Le lendemain au matin, il fut très étonné de voir toute la maison
plongée dans la tristesse: depuis les maîtres jusqu'aux serviteurs,
tout le monde pleurait et se lamentait.
«Qu'y a-t-il donc? dit-il à la vieille cuisinière qui l'avait pris en
grande amitié.
--Hélas! mon fils, répondit-elle, nous avons assez sujet d'être dans
l'affliction! Tous les sept ans, une jeune fille de la famille de notre
maître doit être livrée à un monstre épouvantable, un serpent à sept
têtes qui habite dans une forêt sauvage à trois lieues d'ici. Le tour
de notre maison est venu et, demain, notre pauvre petite demoiselle
Aliette sera conduite à la mort. Et si vous saviez comme elle est
bonne, et sage, et jolie! nous la chérissons tous! Et notre vieux
maître qui n'a pas d'autre enfant qu'elle!... cela brise le cœur rien
que d'y songer!»
Et la vieille se mit à sangloter.
«Personne n'a essayé de tuer ce monstre? dit Robardic.
--Oh! mon Dieu si! on a fait tout ce qu'on a pu. On a envoyé contre
lui des troupes nombreuses et vaillantes, il a tout anéanti, jusqu'au
dernier homme. Pensez qu'il a sept têtes! et qu'il vomit du feu par
sept gueules! comment vaincre un animal si redoutable?»
Robardic baissa la tête et resta silencieux, puis, en soupirant
profondément, il quitta la vieille, alla chercher son troupeau et le
conduisit au bois. Tout le jour, étendu sur l'herbe, sous l'ombre d'un
grand chêne, la tête dans ses mains, il ne cessa de se creuser la
cervelle pour trouver un moyen de sauver la pauvre demoiselle.....
Tout était dans la désolation au château, quand il y rentra. La nuit
entière se passa dans les cris, les gémissements, personne ne songeait
à chercher le repos. Le jour--jour fatal qu'on aurait voulu ne voir
luire jamais!--commença à blanchir l'horizon, puis le soleil se leva
tout rose et ses premiers rayons qui doraient la lande, vinrent
éclairer un triste cortège. Accompagnée de ses parents et de ses amis,
la jeune fille vouée au sacrifice se dirigeait vers la forêt. Sur la
lisière du taillis, elle descendit de cheval et serra une dernière fois
son père dans ses bras, puis elle entra sous bois, seule, tandis que le
pauvre vieillard, abîmé dans sa douleur, tombait inanimé sur le sol.
La forêt était sombre et sauvage, Aliette y cheminait à pas lents,
le cœur plein d'une horrible angoisse, mais appelant à elle tout son
courage:
«C'est mon devoir de sacrifier ma vie pour ma famille et mon pays,
pensait-elle. Si je ne me livre pas au dragon, il dévastera toute la
contrée; d'affreux malheurs peuvent être évités par ma mort. Le sang
dont je suis doit une victime. Avant moi, que de filles de ma race ont
payé le fatal tribut! Que d'autres le payeront encore! O Dieu! ayez
pitié de moi!--Allons!»
Et elle allait, frissonnant de terreur au moindre bruit dans le fourré;
parfois se mettant à courir d'une course folle pour retourner sur ses
pas, tombant à genoux, épuisée, anéantie, pleurant et sanglotant,--puis
se relevant, elle reprenait son douloureux voyage.....
Tout à coup, à un détour du chemin, lui apparaît un brillant chevalier
monté sur un beau coursier noir. Il est couvert d'une armure couleur de
la lune. Sa visière est baissée, une épée nue rayonne dans sa main.....
Aliette le regardait avec une surprise mêlée d'effroi. Un chien noir
vint japper doucement près d'elle et lui lécher les mains.
Elle se rassura un peu et leva sur le chevalier ses beaux yeux baignés
de larmes.
«Où allez-vous ainsi, damoiselle? lui dit-il.
--Hélas! à la mort! répondit-elle.
--A la mort! si jeune et si belle! je ne le permettrai pas! Je mourrais
plutôt moi-même.
