III

Le lendemain matin, la vieille fit encore venir Arzur.

«Nous allons nous absenter pendant quelques jours, mon mari et moi,

dit-elle, et j'emmènerai Azénor. Nous irons chez un de nos amis, qui

demeure un peu loin d'ici; nous voyagerons en voiture, mais, il y a

un bras de mer à traverser, et nous n'avons pas d'embarcation. Je te

commande de construire un pont de plumes assez solide pour porter notre

voiture et nous. Si le pont n'est pas fait à temps pour qu'en arrivant

au bord de l'eau, nous puissions y passer, il n'y a que la mort pour

toi.

--C'est bien; ce sera fait, dit Arzur, d'un ton qu'il s'efforça de

rendre tranquille, bien qu'au fond il ne fût pas très rassuré. Il alla

trouver sa sœur et lui fit connaître la nouvelle épreuve qui lui était

imposée.

--Écoute bien, dit Azénor; voici ce que nous allons faire: je me dirai

malade pour ne pas les accompagner; mais toi tu iras avec eux pour

construire le pont. Quand le moment sera venu, tu frapperas l'eau de ta

baguette en disant:

«_Par la vertu de ma petite baguette, qu'il s'élève ici un pont de

plumes, pour passer la mer en voiture!_»

«Aussitôt le pont paraîtra. La magicienne, alors, t'invitera à monter

dans sa voiture, pour le traverser avec elle; garde-toi bien de lui

obéir, romps le pont derrière eux, par la vertu de ta baguette, et

reviens au château, le plus vite que tu pourras; nous aviserons alors

au moyen de nous enfuir.»

Quand l'heure du départ fut arrivée, la magicienne, étonnée de ne pas

voir Azénor sur la terrasse, comme cela avait été convenu, la veille,

monta jusqu'à sa chambre, et trouva la jeune fille étendue sur son lit,

toute pâle et toute défaite.

«Qu'avez-vous, Azénor, lui dit-elle; est-ce que vous êtes malade?

--Oui, je suis très souffrante; j'ai un si violent mal de tête que

je ne puis faire un mouvement sans jeter des cris, tant cela me fait

souffrir.

--Mais, vous étiez si bien hier! ce malaise est venu tout à fait

subitement...

--Je crois que je me suis fatiguée en travaillant, une partie de la

nuit, pour répondre aux questions que vous m'aviez posées dans ma leçon

d'hier. Il ne me faut qu'un peu de repos; ainsi, ne vous inquiétez pas,

et, surtout, ne dérangez en rien vos projets de voyage. Vos amis vous

attendent, partez sans moi, je vous en prie.»

La magicienne, qui n'avait pas le cœur tendre, se contenta de grommeler

entre ses dents, car elle aimait la compagnie d'Azénor et regrettait

d'en être privée; elle n'insista pourtant pas. Elle sortit, en tirant

la porte avec fracas, et rejoignit Arzur et son mari, sur lesquels

éclata la bourrasque de sa mauvaise humeur.

Ils partirent...

La voiture avançait lentement dans le sable, et finit par s'arrêter au

bord d'un large bras de mer. La marée était haute, les vagues vertes

se poussaient en courant vers le rivage, où leur écume s'écrasait en

longues franges neigeuses.

Les voyageurs mirent pied à terre.

«Allons! dit la magicienne, fais ton pont, maître Arzur, et un peu

vite! je n'ai pas envie de coucher ici!»

Arzur entra dans l'eau et s'éloigna de quelques pas, car il ne voulait

pas faire voir son talisman.

«_Par la vertu de ma petite baguette, qu'il s'élève ici un pont de

plumes pour passer la mer en voiture!_» dit-il.

Une nuée immense obscurcit le ciel et vint s'abattre sur le bras de

mer; on vit alors que c'étaient des plumes, des millions de milliards

de plumes, de toutes tailles, de toutes nuances, de tous pays.

