Le général: «Tu l'as et tu l'auras, mon brave garçon.»

Le général, qui n'oubliait jamais les repas, appela Dérigny pour

commander un bon dîner et du bon vin qu'on boirait à la santé de Romane

et de tous les Sibériens.

Pendant qu'on apprêtait le dîner, Mme Dabrovine et Natasha allèrent voir

les chambres où l'on devait coucher; elles choisirent pour le général la

meilleure et la plus grande; une belle à côté, pour le prince Pajarski,

et quatre autres chambres pour elles-mêmes, pour les deux garçons,

pour Mme Dérigny et Paul, et enfin pour Dérigny et Jacques. Elles

s'occupèrent avec Mme Dérigny à faire les lits, à donner de l'air aux

chambres et à les rendre aussi confortables que possible.

Le dîner fut excellent et fort gai; on but les santés des absents et des

présents. Le général calcula que le lendemain devait être le jour de

la prise de possession de Gromiline par le prince Négrinski; ils

s'amusèrent beaucoup du désappointement et de la colère que devait

éprouver Mme Papofski, Natasha seule la plaignit et trouva la punition

trop forte.

Le général: «Tu oublies donc, Natasha, qu'elle voulait nous dénoncer

tous et nous faire tous envoyer en Sibérie? Elle n'aura d'autre punition

que de retourner dans ses terres, qu'elle n'aurait pas dû quitter, et de

ne pas avoir ma fortune, qu'elle ne devait pas avoir.»

Natasha: «C'est vrai, mon oncle, mais nous sommes si heureux, tous

réunis, que cela fait peine de penser à son chagrin.»

Le général: «Chagrin! dis donc fureur, rage. Elle n'a que ce qu'elle

mérite, crois-moi. Prions pour elle, afin que Dieu ne lui envoie pas une

punition plus terrible que celle que je lui inflige.»

Le Général Dourakine · 第 152 / 177 题