Madame Dabrovine: «Je ne sais pas, chère petite; peut-être a-t-il eu à
s'en plaindre. Tu sais que ta tante n'est pas toujours aimable.»
Natasha: «Elle n'est jamais aimable, maman, du moins pour nous. Pourquoi
donc ne vous aime-t-elle pas, vous qui êtes si bonne?»
Madame Dabrovine: «Je l'ai peut-être offensée sans le vouloir. Elle n'a
probablement pas tous les torts.»
Natasha: «Mais vous, maman, vous n'en avez certainement aucun. Je le
sais. J'en suis sûre.»
Madame Dabrovine: «Tu parles comme on parle à ton âge, ma chère petite,
sans beaucoup réfléchir. Comment pouvons-nous savoir si on n'a pas fait
à ta tante quelque faux rapport sur nos sentiments et notre langage à
son égard.»
Natasha: «Si on lui en a fait, elle ne devrait pas y croire, vous
connaissant si bonne, si franche, si serviable, si pleine de coeur.»
--C'est parce que tu m'aimes beaucoup que tu me juges ainsi, ma bonne
fille», dit Mme Dabrovine en embrassant Natasha et en la serrant contre
son coeur.
Elle souriait en l'embrassant; Natasha, heureuse de ce sourire presque
gai, étouffa sa mère de baisers; puis elle dit:
«C'est mon oncle qui vous a fait sourire le premier et bien des fois
depuis notre arrivée; bon cher oncle, que je l'aime! que je l'aime!
Comme nous allons être heureux avec lui, toujours avec lui! Nous
l'aimons, il nous aime, nous ne le quitterons jamais.
Madame Dabrovine: «La mort sépare les plus tendres affections, mon
enfant.»