En moins d'un quart d'heure, ces plumes, comme dirigées par une main

savante, se trièrent, s'entrelacèrent, se disposèrent d'elles-mêmes

pour former le plus admirable des ponts. Il était si léger qu'il

reposait sur l'eau sans y enfoncer, et si solide, qu'un char attelé de

six chevaux pouvait le traverser, sans le faire fléchir. Les arches

étaient formées par de belles plumes d'autruche, le pavé par de larges

plumes d'oie, les balustrades par des plumes de pigeon, et, sur toute

la construction, des plumes de colibri de toutes couleurs formaient des

mosaïques d'un dessin merveilleux.

La magicienne ne put retenir un cri de surprise et d'admiration, tandis

que son vieux mari se réjouissait silencieusement du triomphe d'Arzur.

«Il est aussi magicien! se disait la dame, frappée de stupeur. Il a

sûrement trouvé et étudié mon petit livre rouge, il en sait maintenant

aussi long que moi; il va devenir tout à fait dangereux; il est grand

temps de s'en défaire. Il faut qu'il vienne avec nous sur le pont et

nous le jetterons à la mer.»

Alors, dissimulant ses projets haineux sous un air aimable, elle dit à

Arzur, d'une voix insinuante:

«C'est vraiment très beau! vous venez de nous construire là un pont

superbe; je ne vous savais pas si habile. Nous aurons encore besoin de

vos services, mon mari et moi, aussi nous vous emmènerons avec nous

chez nos amis. Montez sur le pont, et montrez-nous le chemin, nous vous

suivrons.

--Comment donc! répondit Arzur, je n'en ferai rien! je sais trop bien

ce que je vous dois! A vous l'honneur de monter les premiers sur mon

pont.»

Après quelques façons et compliments de cette sorte, le magicien et la

magicienne s'engagèrent sur le pont. Aussitôt Arzur, d'un coup de sa

baguette magique, le coupa entre eux et la terre, et courut rejoindre

sa sœur.

Elle était déjà prête à partir, toute costumée pour le voyage, et munie

de sacs, où elle avait mis tous ses bijoux, ses diamants, de l'or et

de l'argent, et, trésor plus précieux encore, les livres de magie des

deux époux. Elle avait aussi fait seller les deux meilleurs chevaux de

l'écurie.

«Partons vite, dit-elle à Arzur, car le magicien et la magicienne ne

tarderont pas à revenir, et ils nous poursuivront avec fureur. Mais,

d'abord, il faut empêcher de sonner la grosse cloche qui est sur la

plus haute tour. Elle donne l'alarme, aussitôt que quelque chose

d'extraordinaire arrive au château, et elle se fait entendre à sept

cents lieues à la ronde. La corde de cette cloche est attachée au

pied du dromadaire favori du magicien, et l'animal tire la corde pour

prévenir son maître qu'il se passe ici un événement grave.»

Tous deux, alors, coururent à la cloche et remplirent tout l'intérieur

de tapis et d'étoupes bien tassés, puis, ils redescendirent en hâte,

sautèrent sur leurs montures et se préparaient à partir, quand Azénor

dit:

«J'allais oublier quelque chose de bien important. Descends de cheval,

cours à l'écurie et rapporte-moi l'étrille, la brosse et le bouchon de

paille qui servent à panser nos chevaux; ils peuvent servir à protéger

notre fuite.»

Arzur obéit à sa sœur, revint promptement avec les objets demandés,

et, sur un signe d'Azénor, leurs coursiers s'enlevèrent dans les airs,

comme des oiseaux légers, et se mirent à galoper dans les nuages.

«Maintenant, dit Azénor, nous avons sept cents lieues à faire pour

sortir des domaines du magicien et échapper à sa puissance. Nous allons

bon train et j'ai grand espoir.»

Ils firent ainsi cent lieues, deux cents, trois cents et plus. La

vitesse de leurs coursiers ne se ralentissait pas. Ils les pressaient,

pourtant, et leur chevauchée passait comme une nuée que pousse une

violente tempête.

«Écoute! dit Azénor, tout à coup, j'entends un son lointain!...

--C'est la cloche! s'écria Arzur. A force de tirer sur la corde, le

dromadaire aura détaché les tapis et fait tomber l'étoupe.

