Le lendemain; dans l'après-midi, papa Forestier, la tête basse, l'air
inquiet et préoccupé, se parlant à lui-même et faisant des gestes, parut
au bout du jardin de M. Bouchardy.
Mais, dans l'intervalle, le plan de bataille de Michel avait été changé.
C'était à moi de soutenir le premier et principal choc, à lui d'emporter
la victoire et d'en recueillir le fruit.
Mon patron, qui était dans la confidence de Michel, était sorti tout
exprès pour me laisser seul avec le député.
Je fis ses excuses en son nom, cela va sans dire, alléguant une affaire
pressée et qu'il n'aurait pu remettre, sans grave préjudice pour ses
clients. J'eus soin pourtant d'ajouter qu'il allait rentrer «_d'un
instant à l'autre_», afin de retenir le poisson accroché à la ligne.
Au reste, M. Forestier lui-même n'était pas fâché de trouver ce
prétexte pour causer avec moi, qu'il savait l'intime ami de Michel et
le dépositaire de ses secrets. Il s'y prit donc finement et, tout
en feignant de bâiller pendant que je faisais de mon côté semblant
d'écrire, il me dit d'un air goguenard:
--Vous vous mêlez donc aussi de politique, Trapoiseau?
--Peut-être, monsieur le député. Mais comment le savez-vous?
--On me l'a dit... Il paraît que vous êtes républicain?
--Tout-à-fait.
--Oh! mais un chaud, chaud républicain, de ceux qui disent: «Sois mon
frère, ou je te tue!»
--Hé! hé! monsieur, il en est quelque chose...
Je riais, il riait aussi, car Dieu sait si je suis farouche et si j'en
ai la mine.
Il continua:
--On m'a dit que vous seriez candidat aux prochaines élections...
Je répondis simplement:
--Cela pourra venir, mais il faut que Michel passe avant moi.
Il parut très étonné:
--Comment Michel se présente?... Pas possible!
--Lisez sur les murs l'annonce de sa conférence.