--Grand merci, preux chevalier, mais nul homme au monde ne peut
détourner le sort qui m'attend. Tous les sept ans, une fille de
ma maison doit être jetée en proie à un dragon à sept têtes qui
habite cette forêt. C'est mon tour maintenant, je n'ai plus qu'à me
résigner.....
--Prenez courage, noble damoiselle, et ne vous laissez pas ainsi aller
au désespoir sans essayer de lutter un peu contre la destinée. Vous
êtes obligée de vous présenter devant le monstre, dites-vous! c'est moi
qui vous y conduirai! Montez derrière moi.
--Hélas! noble sire, je n'y arriverai que trop tôt; pourquoi me faire
devancer l'heure?
--Ne craignez rien, vous dis-je. Songez que vous êtes plus en sûreté à
cheval, protégée par moi, qu'à pied, seule dans cette forêt.
--C'est vrai», dit Aliette; et posant le bout de son pied délicat sur
l'étrier du chevalier, elle lui tendit les deux mains; il l'enleva de
terre en un clin d'œil et la fit asseoir sur la croupe du cheval, puis
tous deux partirent au galop.
Ils ne furent pas longtemps sans s'apercevoir qu'ils approchaient de la
demeure du monstre.
Son haleine brûlante avait desséché les arbres, calciné les pierres,
consumé les plantes, les fleurs, les mousses même. On ne voyait
plus rien de vivant dans ce lieu de désolation, mais, au sein d'un
immense rocher, s'ouvrait une caverne où l'on entendait d'horribles
sifflements. Le serpent à sept têtes en sortit. Quand il vit Robardic
s'approcher, toutes ses têtes crièrent ensemble:
«Jette-moi cette jeune fille et va-t'en!
--Non certes, dit Robardic, si tu veux l'avoir, viens la prendre! et tu
n'y réussiras pas sans combat, je t'en préviens!
--Jeune imprudent! tu ne songes donc pas que j'ai sept têtes!
--Quand tu en aurais quatorze, tu ne me ferais pas plus peur!
--J'ai exterminé des troupes entières d'hommes vaillants et déterminés.
--Tu as devant toi un cœur ferme et un bras que rien ne fera reculer!
--Allons! j'ai pitié de toi, jette cette fille à bas de ton cheval et
pars d'ici le plus vite que tu pourras.
--Je te l'ai déjà dit, viens la prendre si tu veux l'avoir!»
Le dragon courroucé s'avança sur le chevalier en lançant des jets
de feu par la gueule et par les naseaux. Mais l'armure de Robardic
écartait les flammes, elles n'approchaient ni de lui ni d'Aliette.
A grands coups d'épée, il frappait sur le monstre, lui faisant des
blessures terribles par tout le corps, car l'arme, trempée dans du sang
d'aspic, avait un pouvoir magique.
Le serpent se tordait, râlait, écumait, poussait des clameurs
effroyables, rien n'arrêtait son robuste adversaire.
Six des sept têtes étaient déjà tombées, quand il s'écria:
«Quartier! quartier! jusqu'à demain!
--J'y consens», dit Robardic qui sentait ses forces s'épuiser.
Le dragon rentra dans son antre. Aliette et son défenseur revinrent
jusqu'à la lisière de la forêt. Mais le soir était venu, la famille
désolée avait regagné le château et il ne restait plus sur la lande que
le cheval d'Aliette paissant tranquillement l'herbe de la douve.
La jeune fille mit pied à terre et, les yeux pleins de larmes de
reconnaissance, remercia son chevalier.
«Venez avec moi, je vous en prie! dit-elle, je veux vous présenter à
mon père; il faut qu'il connaisse le sauveur de son unique enfant.
--Non, damoiselle, je ne puis pas. Pas à présent, du moins.»
Et comme Aliette le pressait.....
«Vous n'êtes point encore délivrée, dit-il, le monstre n'est pas
mort! Mais ne craignez rien. Si l'on vous ramène ici demain, vous m'y
trouverez encore tout prêt à combattre pour vous. Adieu! montez sur
votre cheval et retournez sans moi dans votre demeure.»