--Heureusement que nous avons une avance de près de cinq cents lieues,

reprit Azénor. Mais n'importe! Ceux qui nous poursuivent vont vite!

plus vite que nous-mêmes! Hâtons-nous! hâtons-nous!...»

Au son de la cloche, en effet, le magicien et sa femme étaient rentrés

chez eux. Ils allèrent tout de suite pour consulter leurs livres de

magie, mais Azénor les avait emportés tous, sauf un, et celui-là

n'était pas le meilleur. Le magicien, consterné, ne savait que faire.

Privé de ses livres, il n'était plus bon à rien. Sa femme, au

contraire, s'empressa de pratiquer des charmes et des conjurations pour

trouver la trace des deux fugitifs.

«Je les vois, dit-elle à son mari, et je les tiens, j'espère. Ils

voyagent en l'air, sur nos chevaux enchantés, mais ils vont bientôt

descendre à terre. Montez sur le dromadaire, et emmenez avec vous le

lévrier. Vous verrez, à cinq cents lieues d'ici, environ, une belle

fontaine pavée d'or et d'argent, et, au fond, deux petites grenouilles

d'or. Ces grenouilles, c'est Arzur et Azénor, qui vont prendre cette

forme pour nous échapper; mais tâchez de vous en emparer. Moi, je reste

ici, pour mes opérations magiques; vous, partez vite, et ne revenez pas

sans eux.»

Le vieux magicien monta alors sur son dromadaire, qui, suivi du grand

lévrier, passait comme l'éclair.

Au même moment, Azénor disait à Arzur:

«Le magicien et la magicienne sont rentrés; ils sont furieux de notre

départ, mais encore bien plus d'avoir perdu leurs livres de magie.

J'entends la magicienne qui commande à son mari de nous rattraper, et

lui apprend ce qu'il doit faire. Mais, par un charme, je vais brouiller

la vieille tête du magicien, et lui faire oublier tout ce que sa femme

lui a dit. Il va plus vite que nous, et nous atteindra bientôt; regarde

derrière toi; ne vois-tu rien venir?

--Je vois, au loin, arrivant comme la foudre, un grand lévrier noir,

et, derrière lui, le magicien sur son dromadaire.

--Descendons à terre, alors.»

Azénor prononça quelques paroles magiques, et, soudain, leurs chevaux

furent métamorphosés en fontaine, leurs trésors en pierres d'or et

d'argent, et eux-mêmes, en deux petites grenouilles d'or, au fond de

l'eau.

Le magicien arriva, un moment après, et voyant cette belle fontaine,

qu'il ne connaissait pas, il voulut l'admirer de plus près et descendit

de sa monture.

[Illustration: LE MAGICIEN VOULUT ATTRAPER LES PETITES GRENOUILLES

D'OR.]

«Oh! la belle fontaine! s'écria-t-il, je ne croyais pas posséder sur

mes terres une semblable merveille! La voûte et la margelle sont

d'argent, par ma foi! Le pavé est en or, l'eau est limpide et fraîche,

et voici, au fond, deux petites grenouilles extrêmement jolies. On les

croirait en or, elles aussi... Il faut que je les rapporte à ma femme,

cela lui fera peut-être plaisir, et la rendra un peu plus aimable

envers moi.»

Il entra alors dans le bassin de la fontaine, et essaya d'attraper

les deux grenouilles, mais elles lui échappaient toujours, au moment

où il croyait mettre la main dessus. Enfin, fatigué et impatienté de

ses vains efforts, il se décida à regrimper sur son dromadaire et à

retourner chez lui, ayant, d'ailleurs, complètement oublié le but de

son voyage, grâce aux conjurations d'Azénor.

«Eh bien! lui cria sa femme, vous ne les avez donc pas trouvés, que

vous revenez seul?»

Le pauvre bonhomme ne se rappelait plus du tout ce dont il s'agissait;

il répondit au hasard:

«Non, je ne les ai pas vus.

