En présence de la rareté et de la cherté persistantes de l'huile, il
importe de ne négliger aucune des sources de production connues, et
d'utiliser, le plus possible, tous les espaces disponibles, pour y
cultiver des plantes susceptibles de fournir cette précieuse denrée.
Parmi ces plantes, nous citerons le tournesol, sur lequel nous avons
déjà attiré l'attention de nos lecteurs dans notre numéro du 14 novembre
1915. Le tournesol ou hélianthe, que l'on cultive surtout dans nos
jardins, comme plante d'ornement, à cause de son aspect très décoratif,
et de ses fleurs géantes d'un beau jaune d'or, est une plante annuelle,
probablement originaire du Mexique, qui fut introduite vers la fin du
seizième siècle en Europe, où elle attira de suite vivement l'attention
comme plante d'ornement, et aussi par son curieux héliotropisme. On la
cultive, notamment en Russie et en Hongrie, comme plante oléagineuse. Le
premier de ces pays tire, chaque année, des graines de tournesol 100,000
quintaux d'une huile comestible savoureuse représentant une valeur de 3
millions de roubles. La Hongrie, qui cultive le tournesol, soit comme
produit principal, soit comme produit accessoire, en bordure des champs
de maïs, de pommes de terre, de tabac, de betteraves, dans les potagers,
etc., en utilise la majeure partie en vue du tourteau résiduel de
l'extraction de son huile, qui sert à la nourriture des chevaux et de la
volaille. En Hollande, dans le Sud de la France, dans le Pendjab (Inde),
dans la Russie méridionale, aux environs de Washington, à la Martinique
et dans quelques régions marécageuses de l'Allemagne, on cultive le
tournesol dans le but d'améliorer le climat, principalement pour
combattre la fièvre intermittente. Le tournesol exige une terre assez
compacte et forte. Ses jeunes bourgeons servent de légume; les tiges
sont utilisées comme combustible et comme source de potasse; les
feuilles fournissent un bon fourrage (sèches, elles constituent un régal
pour les lapins); les fleurs offrent aux abeilles un pollen abondant,
très favorable à la production du miel, et cela dans une saison où les
plantes mellifères sont devenues rares dans la plupart des pays; enfin,
les graines ou noyaux des fruits, au nombre de plus de 2000 par fleur,
constituent une excellente nourriture pour les poules, mais elles sont
surtout employées pour la production d'une huile de table, fine et
savoureuse, et se payent fort cher. Pour l'extraire, on commence par
enlever des fruits les noyaux, qui donnent environ 40% d'huile. Les
tourteaux résiduels constituent un excellent fourrage pour le bétail.
Les graines peuvent aussi être utilisées comme amandes et, en Amérique,
on les cuit pour en faire une sorte de pain. D'après Langethal, 1
hectare peut donner environ 150 kilos d'huile et 400 et 1000 kilos de
tiges et de feuilles.
Voici le printemps venu, c'est le moment de planter des tournesols; en
mettant à profit pour cette culture les espaces incultes disponibles, on
s'en trouvera bien, et on fera ainsi oeuvre utile à la collectivité.
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