«C'est parbleu trop impudent aussi. Figure-toi, Natalie, que ta soeur
veut faire habiller son cocher, son forreiter (postillon), son courrier,
ses laquais, ses femmes (six je crois), en m'obligeant à tout payer.
Bien mieux, elle ordonne qu'on change les douze mauvais chevaux qu'elle
a amenés, contre les plus beaux chevaux de mes écuries. Je dis que c'est
par trop fort! Ses commissions ne vous donneront pas beaucoup de peine,
Dérigny; voici le respect qui leur est dû.»
Le général déchira en mille morceaux la feuille écrite par Mme Papofski,
se leva en riant et en se frottant les mains, embrassa sa nièce, sa
petite-nièce, ses petits-neveux, et quitta le salon avec Dérigny pour
aller se coucher.
Les enfants, qui avaient fait une veillée extraordinaire et qui
s'étaient amusés, éreintés, ne furent pas fâchés d'en faire autant; il
était neuf heures et demie. Mme Dabrovine et Natasha ramassèrent les
livres, les cahiers épars, et les rangèrent dans les armoires destinées
à cet usage, pendant que la femme de chambre et bonne tout à la fois
préparait le coucher des garçons et rangeait les habits pour le
lendemain. Natasha, avec gaieté: «Mme Dérigny a cru que nous apportions
tout ce que nous possédons, maman; voyez que d'armoires nous avons; une
seule suffit pour contenir tous nos effets, et il reste encore bien de
la place.»
Madame Dabrovine: «Elle nous croit plus riches que nous ne sommes, ma
chère enfant.»