LARME

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,

Je buvais accroupi dans quelque bruyère

Entourée de tendres bois de noisetiers,

Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,

Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert:

Que tirais-je à la gourde de colocase?

Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.

Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.

Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,

Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,

Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...

Or! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,

Dire que je n'ai pas eu souci de boire!

Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvés · 第 48 / 220 题