Dans l’intérieur de la cahute il y avait deux autres
inscriptions. Au-dessus du coffre, sur la paroi de planches
lavée à l’eau de chaux, on lisait ceci, écrit à l’encre et à la
main:
«SEULES CHOSES QU’IL IMPORTE DE SAVOIR.
«Le baron pair d’Angleterre porte un tortil à six perles.
«La couronne commence au vicomte.
«Le vicomte porte une couronne de perles sans nombre, le comte
une couronne de perles sur pointes entremêlées de feuilles de
fraisier plus basses; le marquis, perles et feuilles d’égale
hauteur; le duc, fleurons sans perles; le duc royal, un cercle de
croix et de fleurs de lys; le prince de Galles, une couronne
pareille à celle du roi, mais non fermée.
«Le duc est _très haut et très puissant prince_; le marquis et le
comte, _très noble et puissant seigneur_; le vicomte, _noble et
puissant seigneur_; le baron, _véritablement seigneur_.
«Le duc est _grâce_; les autres pairs sont _seigneurie_.
«Les lords sont inviolables.
«Les pairs sont chambre et cour, _concilium et curia_,
législature et justice.
«Most honourable» est plus que «right honourable.»
«Les lords pairs sont qualifiés «lords de droit»; les lords non
pairs sont «lords de courtoisie»; il n’y a de lords que ceux qui
sont pairs.
«Le lord ne prête jamais serment, ni au roi, ni en justice. Sa
parole suffit. Il dit: _sur mon honneur_.
«Les communes, qui sont le peuple, mandées à la barre des lords,
s’y présentent humblement, tête nue, devant les pairs couverts.
«Les communes envoient aux lords les bills par quarante membres
qui présentent le bill avec trois révérences profondes.
«Les lords envoient aux communes les bills par un simple clerc.
«En cas de conflit, les deux chambres confèrent dans la chambre
peinte, les pairs assis et couverts, les communes debout et
nu-tête.
«D’après une loi d’Edouard VI, les lords ont le privilège
d’homicide simple. Un lord qui tue un homme simplement n’est pas
poursuivi.
«Les barons ont le même rang que les évêques.
«Pour être baron pair, il faut relever du roi _per baroniam
integram_, par baronie entière.
«La baronie entière se compose de treize fiefs nobles et un
quart, chaque fief noble étant de vingt livres sterling, ce qui
monte à quatre cents marcs.
«Le chef de baronie, _caput baroniae_, est un château
héréditairement régi comme l’Angleterre elle-même; c’est-à-dire
ne pouvant être dévolu aux filles qu’à défaut d’enfants mâles, et
en ce cas allant à la fille aînée, _coeteris filiabus aliunde
satisfactis_[1].
[1] Ce qui revient à dire: on pourvoit les autres filles comme
on peut. (_Note d’Ursus_. En marge du mur.)
«Les barons ont la qualité de _lord_, du saxon _laford_, du grand
latin _dominus_ et du bas latin _lordus_.
«Les fils aînés et puînés des vicomtes et barons sont les
premiers écuyers du royaume.
«Les fils aînés des pairs ont le pas sur les chevaliers de la
Jarretière; les fils puînés, point.
«Le fils aîné d’un vicomte marche après tous les barons et avant
tous les baronnets.
«Toute fille de lord est _lady_. Les autres filles anglaises
sont _miss_.
«Tous les juges sont inférieurs aux pairs. Le sergent a un
capuchon de peau d’agneau; le juge a un capuchon de menu vair,
_de minuto vario_, quantité de petites fourrures blanches de
toutes sortes, hors l’hermine. L’hermine est réservée aux pairs
et au roi.
«On ne peut accorder de _supplicavit_ contre un lord.
«Un lord ne peut être contraint par corps. Hors le cas de Tour
de Londres.
«Un lord appelé chez le roi a droit de tuer un daim ou deux dans
le parc royal.
«Le lord tient dans son château cour de baron.
«Il est indigne d’un lord d’aller dans les rues avec un manteau
suivi de deux laquais. Il ne peut se montrer qu’avec un grand
train de gentilshommes domestiques.
«Les pairs se rendent au parlement en carrosses à la file; les
communes, point. Quelques pairs vont à Westminster en chaises
renversées à quatre roues. La forme de ces chaises et de ces
carrosses armoriés et couronnés n’est permise qu’aux lords et
fait partie de leur dignité.
