Relativement au jour de l'inauguration, la commission fut d'avis qu'il
en serait référé à M. le maire et à M. le préfet, et qu'en tout cas,
l'autorité municipale devrait prescrire ce qu'il y aurait à faire; mais
on était d'avis que le dimanche 27 août serait le jour le plus opportun.
Ce qui est relatif à la médaille, a été renvoyé à une époque plus
éloignée, selon les ressources de la commission.
M. Michaut fit, le 15 août 1843, un rapport par lequel il déclara que
les conditions imposées par la commission du monument, d'après les
articles du traité passé entre M. le baron de Fresquienne, président de
la commission et M. de Saint-Denis, étaient convenablement remplies par
le fondeur, dont il avait suivi les travaux avec l'assiduité
nécessaire.--Et que, quant à l'aplomb, on ne pourrait le juger que sur
place.
Sur l'invitation de M. le préfet de Seine-et-Oise, président d'honneur,
la treizième séance de la commission eut lieu, le 26 août 1843, chez M.
l'abbé Caron, vice-président.
La commission, considérant que les travaux ne pouvaient être terminés
pour le 27, rapporta la décision qu'elle avait prise précédemment, et
décida qu'elle fixerait ultérieurement le jour de l'inauguration, quand
elle aurait été éclairée par M. Paris sur l'époque de la clôture des
travaux.
Cet architecte, ayant été immédiatement introduit, exposa son avis sur
l'exécution matérielle et la teneur de l'inscription. Chaque membre prit
successivement part à la discussion. Après un long débat, la commission
déclara choisir les lettres en bronze appliquées par des tenons scellés.
Elle rapporta sa décision du 1er août, et arrêta que cette
inscription, posée sur la face principale du monument, serait conçue en
ces termes:
L'ABBÉ DE L'ÉPÉE,
PREMIER INSTITUTEUR DES SOURDS-MUETS,
NÉ A VERSAILLES,
LE XXIV NOVEMBRE MDCCXII.
Puis, l'architecte ayant donné l'assurance que tous les travaux seraient
terminés la semaine suivante, la commission décida qu'elle fixerait
irrévocablement le jour de l'inauguration au dimanche 3 septembre, vers
une heure de relevée.
Après que M. Paris se fut retiré, M. Gabriel, graveur de la plaque, fut
introduit, et il proposa d'en faire tirer des exemplaires. La commission
arrêta qu'il en serait remis un à chaque souscripteur, et que les quatre
sur papier porcelaine, qui avaient été apportés par M. Gabriel, seraient
offerts, un au roi Louis-Philippe, souscripteur, par les soins de M. le
préfet; un autre à M. le préfet lui-même, président d'honneur de la
commission; le troisième à M. Remilly, maire de Versailles; et le
quatrième à M. le baron de Fresquienne, président de la commission.
L'ordre du jour appelait la délibération relative à l'inauguration de la
statue. La commission décida ce qui suit:
Le jour de l'arrivée de la statue, M. le maire serait prévenu que, le
monument étant terminé, la commission proposait de fixer le jour de son
inauguration au dimanche 3 septembre, à une heure; qu'elle l'en
informait, en le priant d'inviter les autorités, et de vouloir bien
prendre toutes les mesures de police qu'il croirait nécessaires,
notamment pour empêcher la commission et les souscripteurs d'être
confondus avec la foule. Il fut arrêté que cette lettre à M. le maire
serait présentée à l'approbation et à la signature de M. le préfet,
président d'honneur. De plus, il fut décidé, à l'unanimité, que ledit
président d'honneur serait invité, par la commission, à vouloir bien lui
donner un dernier témoignage de sa haute bienveillance, en daignant être
son interprète, le jour de l'inauguration, pour l'hommage à faire de la
statue à la ville de Versailles.
La commission arrêta, aussi, que MM. les souscripteurs, habitant Paris
et Versailles, seraient invités à la cérémonie, de même que diverses
personnes qui ont rendu différents services à la commission.
Il fut enfin décidé qu'une notice sur la vie de l'abbé de l'Épée serait
imprimée et distribuée aux souscripteurs; qu'elle serait lue le jour de
l'inauguration, et qu'en conséquence, la cérémonie de l'inauguration
devrait se composer: 1º de l'offre de la statue à la ville de
Versailles; 2º de la réponse de M. le maire; 3º de la lecture de la
notice.
M. le maire, dans la séance extraordinaire du conseil municipal, du 2
septembre, fit, au sujet de cette offre, un rapport dans lequel il
rappela la délibération suivante du conseil municipal, après avoir
entendu, le 8 novembre 1841, celui de la commission qui avait été
chargée de visiter le modèle de la statue de l'abbé de l'Épée:
«L'érection de la statue de l'abbé de l'Épée, d'après le modèle de M.
Michaut, est autorisée: cette statue sera élevée sur le point de
jonction des rues Royale et d'Anjou[100].»
M. le maire s'empressa, sur la proposition de la commission du monument,
de fixer au dimanche 3 septembre l'inauguration de la statue, dont elle
devait renouveler solennellement, le même jour, l'offre à la ville, et
lui annonça qu'il avait prescrit déjà toutes les mesures de police qui
lui paraissaient nécessaires pour maintenir le bon ordre pendant la
cérémonie.
* * * * *
M. de Sainte-James Gaucourt, secrétaire de la commission, m'écrivait, le
2 septembre, de Versailles, en ces termes:
«MONSIEUR,
«Le bureau de la commission, ayant connu hier soir, à sept heures, le
programme de l'inauguration, s'est réuni chez M. l'abbé Caron, et a
décidé, a l'unanimité, que M. Ferdinand Berthier serait prié de vouloir
bien adresser une allocution _mimique_ aux sourds-muets réunis au pied
de la statue. Cette allocution devra durer de trois à quatre minutes au
plus; on laisse à M. Berthier le soin d'exprimer à ses compagnons
d'infortune la reconnaissance qui les anime pour l'abbé de l'Épée, leur
bienfaiteur, et de leur témoigner que _la ville de Versailles_ tient à
honneur de perpétuer sa mémoire. Les sentiments de M. Berthier sont la
garantie de l'éloquence de ses paroles.
«Personnellement je prie M. Berthier de remettre au secrétaire, ou
encore mieux au président, une note de son allocution, après l'avoir
prononcée.
«Si M. Berthier n'eût pas annoncé, par lettre, qu'il devait partir pour
Lyon le 24 ou le 25, on aurait pu convenir de ces faits beaucoup plus
tôt.
«Si, d'ailleurs, M. Berthier veut se rendre à _midi et demi précis_ sur
remplacement de la statue, il y trouvera la commission, dont les
présidents lui communiqueront plus en détail leurs intentions.
«J'ai à me féliciter d'être l'interprète de vœux qui doivent
sympathiser avec ceux de M. Berthier, et j'ai l'honneur d'être son
très-humble et très-obéissant serviteur.»