Il est désagréable de voir les gens pratiquer l’obstination. On
n’aime pas ces façons de Régulus, et dans l’opinion publique
quelque ironie en résulte.
Ces opiniâtretés ressemblent à des reproches, et l’on a raison
d’en rire.
Et puis, en somme, ces entêtements, ces escarpements, sont-ce des
vertus? N’y a-t-il pas dans ces affiches excessives d’abnégation
et d’honneur beaucoup d’ostentation? C’est plutôt parade
qu’autre chose. Pourquoi ces exagérations de solitude et d’exil?
Ne rien outrer est la maxime du sage. Faites de l’opposition,
soit; blâmez si vous voulez, mais décemment, et tout en criant
vive le roi! La vraie vertu, c’est d’être raisonnable. Ce qui
tombe a dû tomber, ce qui réussit a dû réussir. La providence a
ses motifs; elle couronne qui le mérite. Avez-vous la prétention
de vous y connaître mieux qu’elle? Quand les circonstances ont
prononcé, quand un régime a remplacé l’autre, quand la
défalcation du vrai et du faux s’est faite par le succès, ici la
catastrophe, là le triomphe, aucun doute n’est plus possible,
l’honnête homme se rallie à ce qui a prévalu, et, quoique cela
soit utile à sa fortune et à sa famille, sans se laisser
influencer par cette considération, et ne songeant qu’à la chose
publique, il prête main-forte au vainqueur.
Que deviendrait l’état si personne ne consentait à servir? Tout
s’arrêterait donc? Garder sa place est d’un bon citoyen. Sachez
sacrifier vos préférences secrètes. Les emplois veulent être
tenus. Il faut bien que quelqu’un se dévoue, Être fidèle aux
fonctions publiques est une fidélité. La retraite des
fonctionnaires serait la paralysie de l’état. Vous vous
bannissez, c’est pitoyable. Est-ce un exemple? quelle vanité!
Est-ce un défi? quelle audace! Quel personnage vous croyez-vous
donc? Apprenez que nous vous valons. Nous ne désertons pas,
nous. Si nous voulions, nous aussi, nous serions intraitables et
indomptables, et nous ferions de pires choses que vous. Mais
nous aimons mieux être des gens intelligents. Parce que je suis
Trimalcion, vous ne me croyez, pas capable d’être Caton! Allons
donc!