Paix signée avec le Maroc, le 10 septembre 1844.
Les résultats de cette campagne sont évidents, vis-à-vis le Maroc
et vis-à-vis Abd-el-Kader. A partir de ce moment, le calme, partout
rétabli, favorise de plus en plus les progrès de la colonisation; et,
en dehors des territoires civils, de Guelma jusqu'à Sétif et Msilah,
de Boghar jusqu'à Teniet-el-Had, Tiaret, Mascara et Tlemcen, la France
possède une ligne de points fortifiés, protecteurs et garants de notre
domination de l'Algérie.
Année 1845. Campagne du printemps.
Abd-el-Kader, qui, depuis la bataille d'Isly, sentait l'appui du Maroc
perdu pour lui, redouble d'énergie pour agiter l'Algérie et y préparer
l'insurrection; ses prédications et ses menaces agissent rapidement
sur l'esprit mobile et inquiet des populations. Une fermentation sourde
présage une révolte générale qui éclate bientôt à la voix d'un chériff
fanatique Sidi-Mohammed ben Abd-Allah (surnommé Bou-Maza, _l'homme à la
chèvre_). Le Dahra donne le signal et l'Ouarensenis tout entier ne tarde
pas à suivre l'exemple du Dahra.
Le gouverneur général envoie trois colonnes dans le Dahra qui est soumis
et désarmé par les opérations des colonels Pélissier, Saint-Arnaud, et
Ladmirault.
Le gouverneur général se porte de sa personne dans l'Ouarensenis (26
mai), atteint succesivement chacune des tribus révoltées et les amène
à capituler. Il leur impose alors la plus dure des conditions pour ces
peuples guerriers: «_l'obligation de verser toutes leurs armes entre nos
mains. Cette mesure produit le plus salutaire effet._»
Le général Marey réprime en même temps les germes d'insurrection qui se
manifestaient parmi les tribus du Djebel-Dira. (Province de Tittery.)
Le colonel Géry prend possession des ksours (villages) de Stitten et
Brézina (au sud de Mascara.)
Le général Bedeau dirige une expédition dans les monts Aurès (au sud
de Bathna), soumet les tribus de ces montagnes, chasse le khalifat
d'Abd-el-Kader et l'ancien bey de Constantine. (Province de
Constantine.)
Résumé:
La révolte fomentée par Abd-el-Kader et Bou-Maza est apaisée; le Dahra
et l'Ouarensenis sont de nouveau soumis et désarmés.
Le Djebel-Dira est pacifié.
La domination française est définitivement reconnue par les populations
nombreuses, riches et guerrières de l'Aurès.
Nos armes paraissent avec éclat, pour la première fois, chez les
Ouled-Sidi-Cheikh (à plus de quatre-vingts lieues de la côte.)
Campagne d'été.
L'insurrection de l'Ouest avait eu son contre-coup dans la Kabylie.
Ben-Salem, qui s'y était réfugié, suscite des troubles dans le cercle de
Dellys.
Le gouverneur général part le 23 juillet d'Alger et peu de jours lui
suffisent pour ramener l'ordre dans ce cercle important. Le 28 juillet,
les tribus révoltées des Beni-Ouaguenoun et des Flicet-el-Bahar
sollicitent l'aman.
Comme résultat de la campagne du printemps et de celle d'été, on peut
dire qu'au commencement de septembre, la plupart des tribus révoltées
étaient rentrées dans l'ordre; toutefois, les principaux instigateurs
de ces troubles n'ayant pu être atteints, on pouvait prévoir que de
nouvelles tentatives d'insurrection auraient lieu bientôt.
Le gouverneur général est parti pour la France en congé, le 4 septembre
1845 (congé de trois mois à compter du 1er septembre.)