«Un lord ne peut être condamné à l’amende que par les lords, et
jamais à plus de cinq schellings, excepté le duc, qui peut être
condamné à dix.
«Un lord peut avoir chez lui six étrangers. Tout autre anglais
n’en peut avoir que quatre.
«Un lord peut avoir huit tonneaux de vin sans payer de droits.
«Le lord est seul exempt de se présenter devant le shériff de
circuit.
«Le lord ne peut être taxé pour la milice.
«Quand il plaît à un lord, il lève un régiment et le donne au
roi; ainsi font leurs grâces le duc d’Athol, le duc de Hamilton,
et le duc de Northumberland.
«Le lord ne relève que des lords.
«Dans les procès d’intérêt civil, il peut demander son renvoi de
la cause, s’il n’y a pas au moins un chevalier parmi les juges.
«Le lord nomme ses chapelains.
«Un baron nomme trois chapelains; un vicomte, quatre; un comte et
un marquis, cinq; un duc, six.
«Le lord ne peut être mis à la question, même pour haute
trahison.
«Le lord ne peut être marqué à la main.
«Le lord est clerc, même ne sachant pas lire. Il sait de droit.
«Un duc se fait accompagner par un dais partout où le roi n’est
pas; un vicomte a un dais dans sa maison; un baron a un couvercle
d’essai et se le fait tenir sous la coupe pendant qu’il boit; une
baronne a le droit de se faire porter la queue par un homme en
présence d’une vicomtesse.
«Quatrevingt-six lords, ou fils aînés de lords, président aux
quatrevingt-six tables, de cinq cents couverts chacune, qui sont
servies chaque jour à sa majesté dans son palais aux frais du
pays environnant la résidence royale.
«Un roturier qui frappe un lord a le poing coupé.
«Le lord est à peu près roi.
«Le roi est à peu près Dieu.
«La terre est une lordship.
«Les anglais disent à Dieu _milord_.»
Vis-à-vis cette inscription, on en lisait une deuxième, écrite de
la même façon, et que voici:
«SATISFACTIONS QUI DOIVENT SUFFIRE A CEUX QUI
N’ONT RIEN.
«Henri Auverquerque, comte de Grantham, qui siège à la chambre
des lords entre le comte de Jersey et le comte de Greenwich, a
cent mille livres sterling de rente. C’est à sa seigneurie
qu’appartient le palais Grantham-Terrace, bâti tout en marbre, et
célèbre par ce qu’on appelle le labyrinthe des corridors, qui est
une curiosité où il y a le corridor incarnat en marbre de
Sarancolin, le corridor brun en lumachelle d’Astracan, le
corridor blanc en marbre de Lani, le corridor noir en marbre
d’Alabanda, le corridor gris en marbre de Staremma, le corridor
jaune en marbre de Hesse, le corridor vert en marbre du Tyrol, le
corridor rouge mi-parti griotte de Bohême et lumachelle de
Gordoue, le corridor bleu en turquin de Gênes, le corridor violet
en granit de Catalogne, le corridor deuil, veiné blanc et noir,
en schiste de Murviedro, le corridor rose en cipolin des Alpes,
le corridor perle en lumachelle de Nonette, et le corridor de
toutes couleurs, dit corridor courtisan, en brèche arlequine.
«Richard Lowther, vicomte Lonsdale, a Lowther, dans le
Weslmoreland, qui est d’un abord fastueux et dont le perron
semble inviter les rois à entrer.
«Richard, comte de Scarborough, vicomte et baron Lumley, vicomte
de Waierford en Irlande, lord-lieutenant et vice-amiral du comté
de Northumberland, et de Durham, ville et comté, a la double
châtellenie de Stansted, l’antique et la moderne, où l’on admire
une superbe grille en demi-cercle entourant un bassin avec jet
d’eau incomparable. Il a de plus son château de Lumley.
«Robert Darcy, comte de Holderness, a son domaine de Holderness,
avec tours de baron, et des jardins infinis à la française où il
se promène en carrosse à six chevaux précédé de deux piqueurs,
comme il convient à un pair d’Angleterre.
«Charles Beauclerk, duc de Saint-Albans, comte de Burford, baron
Heddington, grand fauconnier d’Angleterre, a une maison à
Windsor, royale à côté de celle du roi.
«Charles Bodville, lord Robarles, baron Truro, vicomte Bodmyn, a
Wimple en Cambridge, qui fait trois palais avec trois frontons,
un arqué et deux triangulaires. L’arrivée est à quadruple rang
d’arbres.