--Vous ne voyez jamais rien de ce qu'il faut voir! Où aviez-vous donc

la tête?

--Ah! si vous saviez quelle fontaine extraordinaire j'ai rencontrée

sur ma route! je n'ai jamais rien vu de si beau! De l'or, de l'argent

partout, et, au fond de l'eau, deux petites grenouilles d'or, si

jolies, si mignonnes! J'ai bien essayé de les prendre, pour vous les

rapporter, mais je n'ai pas pu y réussir, malgré tous mes efforts.

--Vieil imbécile! s'écria la dame en colère, ces deux grenouilles d'or

étaient ceux que vous poursuiviez; il ne fallait pas revenir sans les

avoir prises! Est-ce que je ne vous avais pas prévenu d'avance de tout

ce que vous aviez à faire? Est-ce que je ne vous avais pas dépeint la

fontaine, et les grenouilles, et tout?... Mais, tout vieux que vous

êtes, vous n'avez pas plus de cervelle qu'un jeune poulet!

--J'avoue que j'avais complètement oublié vos recommandations, répondit

le bonhomme, d'un air piteux. Il faut qu'il y ait du sortilège

là-dedans, car je vous avais bien écoutée, je vous assure, ma mie!»

La magicienne haussa les épaules.

«Tout est à recommencer, dit-elle; heureusement ils ne sont pas encore

à six cents lieues, et votre maladresse peut se réparer. Reprenez vite

la poursuite, et tâchez, cette fois, d'être plus habile. Écoutez-moi

bien: Quand ils vous verront arriver, ils changeront leurs chevaux en

arbres, leurs trésors en feuilles d'or et d'argent, et eux-mêmes, en

deux petits oiseaux, qui chanteront sur les branches des arbres. Partez

sous la forme d'un nuage, pour aller plus vite, et ramenez-moi mes

gens.»

Arzur et Azénor avaient repris leur forme première, et, tout en

chevauchant sur les nuées, tenaient conseil sur ce qu'il y avait de

mieux à faire pour dérouter leurs persécuteurs.

«La magicienne est dans une grande colère, dit Azénor; je l'entends qui

gronde son époux et le renvoie à notre poursuite. Mais le pauvre homme

n'a pas la mémoire bien sûre, et, pour cette fois encore, je pense lui

faire oublier les leçons de sa femme. Regarde si tu ne le vois pas

venir, car il va avec la rapidité de l'éclair.

--Je ne vois qu'un gros nuage noir, qui s'avance sur nous, comme poussé

par un vent violent.

--C'est lui!... descendons à terre.»

Aussitôt qu'ils eurent touché le sol, leurs chevaux se changèrent en

deux beaux arbres, dont les feuilles d'or et d'argent étincelaient

au soleil, et Arzur et Azénor devinrent deux charmants oiseaux, qui

chantaient d'une voix mélodieuse.

Le nuage arriva sur eux...

«Voilà, pensa le magicien, les arbres dont ma femme m'a parlé.

J'entends bien les oiseaux aussi, mais comment les prendre? Il reprit

sa forme naturelle, en touchant terre, et, tout en admirant les arbres,

tout en écoutant les oiseaux, il resta là, bouche béante, immobile

comme une statue, captivé par la mélodie et totalement oublieux de

sa mission. Le soleil se couchait, tout rouge, à l'horizon, que le

magicien n'avait pas bougé.

L'approche de la nuit le tira de son extase.

«Holà, pensa-t-il, voici le soleil couché, il est temps de rentrer.»

Et il s'en retourna.

En le voyant revenir, encore tout seul, la magicienne s'écria:

«Eh bien! et ces oiseaux?...

--Quels oiseaux?

--Comment, quels oiseaux? Arzur et Azénor, que vous êtes allé chercher.

--Je n'ai pas vu d'Arzur et d'Azénor; j'ai vu deux arbres magnifiques,

au feuillage d'or et d'argent, et, tenez, maintenant, je me rappelle

qu'il y avait sur les branches de ces arbres deux petits oiseaux, qui

chantaient si mélodieusement que jamais de ma vie je n'ai rien entendu

de si beau.

