ENFANCE

I

Cette idole, yeux noirs et crin jaune, sans parents ni cour, plus noble

que la fable, mexicaine et flamande; son domaine, azur et verdure

insolents, court sur des plages nommées, par des vagues sans vaisseaux,

de noms férocement grecs, slaves, celtiques.

À la lisière de la forêt,--les fleurs de rêve tintent, éclatent,

éclairent,--la fille à lèvre d'orange, les genoux croisés dans le clair

déluge qui sourd des prés, nudité qu'ombrent, traversent et habillent

les arcs-en-ciel, la flore, la mer.

Dames qui tournoient sur les terrasses voisines de la mer: enfantes et

géantes, superbes noires dans la mousse vert-de-gris, bijoux debout sur

le sol gras des bosquets et des jardinets dégelés,--jeunes mères et

grandes sœurs aux regards pleins de pèlerinages, sultanes, princesses

de démarche et de costume tyranniques, petites étrangères et personnes

doucement malheureuses.

Quel ennui, l'heure du «cher corps» et «cher cœur»!

Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvés · 第 97 / 220 题