«Le très noble et très puissant lord Philippe Herbert, vicomte de
Caërdif, comte de Monlgomeri, comte de Pembroke, seigneur pair et
rosse de Candall, Marmion, Saint-Quentin et Churland, gardien de
l’étanerie dans les comtés de Cornouailles et de Devon, visiteur
héréditaire du collège de Jésus, a le merveilleux jardin de
Willton où il y a deux bassins à gerbe plus beaux que le
Versailles du roi très chrétien Louis quatorzième.
«Charles Seymour, duc de Somerset, a Somerset-House sur la
Tamise, qui égale la villa Pamphili de Rome. On remarque sur la
grande cheminée deux vases de porcelaine de la dynastie des Yuen,
lesquels valent un demi-million de France.
«En Yorkshire, Arthur, lord Ingram, vicomte Irwin, a
Temple-Newsham où l’on entre par un arc de triomphe, et dont les
larges toits plats ressemblent aux terrasses morisques.
«Robert, lord Ferrers de Chartley, Bourchieret Lovaine, a, dans
le Leicestershire, Staunton-Harold dont le parc en plan géométral
a la forme d’un temple avec fronton; et, devant la pièce d’eau,
la grande église à clocher carré est à sa seigneurie.
«Dans le comté de Northampton, Charles Spencer, comte de
Sunderland, un du conseil privé de sa majesté, possède Althrop où
l’on entre par une grille à quatre piliers surmontés de groupes
de marbre.
«Laurence Hyde, comte de Rochester, a, en Surrey, New-Parke,
magnifique par son acrotère sculpté, son gazon circulaire entouré
d’arbres, et ses forêts à l’extrémité desquelles il y a une
petite montagne artistement arrondie et surmontée d’un grand
chêne qu’on voit de loin.
«Philippe Slanhope, comte de Chesterfield, possède Bredby, en
Derbyshire, qui a un pavillon d’horloge superbe, des fauconniers,
des garennes et de très belles eaux longues, carrées et ovales,
dont une en forme de miroir, avec deux jaillissements qui vont
très haut.
«Lord Cornwallis, baron de Eye, a Brome-Hall qui est un palais du
quatorzième siècle.
«Le très noble Algernon Capel, vicomte Malden, comte d’Essex, a
Cashiobury en Hersfordshire, château qui a la forme d’un grand H
et où il y a des chasses fort giboyeuses.
«Charles, lord Ossulstone, a Dawly en Middlesex où l’on arrive
par des jardins italiens.
«James Cecill, comte de Salisbury, à sept lieues de Londres, a
Hartfield-House, avec ses quatre pavillons seigneuriaux, son
beffroi au centre et sa cour d’honneur, dallée de blanc et de
noir comme celle de Saint-Germain. Ce palais, qui a deux cent
soixante-douze pieds en front, a été bâti sous Jacques Ier par le
grand trésorier d’Angleterre, qui est le bisaïeul du comte
régnant. On y voit le lit d’une comtesse de Salisbury, d’un prix
inestimable, entièrement fait d’un bois du Brésil qui est une
panacée contre la morsure des serpents, et qu’on appelle
_milhombres_, ce qui veut dire _mille hommes_. Sur ce lit est
écrit en lettres d’or: _Honni soit qui mal y pense_.
«Edward Rich, comte de Warwick et Holland, a Warwick-Castle, où
l’on brûle des chênes entiers dans les cheminées.
«Dans la paroisse de Seven-Oaks, Charles Sackville, baron
Buekhurst, vicomte Cranfeild, comte de Dorset et Middlesex, a
Knowle, qui est grand comme une ville, et qui se compose de trois
palais, parallèles l’un derrière l’autre comme des lignes
d’infanterie, avec dix pignons à escalier sur la façade
principale, et une porte sous donjon à quatre tours.
«Thomas Thynne, vicomte Weymouth, baron Varminster, possède
Long-Leate, qui a presque autant de cheminées, de lanternes, de
gloriettes, de poivrières, de pavillons et de tourelles que
Chambord en France, lequel est au roi.
«Henry Howard, comte de Suffolk, a, à douze lieues de Londres, le
palais d’Audlyene en Middlesex, qui le cède à peine en grandeur
et majesté à l’Escurial du roi d’Espagne.
«En Bedforshire, Wrest-House-and-Park, qui est tout un pays
enclos de fossés et de murailles, avec bois, rivières et
collines, est à Henri, marquis de Kent.
