Le maître fut bien étonné.
«D'où vient cette musique? dit-il.
--C'est mon coq qui annonce que le jour va venir, répondit Goulven.
Attendez un peu et vous l'entendrez encore.»
A quatre heures, le coq fit de nouveau: Coquerico! Coquerico!!
--Pourquoi le coq a-t-il chanté? dit le maître.
--Parce que _le jour est arrivé_», dit Goulven.
Il ouvrit la porte; une clarté gaie emplit l'écurie, et le seigneur
vit que le jour était en effet venu, tout rose et tout joyeux (on
était au mois de mai). Il était émerveillé et n'en revenait pas de son
étonnement.
[Illustration: «VENDS-MOI TON COQ. COMBIEN EN VEUX-TU?»]
«Si tu voulais me vendre ton petit animal, dit-il à Goulven, tu me
rendrais un fameux service! Aucun domestique ne veut rester ici plus
de trois mois. La besogne est toujours en souffrance; les labours
n'en finissent pas, les semailles ne sont jamais faites à temps;
les récoltes pourrissent sur pied: c'est une ruine pour ma maison.
Vends-moi ton coq. Combien en veux-tu?
--Mille écus, et une bonne pension au manoir pour moi.
--C'est entendu», dit le seigneur.
Goulven était un beau garçon, bon travailleur, toujours prêt à chanter
_gwerz_ ou _zône_[7], à répondre à une plaisanterie. Le seigneur le
prit en grande amitié, sa fille fit de même..... Trois mois n'étaient
pas écoulés que l'ami Goulven, entré au manoir par charité, était
devenu le gendre du maître, et, bien nourri, bien vêtu, bien logé, se
promenait comme un propriétaire.
[7] Les gwerziou (au singulier, gwerz) sont des chansons gaies ou
tendres; les soniou (zône) sont des chants tristes ou même tragiques
racontant des épisodes historiques ou des légendes.