En achevant ces mots, le cavalier piqua des deux, et se perdit dans
l'épaisseur de la forêt.
La jeune fille reprit, d'un cœur presque gai, cette route, que le matin
elle avait suivie, plongée dans un si violent désespoir, et arriva dans
sa famille.
On l'y reçut avec les transports de joie qu'on peut imaginer. Son
père ne se lassait point de la couvrir de caresses et l'accablait de
questions sur son aventure et la rencontre extraordinaire d'un si
vaillant chevalier. Même la pensée d'avoir à recommencer l'épreuve le
lendemain ne troublait pas trop leur bonheur, car Aliette avait toute
confiance en son défenseur et ne doutait point qu'il parvînt à tuer le
monstre et à délivrer sa maison de l'horrible servitude qui pesait sur
elle.
Quant au héros de la journée,--tandis que, dans la grande salle, chacun
répétait ses louanges,--vêtu comme un simple pâtre, il faisait rentrer
son troupeau à l'étable, puis venait s'asseoir au coin du foyer de la
cuisine, attendant paisiblement son souper.
«N'entends-tu pas le bruit qu'on fait là-bas?» lui dit la vieille
cuisinière.
Folle de joie, elle riait et pleurait en même temps.
«Si, j'entends bien; mais pourquoi tout ce tapage?
--Pourquoi? petit! Pourquoi?... tu ne sais donc pas que notre jeune
damoiselle est revenue saine et sauve?... Un chevalier, Dieu le garde!
l'a défendue contre le serpent à qui il a coupé six têtes, six!
entends-tu?... Tu as l'air tout drôle! Cela ne te remue pas le cœur.
Voyons, dis?
--Si; mais comment s'appelle-t-il, le chevalier?
--On ne sait pas son nom. Il n'a pas voulu le dire à notre damoiselle
Aliette, et il a refusé de venir avec elle au château. Ah! je crois
que je l'embrasserais de bon cœur, tout chevalier qu'il est, si je le
voyais là devant moi!»
Et la bonne femme servit double portion à Robardic, pour lui faire
partager sa joie.
Le lendemain, au lever du soleil, Aliette fut encore conduite à la
forêt par tous ses parents. Bien qu'on fût moins triste que la veille,
une grande inquiétude étreignait tous les cœurs, car les premiers
mouvements de joie passés, chacun s'était dit, qu'après tout, l'épreuve
n'était pas finie. Le chevalier serait-il fidèle au rendez-vous? Et
puis, serait-il vainqueur cette fois?
Ce fut donc encore au milieu des larmes et du plus violent chagrin que
la jeune fille se sépara de son père et de ses amis, et entra dans le
bois. Elle n'y avançait pas vite, s'arrêtait souvent et regardait de
tous côtés, cherchant son défenseur. Arrivée au pied du grand chêne,
elle s'assit,--résolue à l'attendre jusqu'au coucher du soleil, mais
son attente ne fut pas longue.--Un beau lévrier gris vint bondir tout
près d'elle, et Robardic, visière baissée, épée au poing, apparut monté
sur un magnifique cheval gris. Il portait une armure d'argent poli
comme un miroir; sa tunique était en drap d'argent semé d'étoiles de
saphir; le harnachement de son cheval y était assorti.
«Ah! mon chevalier! vous voici donc! s'écria la jeune fille, j'étais
bien sûre que vous viendriez!»
Comme la veille, elle monta en croupe, et le cheval partit, les
emportant tous deux dans un galop rapide.
Le monstre les attendait devant sa caverne:
«Jette-moi la jeune fille! hurlèrent quatorze têtes.
--Pas plus aujourd'hui qu'hier! répondit intrépidement Robardic.
--Jette-la! te dis-je.
--Viens me l'enlever!»
Le combat commença, plus terrible, plus acharné que la veille. Robardic
frappait d'estoc et de taille, sans trêve, sans relâche, couvrant de
son corps Aliette qui se blottissait derrière lui, et infligeant au
monstre de cruelles blessures. Presque à chaque coup, il abattait
une tête, mais il y mettait tant de force qu'il fut bientôt harassé.