--Et vous êtes resté là, comme un nigaud, à les écouter, perdant votre

temps et ayant oublié sans doute tout ce que je vous avais dit?

--Ma foi, oui! je ne m'en suis plus souvenu.»

La magicienne tapa du pied.

«Mais, homme stupide! ces deux oiseaux c'étaient eux! c'était Arzur et

Azénor! Ah! vous êtes un fameux magicien!--Décidément, il n'y a plus

rien à attendre de vous. Je vais aller moi-même à leur poursuite. Je

saurai bien les atteindre et les ramener, moi! bien qu'ils soient près

de sortir de nos terres.»

Elle partit aussitôt, sous la forme d'un nuage noir, chargé de grêle,

flamboyant d'éclairs, et avec un vacarme épouvantable: grondements de

tonnerre et mugissements de tempête.

«Cette fois, dit Azénor, c'est la magicienne elle-même qui viendra, et

elle est bien en colère. Regarde derrière toi; que vois-tu?

--Je vois un gros nuage noir qui s'avance sur nous, au bruit du

tonnerre, à la lueur des éclairs.

--C'est elle!... Jette tout de suite le bouchon de paille, que tu as

apporté de l'écurie.»

Arzur fit comme sa sœur lui disait; et voilà qu'une multitude de meules

de paille, très grandes et très hautes, s'élevèrent derrière eux et

arrêtèrent le nuage.

Mais la magicienne se changea en épervier et, d'un vol rapide, elle eut

bientôt franchi les meules; puis, reprenant sa forme de nuage, elle

continua la poursuite.

«O ma sœur! ma sœur! cria Arzur épouvanté, voilà encore le nuage, le

nuage noir! il va nous atteindre!

--Jette vite la brosse à terre, il n'est que temps!»

A peine la brosse eut-elle touché le sol, qu'un grand étang se forma à

la place où elle était tombée.

Le nuage, ardent de mille feux, pompa l'eau en un instant, mais il s'en

trouva alourdi, et les fugitifs en profitèrent pour gagner du terrain;

vain espoir! le nuage allait toujours plus vite. Une fois encore, il

était près de fondre sur eux.

«Jette l'étrille», cria Azénor.

Alors, s'éleva subitement une grande ville, avec de hautes tours, des

maisons à toits pointus, des clochers à jour.

C'était autant d'obstacles, qui contrariaient la marche du nuage.

Cependant, il continuait d'avancer, sifflant, hurlant, brisant tout sur

son passage.

Il traversa ainsi la ville, et, une fois en rase campagne, la course

devint si furieuse, qu'Arzur se crut perdu pour de bon. Mais Azénor,

penchée sur le cou de son cheval, qui dévorait l'espace, montra à son

frère une large bande verte à l'horizon.

«C'est la mer! cria-t-elle, c'est le salut! là expire la puissance de

notre ennemie; courage, Arzur! nous sommes sauvés!»

Une minute plus tard, le bras de mer était franchi et les séparait de

la magicienne.

Celle-ci, qui avait repris sa forme ordinaire, écumait de rage,

grinçait des dents, et, du rivage, leur montrait le poing en vociférant

mille injures.

«Ma malédiction sur vous, criait-elle, et que la foudre vous écrase!

Vous avez sûrement enlevé mon petit livre rouge, qui contient toute ma

science.

--Oui, dit Azénor, en lui montrant le livre. Le voici! et je me moque

de vous, à présent!»

Et tous deux riaient de sa fureur impuissante.

Elle s'en retourna, comme elle était venue, sous la forme d'une

tempête, et elle dévasta tout le pays, pour se venger de sa déconvenue.

Les deux jeunes gens s'éloignèrent alors, joyeux de leur délivrance.

Ils entrèrent dans un grand bois, où la nuit les surprit. Avec de la

mousse et des feuilles sèches, ils se firent un bon lit, au pied d'un

vieux chêne, et ne tardèrent pas à s'endormir d'un profond sommeil.

Contes du pays d'Armor · 第 48 / 64 题