or, si
jolies, si mignonnes! J'ai bien essayé de les prendre, pour vous les
rapporter, mais je n'ai pas pu y réussir, malgré tous mes efforts.
--Vieil imbécile! s'écria la dame en colère, ces deux grenouilles d'or
étaient ceux que vous poursuiviez; il ne fallait pas revenir sans les
avoir prises! Est-ce que je ne vous avais pas prévenu d'avance de tout
ce que vous aviez à faire? Est-ce que je ne vous avais pas dépeint la
fontaine, et les grenouilles, et tout?... Mais, tout vieux que vous
êtes, vous n'avez pas plus de cervelle qu'un jeune poulet!
--J'avoue que j'avais complètement oublié vos recommandations, répondit
le bonhomme, d'un air piteux. Il faut qu'il y ait du sortilège
là-dedans, car je vous avais bien écoutée, je vous assure, ma mie!»
La magicienne haussa les épaules.
«Tout est à recommencer, dit-elle; heureusement ils ne sont pas encore
à six cents lieues, et votre maladresse peut se réparer. Reprenez vite
la poursuite, et tâchez, cette fois, d'être plus habile. Écoutez-moi
bien: Quand ils vous verront arriver, ils changeront leurs chevaux en
arbres, leurs trésors en feuilles d'or et d'argent, et eux-mêmes, en
deux petits oiseaux, qui chanteront sur les branches des arbres. Partez
sous la forme d'un nuage, pour aller plus vite, et ramenez-moi mes
gens.»
Arzur et Azénor avaient repris leur forme première, et, tout en
chevauchant sur les nuées, tenaient conseil sur ce qu'il y avait de
mieux à faire pour dérouter leurs persécuteurs.
«La magicienne est dans une grande colère, dit Azénor; je l'entends qui
gronde son époux et le renvoie à notre poursuite. Mais le pauvre homme
n'a pas la mémoire bien sûre, et, pour cette fois encore, je pense lui
faire oublier les leçons de sa femme. Regarde si tu ne le vois pas
venir, car il va avec la rapidité de l'éclair.
--Je ne vois qu'un gros nuage noir, qui s'avance sur nous, comme poussé
par un vent violent.
--C'est lui!... descendons à terre.»
Aussitôt qu'ils eurent touché le sol, leurs chevaux se changèrent en
deux beaux arbres, dont les feuilles d'or et d'argent étincelaient
au soleil, et Arzur et Azénor devinrent deux charmants oiseaux, qui
chantaient d'une voix mélodieuse.
Le nuage arriva sur eux...
«Voilà, pensa le magicien, les arbres dont ma femme m'a parlé.
J'entends bien les oiseaux aussi, mais comment les prendre? Il reprit
sa forme naturelle, en touchant terre, et, tout en admirant les arbres,
tout en écoutant les oiseaux, il resta là, bouche béante, immobile
comme une statue, captivé par la mélodie et totalement oublieux de
sa mission. Le soleil se couchait, tout rouge, à l'horizon, que le
magicien n'avait pas bougé.
L'approche de la nuit le tira de son extase.
«Holà, pensa-t-il, voici le soleil couché, il est temps de rentrer.»
Et il s'en retourna.
En le voyant revenir, encore tout seul, la magicienne s'écria:
«Eh bien! et ces oiseaux?...
--Quels oiseaux?
--Comment, quels oiseaux? Arzur et Azénor, que vous êtes allé chercher.
--Je n'ai pas vu d'Arzur et d'Azénor; j'ai vu deux arbres magnifiques,
au feuillage d'or et d'argent, et, tenez, maintenant, je me rappelle
qu'il y avait sur les branches de ces arbres deux petits oiseaux, qui
chantaient si mélodieusement que jamais de ma vie je n'ai rien entendu
de si beau.
--Et vous êtes resté là, comme un nigaud, à les écouter, perdant votre
temps et ayant oublié sans doute tout ce que je vous avais dit?
--Ma foi, oui! je ne m'en suis plus souvenu.»
La magicienne tapa du pied.
«Mais, homme stupide! ces deux oiseaux c'étaient eux! c'était Arzur et
Azénor! Ah! vous êtes un fameux magicien!--Décidément, il n'y a plus
rien à attendre de vous. Je vais aller moi-même à leur poursuite. Je
saurai bien les atteindre et les ramener, moi! bien qu'ils soient près
de sortir de nos terres.»
Elle partit aussitôt, sous la forme d'un nuage noir, chargé de grêle,
flamboyant d'éclairs, et avec un vacarme épouvantable: grondements de
tonnerre et mugissements de tempête.
«Cette fois, dit Azénor, c'est la magicienne elle-même qui viendra, et
elle est bien en colère. Regarde derrière toi; que vois-tu?
--Je vois un gros nuage noir qui s'avance sur nous, au bruit du
tonnerre, à la lueur des éclairs.
--C'est elle!... Jette tout de suite le bouchon de paille, que tu as
apporté de l'écurie.»
Arzur fit comme sa sœur lui disait; et voilà qu'une multitude de meules
de paille, très grandes et très hautes, s'élevèrent derrière eux et
arrêtèrent le nuage.
Mais la magicienne se changea en épervier et, d'un vol rapide, elle eut
bientôt franchi les meules; puis, reprenant sa forme de nuage, elle
continua la poursuite.
«O ma sœur! ma sœur! cria Arzur épouvanté, voilà encore le nuage, le
nuage noir! il va nous atteindre!
--Jette vite la brosse à terre, il n'est que temps!»
A peine la brosse eut-elle touché le sol, qu'un grand étang se forma à
la place où elle était tombée.
Le nuage, ardent de mille feux, pompa l'eau en un instant, mais il s'en
trouva alourdi, et les fugitifs en profitèrent pour gagner du terrain;
vain espoir! le nuage allait toujours plus vite. Une fois encore, il
était près de fondre sur eux.
«Jette l'étrille», cria Azénor.
Alors, s'éleva subitement une grande ville, avec de hautes tours, des
maisons à toits pointus, des clochers à jour.
C'était autant d'obstacles, qui contrariaient la marche du nuage.
Cependant, il continuait d'avancer, sifflant, hurlant, brisant tout sur
son passage.
Il traversa ainsi la ville, et, une fois en rase campagne, la course
devint si furieuse, qu'Arzur se crut perdu pour de bon. Mais Azénor,
penchée sur le cou de son cheval, qui dévorait l'espace, montra à son
frère une large bande verte à l'horizon.
«C'est la mer! cria-t-elle, c'est le salut! là expire la puissance de
notre ennemie; courage, Arzur! nous sommes sauvés!»
Une minute plus tard, le bras de mer était franchi et les séparait de
la magicienne.
Celle-ci, qui avait repris sa forme ordinaire, écumait de rage,
grinçait des dents, et, du rivage, leur montrait le poing en vociférant
mille injures.
«Ma malédiction sur vous, criait-elle, et que la foudre vous écrase!
Vous avez sûrement enlevé mon petit livre rouge, qui contient toute ma
science.
--Oui, dit Azénor, en lui montrant le livre. Le voici! et je me moque
de vous, à présent!»
Et tous deux riaient de sa fureur impuissante.
Elle s'en retourna, comme elle était venue, sous la forme d'une
tempête, et elle dévasta tout le pays, pour se venger de sa déconvenue.
Les deux jeunes gens s'éloignèrent alors, joyeux de leur délivrance.
Ils entrèrent dans un grand bois, où la nuit les surprit. Avec de la
mousse et des feuilles sèches, ils se firent un bon lit, au pied d'un
vieux chêne, et ne tardèrent pas à s'endormir d'un profond sommeil.