Heureusement pour lui, le dragon, après avoir perdu treize têtes sur
quatorze, demanda encore une fois quartier jusqu'au lendemain.
«Je te l'accorde, dit Robardic. Abandonnes-tu tes droits sur cette
damoiselle?
--Jamais, tant qu'il me restera un souffle de vie! et malheur à son
père, malheur à sa famille! malheur à son pays! si elle ne revient pas
ici, demain, au lever du soleil.
--Elle y reviendra, puisqu'il le faut, dit Robardic, mais tu me
trouveras encore entre elle et toi!»
Le monstre fit entendre un sifflement de rage et le jeune cavalier
partit avec sa compagne, tremblante d'émotion. Il la ramena où il
l'avait trouvée, et, cette fois encore, refusa obstinément de dire son
nom ni de la suivre.
Aliette, sur la lisière du bois se vit bientôt entourée de tous ses
parents qui l'avaient attendue, fort inquiets, mais non désespérés. Ils
la ramenèrent au château tout joyeux et remplis de confiance dans la
valeur du chevalier inconnu.
Robardic, après avoir reconduit son cheval et reporté ses armes au
château abandonné, vint comme de coutume, sous ses vêtements de pâtre,
faire rentrer son troupeau et reprendre sa place au foyer avec les
serviteurs.....
L'aube blanchissait à peine la cime de la forêt, quand, pour la
troisième fois, la damoiselle du château reprit, seule, et à pied,
le chemin de la caverne. A l'entrée du bois elle aperçut un cavalier
éblouissant d'or et de pierreries. Sur son casque, sur sa poitrine,
sur son bouclier, des soleils de diamants étincelaient de mille feux
et son épée semblait un trait de flamme. Il maintenait à grand peine
un superbe coursier blanc qui rongeait son frein, frappait la terre du
pied, se cabrait, balayait le sol de sa longue queue flottante. Aliette
resta stupéfaite, elle ne reconnaissait plus son chevalier et n'osait
avancer.--Mais il l'appela d'une voix douce et forte à la fois, et elle
courut vers lui; un admirable épagneul tout blanc dont le collier d'or
avait des clous à tête de diamant bondissait autour d'elle.
Le cheval était si bien dressé, malgré son ardeur, qu'il se baissa
doucement sur ses pieds de derrière, et Aliette put monter sur sa
croupe sans aucune peine. Alors, se tenant des deux mains à la ceinture
d'or du chevalier, elle se laissa emporter. Ils allaient comme la
tempête. Ils arrivèrent si vite devant la caverne que le dragon n'en
était pas sorti.
«Viens ici, monstre horrible! cria Robardic, en brandissant son épée
flamboyante. Viens perdre la dernière tête qui te reste!
--Tu te trompes! mugit une clameur effroyable; tu m'avais laissé une
tête hier, mais j'en ai trente aujourd'hui, abats-les si tu peux!
--Si tu en as trente, je ne m'en soucie guère! sors-les, qu'on les
voie, et que la bataille commence!»
Le dragon apparut alors dans toute son horreur et Aliette pensa mourir
de frayeur. Il vomissait du feu, de la fumée, des flammes, il poussait
des cris qui faisaient trembler les hommes et les animaux à dix lieues
à la ronde. Mais chaque fois que l'épée de Robardic retombait, une des
trente têtes roulait à terre; son bras semblait infatigable, son cheval
faisait des prodiges de force et d'adresse, et le chien veillait sur
Aliette, aboyant bien haut quand une des têtes du monstre la menaçait
de plus près.
Quel combat! quelle fureur de part et d'autre! que de ruses! que
d'audace! que d'attaques sans cesse renaissantes! Aliette, demi-morte,
tenait bon pourtant de ses mains crispées, et Robardic ne faiblissait
pas. Un dernier coup le rendit vainqueur. La trentième tête tomba,
les anneaux du monstre se déroulèrent et sa masse hideuse s'écroula
lourdement sur le sol où elle resta gisante.
Robardic mit pied à terre, et fit descendre Aliette. Elle poussa
un profond soupir, se jeta dans les bras de son sauveur et y resta
pâmée.....
