Après avoir prospéré sous Charles et Jacques, lord David prospéra
sous Guillaume. Son jacobisme n’alla point jusqu’à suivre
Jacques II en exil. Tout en continuant d’aimer son roi légitime,
il eut le bon sens de servir l’usurpateur. Il était, du reste,
quoique avec quelque indiscipline, excellent officier; il passa
de l’armée de terre dans l’armée de mer, et se distingua dans
l’escadre blanche. Il y devint ce qu’on appelait alors
«capitaine de frégate légère». Cela finit par faire un très
galant homme, poussant fort loin l’élégance des vices, un peu
poète comme tout le monde, bon serviteur de l’état, bon
domestique du prince, assidu aux fêtes, aux galas, aux petits
levers, aux cérémonies, aux batailles, servile comme il faut,
très hautain, ayant la vue basse ou perçante selon l’objet à
regarder, probe volontiers, obséquieux et arrogant à propos, d’un
premier mouvement franc et sincère, quitte à se remasquer
ensuite, très observateur de la bonne et mauvaise humeur royale,
insouciant devant une pointe d’épée, toujours prêt à risquer sa
vie sur un signe de sa majesté avec héroïsme et platitude,
capable de toutes les incartades et d’aucune impolitesse, homme
de courtoisie et d’étiquette, fier d’être à genoux dans les
grandes occasions monarchiques, d’une vaillance gaie, courtisan
en dessus, paladin en dessous, tout jeune à quarante-cinq ans.
Lord David chantait des chansons françaises, gaîté élégante qui
avait plu à Charles II.
Il aimait l’éloquence et le beau langage. Il admirait fort ces
boniments célèbres qu’on appelle les Oraisons funèbres de
Bossuet.
Du côté de sa mère, il avait à peu près de quoi vivre, environ
dix mille livres sterling de revenu, c’est-à-dire deux cent
cinquante mille francs de rente. Il s’en tirait en faisant des
dettes. En magnificence, extravagance et nouveauté, il était
incomparable. Dès qu’on le copiait, il changeait sa mode. A
cheval, il portait des bottes aisées de vache retournée, avec
éperons. Il avait des chapeaux que personne n’avait, des
dentelles inouïes, et des rabats à lui tout seul.