«Hampton-Court, en Hereford, avec son puissant donjon crénelé, et
son jardin barré d’une pièce d’eau qui le sépare de la forêt, est
à Thomas, lord Coningsby.
«Grimsthorf, en Lincolnshire, avec sa longue façade coupée de
hautes tourelles en pal, ses parcs, ses étangs, ses faisanderies,
ses bergeries, ses boulingrins, ses quinconces, ses mails, ses
futaies, ses parterres brodés, quadrillés et losangés de fleurs,
qui ressemblent à de grands tapis, ses prairies de course, et la
majesté du cercle où les carrosses tournent avant d’entrer au
château, appartient à Robert, comte Lindsay, lord héréditaire de
la forêt de Walham.
«Up Parke, en Sussex, château carré avec deux pavillons
symétriques à beffroi des deux côtés de la cour d’honneur, est au
très honorable Ford, lord Grey, vicomte Glendale et comte de
Tankarville.
«Newnham Padox, en Warwickshire, qui a deux viviers
quadrangulaires, et un pignon avec vitrail à quatre pans, est au
comte de Denbigh, qui est comte de Rheinfelden en Allemagne.
«Wythame, dans le comté de Berk, avec son jardin français où il y
a quatre tonnelles taillées, et sa grande tour crénelée accostée
de deux hautes nefs de guerre, est à lord Montagne, comte
d’Abiegdon, qui a aussi Rycott, dont il est baron, et dont la
porte principale fait lire la devise: _Virtus ariete fortior_.
«William Cavendish, duc de Devonshîre, a six châteaux, dont
Chaltsworth qui est à deux élages du plus bel ordre grec, et en
outre sa grâce a son hôtel de Londres où il y a un lion qui
tourne le dos au palais du roi.
«Le vicomte Kinalmeaky, qui est comte de Cork en Irlande, a
Burlington-house en Picadily, avec de vastes jardins qui vont
jusqu’aux champs hors de Londres; il a aussi Chiswick où il y a
neuf corps de logis magnifiques; il a aussi Londesburgh qui est
un hôtel neuf à côté d’un vieux palais.
«Le duc de Beaufort a Chelsea qui contient deux châteaux
gothiques et un château florentin; il a aussi Badmington en
Glocester, qui est une résidence d’où rayonnent une foule
d’avenues comme d’une étoile. Très noble et puissant prince
Henri, duc de Beaufort, est en même temps marquis et comte de
Worcester, baron Raglan, baron Power, et baron Herbert de
Chepstow.
«John Holles, duc de Newcastle et marquis de Clare, a Bolsover
dont le donjon carré est majestueux, plus Haughton en Nottingham
où il y a au centre d’un bassin une pyramide ronde imitant la
tour de Babel.
«William, lord Craven, baron Graven de Hampsteard, a, en
Warwickshire, une résidence, Comb-Abbey, où l’on voit le plus
beau jet d’eau de l’Angleterre, et, en Berkshire, deux baronnies,
Hampstead Marshall dont la façade offre cinq lanternes gothiques
engagées, et Asdowne Park qui est un château au point
d’intersection d’une croix de routes dans une forêt.
«Lord Linnœus Clancharlie, baron Clancharlie et Hunkerville,
marquis de Corleone en Sicile, a sa pairie assise sur le château
de Clancharlie, bâti en 914 par Edouard le Vieux contre les
Danois, plus Hunkerville-house à Londres, qui est un palais,
plus, à Windsor, Corleone-lodge, qui en est un autre, et huit
châtellenies, une à Bruxton, sur le Trerit, avec un droit sur les
carrières d’albâtre, puis Gumdraith, Homble, Moricambe,
Trenwardraith, Hell-Kerters, où il y a un puits merveilleux,
Pillinmore et ses marais à tourbe, Reculver près de l’ancienne
ville Vagniacoe, Vinecaunton sur la montagne Moil-enlli; plus
dix-neuf bourgs et villages avec baillis, et tout le pays de
Pensneth-chase, ce qui ensemble rapporte à sa seigneurie quarante
mille livres sterling de rente.
«Les cent soixante-douze pairs régnant sous Jacques II possèdent
entre eux en bloc un revenu de douze cent soixante-douze mille
livres sterling par an, qui est la onzième partie du revenu de
l’Angleterre,»
En marge du dernier nom, lord Linnœus Clancharlie, on lisait
cette note de la main d’Ursus:
--_Rebelle; en exil; biens, châteaux et domaines sous le
séquestre. C’est bien fait._--