Les soins du chevalier la firent bientôt revenir à elle, heureusement,
et elle lui exprima alors sa reconnaissance dans les termes les plus
touchants:
[Illustration: LE DRAGON APPARUT DANS TOUTE SON HORREUR, VOMISSANT DU
FEU, DE LA FUMÉE, DES FLAMMES...]
«Maintenant que tout est fini, apprenez-moi votre nom, je vous en
supplie! lui dit-elle. Ne doit-il pas être béni de toute ma famille?
Venez chez mon père! Je sais qu'il n'y a pas de récompense à la hauteur
de vos bienfaits, mais consentez au moins à recevoir quelque
témoignage de gratitude, si faible qu'il soit, comparé à ce que nous
vous devons.
--Non, damoiselle, répondit Robardic d'un ton ferme; le bonheur de vous
avoir sauvée suffit amplement à me récompenser de ce que j'ai pu faire.
Le temps de me faire connaître n'est pas encore venu.
--Alors quelque jour, nous saurons qui vous êtes? Nous vous reverrons?
--Oui, je vous le jure!
--Sera-ce bientôt?
--Dans peu de temps, sans doute.»
Mais Aliette insistait.....
«Laissez-moi, lui dit-il doucement. J'ai encore lourde besogne ici;
allez retrouver votre père. Songez qu'il ne saura jamais trop tôt
la bonne nouvelle que vous avez à lui porter. Je vais vous conduire
jusqu'à l'entrée du bois.»
Sur la lande, Aliette vit accourir au-devant d'elle une grande
multitude de gens. Ses parents, ses amis, ses vassaux, poussèrent des
cris de joie en l'apercevant. On la ramena au château par des chemins
couverts de fleurs; dans tous les clochers, les cloches tintaient;
hommes et femmes chantaient des chœurs joyeux, et son vieux père, se
soutenant à peine, tant son émotion était forte, la menait par la main
en versant des larmes de bonheur.
Robardic, pendant ce temps, avait mis en pièces le corps du serpent et
en avait disséminé les morceaux de toutes parts pour les empêcher de
se rejoindre, puis il était allé reconduire son cheval et son chien au
château de la forêt. Il déposa aussi sa brillante armure, reprit ses
vêtements de laine brune, et revint en chassant son troupeau devant lui.
«Comme tu rentres tard, mon petit Robardic! dit la bonne vieille
cuisinière. Est-ce qu'il t'est arrivé quelque chose en chemin? as-tu
perdu quelqu'une de tes bêtes?
--Non, aucune, heureusement. Mais pourquoi donc les cloches ont-elles
sonné si fort et si longtemps?
--Quoi, tu ne sais pas que notre damoiselle est sauvée? que le dragon
est mort, que la famille et le pays sont délivrés pour toujours de cet
horrible fléau? D'où sors-tu donc, mon pauvre garçon?
--Je suis bien content que le dragon soit tué et la damoiselle
délivrée, dit Robardic d'un ton tranquille; mais qui donc a fait ce
beau coup?
--C'est ce cavalier inconnu, un chevalier beau comme le soleil et si
brave! penses-tu? tuer un dragon qui avait trente têtes! Ce n'est
pas toi qui en ferais autant! Et dire qu'il ne veut ni venir ici ni
révéler son nom! Voilà qui est fâcheux! Ah! si je le voyais là devant
moi, il me semble que je me jetterais à son cou! Allons, tire-toi un
peu de côté, tu me gênes pour passer et on attend le rôti là-bas! on
y fait bombance, je t'assure, et j'ai bien du plaisir à leur cuisiner
de friands morceaux; mais n'aie pas peur! je penserai à toi et je te
garderai quelque chose de bon. Va t'asseoir dans ton coin.»
Robardic lui obéit sans mot dire.....
Les jeux, les danses, les concerts, les festins ne cessèrent pas durant
huit jours entiers. Il y avait des plaisirs et des régals pour tous,
petits et grands, car le seigneur voulait que tout le pays prît part à
sa joie et fêtât le bonheur de sa fille.