Viens vite, Paul, apportons à manger à ce pauvre homme.»

Avant que l'étranger eût eu le temps de renouveler sa prière, les deux

frères étaient disparus en courant. Le malheureux se laissa tomber; il

fit un geste de désespoir.

«Perdu! perdu! dit-il. On va venir, et je n'ai plus de forces pour me

relever. Mon Dieu! mon Dieu! ayez pitié de moi! Après m'avoir sauvé de

tant de dangers, ne me laissez pas retomber dans les mains de mes cruels

bourreaux. Mon Dieu, ma bonne sainte Vierge, protégez-moi!»

Il serra, contre son coeur une petite croix de bois, la porta à ses

lèvres, pria et attendit.

Quelques minutes à peine s'étaient écoulées, qu'il entendit marcher,

parler, et qu'il vit les deux enfants, accompagnés d'un homme qui

avançait à grands pas; les enfants couraient.

Dérigny, car c'était lui, approcha, et, avant de parler, il versa un

verre de vin, qu'il fit avaler à l'infortuné, mourant de besoin; ensuite

il lui fit boire une tasse de bouillon encore chaud, dans lequel il

avait fait tremper une tranche de pain. L'inconnu mangeait avec avidité;

ses regards exprimaient la reconnaissance et la joie.

«Assez, mon pauvre homme, dit Dérigny en lui refusant le reste du pain

que les enfants avaient apporté. Trop manger vous ferait mal après un si

long jeûne. Dans une heure vous mangerez encore. Essayez de vous lever

et de venir au château.

--Le château de qui? Chez qui êtes-vous? dit l'étranger d'une voix

faible.»

Le Général Dourakine · 第 87 / 177 题