Trois semaines plus tard arriva la vraie fête des jardiniers. Cette
fois encore, ce fut Péronic qui régala, et d'une manière encore
plus magnifique que la première.--Il y eut des joutes sur l'eau, un
splendide festin et un feu d'artifice. On joua encore à différents
jeux, et, comme on regrettait les quilles et la boule d'argent...
«J'en ai de bien plus belles», dit Péronic, et il alla chercher ses
quilles d'or.
Elles parurent si merveilleuses, que le bruit en vint encore jusqu'à la
princesse. Elle envoya de nouveau sa demoiselle d'honneur les demander
et, quand elle les vit, elle en fut dans une telle admiration, qu'elle
ne voulait plus les rendre.
«Combien voulez-vous me vendre vos quilles et votre boule d'or? alla
demander la demoiselle à Péronic.
--Pour qui?
--Que vous importe?
--Cela m'importe beaucoup. Est-ce pour vous?
--Non.
--Est-ce pour votre maîtresse?
--Oui!
--Eh bien! cette fois encore, je ne les donnerai ni pour or ni pour
argent.
--Pour quoi donc alors?
--Pour un baiser que je déposerai sur la main de la princesse.
--Insolent! osez-vous bien parler ainsi? Jamais ma maîtresse ne
consentira à une telle condition, vous pouvez en être sûr.
--Peut-être! demandez-lui toujours.»
La demoiselle revint au château royal, l'air assez déconfit.
«Qu'y a-t-il? dit la princesse.
--Madame, les exigences de ce garçon n'ont plus de bornes; il veut
encore être admis en votre présence et baiser votre main.
--Il est vraiment bien hardi, et je ne sais trop si je dois
l'encourager... Mais, après tout... les seigneurs de la cour du roi
mon père me baisent la main, pourquoi celui-là n'en ferait-il pas
autant? Il n'est pas laid, ni mal élevé,--j'ai pu le voir l'autre jour.
D'ailleurs, je veux avoir sa boule d'or, ajouta-t-elle, en faisant
sauter dans sa main le globe doré, qui étincelait de mille feux.--Va le
chercher...
--Oh! madame! madame!» murmura la pauvre suivante consternée.
Péronic s'était préparé pour cette royale entrevue; il avait mis ses
plus beaux habits, que rehaussaient encore sa taille élégante et sa
démarche gracieuse.
Il fit trois profonds saluts à la princesse, qui se tenait debout près
d'une fenêtre, jouant toujours avec la boule d'or.
«Vous avez dit à ma suivante que vous vouliez bien me vendre vos
quilles et votre boule d'or? dit-elle.
--Oui, princesse.
--Mais, à quel prix vous les mettez!--Vous n'y pensez pas, jeune homme!
--Oh! si, madame! dit Péronic avec une telle ardeur, que la princesse
rougit jusqu'aux yeux.
--Vous me demandez là une faveur que je n'accorde qu'aux ducs et aux
comtes de la cour du roi mon père.
--Madame, vous êtes libre de me la refuser, mais daignez me rendre mes
quilles et ma boule d'or, alors.
--Oh! pour cela non! dit la princesse. Allons, venez, puisque vous êtes
si intraitable.» Et elle lui tendit la main.
Péronic la prit délicatement et la porta à ses lèvres.
«Vous l'avez gardée un peu trop longtemps, dit la princesse, mais comme
c'est la première fois, et la dernière aussi, que vous la baisez, je
vous pardonne.» Et elle lui fit un sourire gracieux et le congédia.